Lecture / Ecriture
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Les porteurs de glace de Anna Enquist

Anna Enquist
  Les porteurs de glace
  Le saut
  Le chef d'oeuvre
  Le retour
  La blessure
  Les endormeurs
  Quatuor
  Contrepoint

Anna Enquist est le pseudonyme de l'écrivain néerlandais Christa Widlund-Broer, née le 19 juillet 1945 à Amsterdam aux Pays-Bas, elle a grandi à Delft.
Après des études de piano au conservatoire de musique de La Haye, elle a étudié la psychologie clinique à Leiden ayant envisagé les carrières de musicienne ou de psychanalyste.
Elle a publié des recueils de poèmes et des romans, et a connu le succès dès son premier roman "Le chef-d’œuvre". Elle se consacre maintenant à l'écriture.

Les porteurs de glace - Anna Enquist

Lou et Nico ...
Note :

   Quatrième de couv.:
   "Dans ce roman, Anna Enquist retrace avec une grande justesse la dérive psychologique de ses personnages. Leurs sentiments, subtilement déviants, sont les clefs d'un univers familier et inquiétant, baigné de culpabilité protestante et de freudisme implicite."
   
   Il ne s'agit pas d'un oubli de ma part de ne pas vous mettre la 4ème de couverture en son entier, mais bien d'un acte délibéré. Peut-être l'avais-je lue lorsque j'ai acheté ce livre, mais j'ai omis de le faire en prenant ce livre dans ma PAL et c'est à la fin de ma lecture que j'ai pris le temps - comme je le dis souvent ici, certains "résumés" valent leur pesant d'or et j'aime bien les lire après avoir découvert l'ouvrage - et là, je me suis rendue compte que tout était dit!
   
   Bien entendu le roman est court et on se rend compte rapidement de la direction qu'il devrait prendre, mais là ... Bref je ne souhaite pas en dire plus et vous laisse prendre la décision par vous-même. Mais laissez-moi vous dire que plus vous ouvrirez ce livre sans rien savoir, mieux vous en apprécierez la lecture, j'en suis certaine. Oui je réalise que, par la même occasion, je ne vous incite pas à lire les lignes qui vont suivre, mais tant pis, je vais néanmoins vous parler de cette lecture! (Vive la mémoire de poisson rouge dans ce cas)
   
   D'un chapitre à l'autre nous suivons le quotidien de Lou et de Nico qui, s'ils sont mari et femme, ne partagent plus guère que le quotidien et encore. L'éloignement est frappant. Lou n'en fait pas mystère, n'écoutant pas son mari, vaquant aux tâches domestiques, hochant la tête à sa discussion, se plongeant dans le jardinage et sa lutte vaine contre le sable afin de créer un espace non stérile. Tout est dit dans ce premier chapitre, mais vous n'aurez les clés qu'à la fin du roman. Que s'est-il passé? Pourquoi en sont-ils là? Crise de la quarantaine ou autre? Les réponses apparaissent progressivement. Leur fille est partie, elle est majeure et donc... rien. Le sujet est clos pour Nico et doit l'être pour son épouse également.
   
   D'autres questions se posent. Lou s'est jetée dans son travail pour oublier l'absence, et dans le jardinage pour occuper ses week-ends, mais tout comme le sable revient, l'absence d'échanges dans le couple concernant leur enfant et son mal être, leur propre souffrance et leur manière de l'exprimer demeure. Que s'est-il passé? C'est la question qui tourne et retourne dans votre tête au fil de lecture (très courte, comme déjà signalée). Bientôt, vous saurez. Mais avant enchaînons un chapitre avec Nico, il vous faut découvrir son quotidien pour comprendre, pour vous aiguiller vers des pistes, pour que Lou vous donne sa version. Le couple va-t-il parvenir à communiquer ?
   
   Oui Anna Enquist fut psychanalyste mais n'allez pas vous imaginer que cet aspect est l'unique élément de ce roman (en dépit des quelques lignes que j'ai reprise issue de la 4ème). L'ensemble du roman est beaucoup plus riche que de vagues références à Freud, et est avant tout le questionnement de la communication au sens large.
   J'espère ne pas trop vous en avoir dit et que vous prendrez autant d'intérêt que moi à lire cet ouvrage.
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critique par Delphine




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Notre besoin de bâtir une histoire
Note :

   "Je veux de l'efficacité. Supprimer les choses superflues et vaines." Ainsi s'exprime Nico, qui vient d'obtenir la direction d'un hôpital dont il a entrepris de changer l'organisation, ce qui ne va pas sans heurter. Maîtriser, rationaliser le monde extérieur, pour ne pas se laisser rattraper par le désordre, les émotions. Voilà sa manière de lutter contre ce qui le submerge et qu'il tait.
   
   Unie avec lui dans le silence, son épouse, Lou. "Elle avait connu ses pensées, ses sentiments. il lui manquait." Lou qui tente d'interroger leur relation à la langue pour éclaircir la situation. Mais ce "fardeau froid", ce "secret glacé" les handicape et les enferme chacun dans sa bulle de détresse.
   
   Bien évidemment toutes ces énergies bridées n'attendent que la plus petite étincelle pour mettre le feu aux poudres...
   
   Histoire d'un couple, histoire d'un secret, d'un échec, "Les porteurs de glace" est aussi un roman, dense et puissant qui interroge notre besoin de "bâtir une histoire", donner de la cohérence quand nous ne sommes que "débris".
   
   Très court, ce roman d'Anna Enquist est à la fois le plus accessible et l'un des plus riches par les thèmes qu'il aborde. La quasi sécheresse de la langue y est tempérée par l'attention scrupuleuse et sensuelle aux éléments naturels et aux plus petites variations des sentiments des personnages, dépassant ainsi ce que l'intrigue pourrait avoir de convenu. A se procurer sans hésiter !
   
   Deux reproches cependant: la 4 ème de couv' dont la lecture est à proscrire, sauf à vouloir connaître le déroulement complet du roman, et un "policlinique" qui a heurté mes yeux...

critique par Cathulu




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