Lecture / Ecriture
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S comme: Gemma Bovery de Posy Simmonds

Posy Simmonds
  S comme: Gemma Bovery
  S comme: Tamara Drewe


Rosemary Elizabeth «Posy» Simmonds est une dessinatrice de presse, écrivain et illustratrice de livres pour enfants britannique née en 1945.

S comme: Gemma Bovery - Posy Simmonds

Un petit bijou
Note :

   Le boulanger du village est ravi quand il voit débarquer un couple d'étrangers dans son village. Pour lui, ce sont des clients potentiels et c'est toujours bon à prendre.
   
   Mais ces clients ont comme un air de déjà vu...
   
   Gemma Bovery, suite à la mort de son père, quitte Londres et achète en effet une maison en Normandie, pensant y trouver le bonheur. Malheureusement, la maison se révèle ne pas être du tout celle de ses rêves, elle est en effet froide, humide et de nombreux travaux sont nécessaires. Elle envie les autres qui ont une situation financière bien plus confortable que la sienne. Pour finir, son mari Charlie, l'exaspère. Alors, comme elle s'ennuie, elle va prendre un amant. Cela vous rappelle quelque chose ?
   
   Seule différence notable entre Charlie et Charles Bovary, Charlie est divorcé, père de deux enfants et il a fort à faire avec son ex femme Judith, qui lui rend la vie infernale. Quant à Gemma, elle pense toujours à son ancien ami Patrick qu'elle ferait mieux d'oublier car il a une nouvelle copine!
   
   Ce récit est absolument génial. Le boulanger, fasciné et secrètement amoureux de Gemma, est le narrateur de ce récit. Librement inspiré du chef d'œuvre de Flaubert et avec de multiples références au classique -Hervé son amant est le clone de Rodolphe-, ce livre est en même temps d'une originalité extrême. De nombreuses caricatures émaillent l'intrigue: la divorcée revancharde, la femme qui s'ennuie, les gens qui vous épient, tout cela sous forme d'une bande dessinée qui n'en est pas une puisque cela se rapproche plutôt du roman graphique, mélange de roman, de bd et d'album.
   
   Ce livre est un petit bijