Lecture / Ecriture
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L'instinct de l'équarrisseur de Thomas Day

Thomas Day
  L'instinct de l'équarrisseur
  La maison aux fenêtres de papier
  L'automate de Nuremberg

Thomas Day est le nom de plume de Gilles Dumay, un écrivain français de science-fiction et de fantasy, né en 1971 à Paris.

L'instinct de l'équarrisseur - Thomas Day

Vie et mort de Sherlock Holmes
Note :

    Je ne suis pas un habitué des romans de science-fiction. J'en lis très peu (je ne sais pas de quand date le dernier, ni de quoi il parlait), et ne suis donc pas habitué aux canons du genre, mais j'ai passé un bon moment avec ce roman.
   
   L'histoire du roman est très iconoclaste: Arthur Conan Doyle n'a rien inventé en narrant les aventures de Sherlock Holmes. Il n'a fait que reproduire, en les adoucissant, les aventures vécues par Sherlock Holmes et son assistant Watson dans un monde parallèle. Dans ce monde parallèle, Sherlock voyage dans Londen et affronte Moriarty, mais surtout ce monde est occupé par les Worsh, créatures d'une intelligence supérieure qui cohabitent avec les humains.
   
   Le roman est iconoclaste également car il détruit l'image du Sherlock Holmes fumant tranquillement sa pipe, jouant du violon et impassible. Ici, c'est un détective pervers qui n'hésite pas à faire usage de la violence. Sherlock applique la loi du talion, et n'en éprouve aucun remord.
   
   Pendant ma lecture, j'ai assez peu eu en tête l'image habituelle de Sherlock. J'ai vraiment pris ce roman comme une aventure à part, peut-être pour ne pas écorner cette image justement. Thomas Day nous plonge à la fois dans le Londres victorien de Conan Doyle, où il croise notamment Oscar Wilde et Jack l'éventreur, mais aussi le Londen de Sherlock, avant une scène d'affrontement impitoyable entre Moriarty et Sherlock au fin fond de l'Amazonie (cela m'a d'ailleurs fait penser au dernier Indiana Jones).
   
   Le seul petit défaut à mon goût est un problème de construction, puisque que le roman est en deux parties, séparées par un entracte (présenté tel quel dans le roman). Si je saisis le lien entre l'entracte et la deuxième partie, j'ai eu l'impression que la première partie et la seconde auraient pu faire deux livres différents. Car hormis l'instinct de l'équarisseur qui donne son titre au livre, peu d'éléments sont communs aux deux intrigues.
   
   Néanmoins, un bon moment passé avec ce livre, qui m'a entraîné vers des horizons nouveaux.
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critique par Yohan




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«Nul ne me griffe impunément»
Note :

   Arthur Conan Doyle est appelé par le Professeur Watson, génial inventeur et associé de Sherlock Holmes, vivant dans un monde parallèle à celui du célèbre écrivain, pour participer à l'enquête sur le meurtre de jeunes femmes par un serial-killer. Arthur, qui a déjà rencontré Holmes dont il raconte les histoires (fortement édulcorées), suit les deux hommes sur les traces d'un démon vampirique, puis de Moriarty...
    
   "L'instinct de l'équarisseur", sous-titré "Vie et mort de Sherlock Holmes", est un roman foisonnant et déjanté, chers happy few, qui est construit sur une excellente idée: Holmes et le Professeur (et non Docteur) Watson, existent bel et bien, dans un monde parallèle au nôtre, plus violent et plus avancé technologiquement, sans pour autant être tout à fait un monde steampunk, puisque grâce aux Worsh, des extra-terrestres tombés sur la Terre des milliers d'années auparavant, les humains utilisent la radioactivité, les voitures volantes et autres. Holmes, personnage violent, impulsif, autoritaire et complètement dépendant de la drogue, est l'assassin royal: il est le seul à qui la reine Epiphany Ière a donné le permis de tuer sans rendre de compte à personne. Il mène des enquêtes à sa manière, se terrant dans sa chambre pendant des jours pour en sortir surexcité et prêt à tout, et rend la justice de manière expéditive et cruelle. Watson est son associé, espèce de savant fou au look de cow-boy des villes qui ne se sépare jamais des Colts qu'il porte à la ceinture et qui porte ses longs cheveux argentés en catogan.
   
   Outre l'excellente dynamique de ce duo d'enquêteurs totalement farfelu, la grande réussite de ce roman tient à la fois dans la personnalité de Conan Doyle, personnage à part entière que j'ai pris infiniment de plaisir à voir évoluer, entre sa pratique, la littérature, sa femme et les fées, mais aussi dans la façon dont l'intrigue est nourrie de références au monde holmésien et à l'univers doylesque. La première partie du récit met en scène Jack l'éventreur et j'ai beaucoup aimé la façon dont Conan Doyle, aidé de manière aussi impromptue qu'imprévue par un Oscar Wilde qui rêve d'en découdre (son travestissement en appât est un grand moment), met fin aux agissements du tueur. La deuxième partie oppose dans un dernier bras de fer Moriarty et Holmes, dans une jungle sud-américaine où l'on croise Pat Garett et des révolutionnaires, une potion qui rend immortel, des dirigeables, Jack London, une rousse flamboyante qui sème la mort et la désolation et des créatures tout droit échappées du "Monde perdu".
   
   C'est souvent drôle (le déjeuner avec le crabe préhistorique restera dans mes annales), parfois cruel, plein de trouvailles, et le côté "fourre-tout" que l'on aurait pu craindre est évité par un récit bien tenu, bien documenté et bien construit. Une réussite, chers happy few.
    
   
   PS: A noter en fin d'ouvrage une excellente bibliographie autour de Holmes, notamment.
    ↓

critique par Fashion




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Holmes, goule nécrophile et phtisique
Note :

   Récemment prise au dépourvu par mes compagnons du moment (de longues minutes d'attente en perspective, et pas de livre dans mon sac - chose exceptionnelle), je me suis retrouvée dans une petite maison de la presse où je ne mets presque jamais les pieds, presque sûre de ne trouver aucun livre susceptible de me tenter. Face à la perspective peu réjouissante que m'offrait le rayon littérature blanche et mon envie absolument nulle de lire un polar à ce moment-là, je me suis tournée vers les deux petits étages consacrés à la SF et au fantastique, où je ne risquais pas de retrouver beaucoup de titres connus et où, sans trop y croire, j'espérais trouver un roman aux influences steampunk (genre que je me promets de découvrir depuis un bon bout de temps maintenant).
   
   Tout ça pour dire qu'après avoir fait le tour de l'ensemble des titres proposés, j'ai jeté mon dévolu sur "L'Instinct de l'Equarrisseur" de Thomas Day. Me disant que, si je m'avérais finalement totalement réfractaire au genre en question, je ne pourrais pas me reprocher ensuite de ne pas avoir "mis le paquet" en choisissant ce titre en guise de mise en bouche.
   
   1888. Une année bien connue par les mordus d'histoire anglaise et de récits victoriens. Ajoutons un cadre, Whitechapel, et vous aurez sans doute tous compris que nous parlons ici des meurtres commis par Jack l'Eventreur. Alors que les assassinats de l'East End sont perpétrés sous le règne de Victoria, Arthur Conan Doyle est entraîné dans un monde parallèle afin d'assister Sherlock Holmes et le Dr Watson pour venir à bout de crimes sordides qui ont lieu en même temps à Londen. Un périple que l'écrivain aurait volontiers évité et dont il est assez coutumier depuis qu'il écrit ses récits, à la demande d'un Holmes à la recherche d'un biographe correct. On y découvre un enquêteur "maigre, maladif, (aux) yeux injectés de sang, (à l') allure de goule nécrophile et phtisique tout juste déterrée par des étudiants en médecine sans le sou" (p 324-325). Un assassin royal expert en matière de torture "plus doué pour la mise à mort (...) que pour l'observation et la déduction" (p281). Bref, entre l'Eventreur de Londen et notre héros sanguinaire, la frontière est mince.
   
   Cette incursion dans l'univers de Londen permettra à Doyle d'arrêter à son retour le véritable Eventreur victorien. Le reste? A vous de le découvrir. Sachez simplement qu'il y est question de la lutte à mort entre Holmes et Moriarty, d'une ville historique de York désertée depuis que les femmes y sont devenues stériles et que les enfants n'en reviennent pas, de Worsh, petits oursons extraterrestres habitant le monde parallèle au nôtre, d'une diablesse rousse nymphomane à tendance nécrophage (voire nécrophile), d'une arche mystérieuse perdue en Amérique du Sud depuis la nuit des temps, d'une allusion au vampirisme à la Erzébeth Bathory et de fortes doses d'hémoglobine (sans forcer sur les descriptions glauques). Sans parler de Jack London et de quelques autres protagonistes célèbres - rien que ça.
   
   Un roman qui pourrait facilement avoir un côté "fouillis" quand on songe à tous les sujets et personnages évoqués, et qui parvient à mélanger tous ces ingrédients disparates avec succès. Une intrigue bien menée, des personnages loufoques (et des moments très drôles), une plume agréable, moderne et pleine d'humour: un petit bijou pour les amateurs du genre et ceux qui, comme moi, font tout simplement une (toute petite) fixation sur l'époque victorienne!
   
   A consommer sans modération.
    ↓

critique par Lou




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A Londen, rien de nouveau
Note :

   Eh bien moi, j'ai été bien déçue par ce livre dont on m'avait vanté la fantaisie déjantée! Je n'ai pas du tout trouvé cela aussi original que je pouvais l'espérer.
   
   La première histoire nous livre une N1000ème version de Jack l'éventreur qui n'apporte rien de fondamentalement neuf. Tout y est banal, même le coupable. Sherlock est remarquable, mais n'a plus rien à voir avec Sherlock et en dehors de cela, si je vous dis que C. Doyle va mener l'enquête avec Oscar Wilde, vous n'aurez pas l'impression d’avoir déjà vu cela (plusieurs fois)? On n'aura plus qu'à parier qu'ils ne vont pas tarder à rencontrer Bram Stocker... et on gagnera.
   Pfff...
   
   La mise en place d'un monde parallèle, qui serait celui de l'imagination la plus libre aurait permis mille créations inattendues qui auraient subjugué le lecteur... mais a accouché d'une souris (disons d'un Worsh). De nombreux personnages réels ou issus d'autres fictions (selon que l'on est dans un monde ou dans l'autre) sont mêlés à l'intrigue qui patauge un peu dans l'hémoglobine, pour ne rien dire des autres fluides... Il y a des extra terrestres, des esprits maléfiques et autres méchants très méchants. Tout est possible, mais au bout du compte, on n'est jamais vraiment étonné tant toutes ces variations sur Holmes et Doyle tournent maintenant en rond. C'est vrai que celle-ci date de 2002, elle a donc vu le jour un peu avant beaucoup d'autres, mais n'empêche, moi je le lis aujourd’hui et, disons le mot, je me suis ennuyée, et plus les pages défilaient, plus j'en voulais à l'auteur. "The" originalité serait sans doute d'avoir mis en avant le sadisme au 1er degré de Holmes, mais en dehors de cela... peut-être d'ailleurs, que c'est le signe qu'on a fait le tour de la question et qu'il est temps de passer à autre chose. Mais franchement, si je dois lire encore ne serait-ce qu'une page d’enquête sur Jack l'éventreur, je crois que je vais faire un choc anaphylactique de première puissance. Je suis over-saturée.
   
   
   PS: Malgré un bon titre !

critique par Sibylline




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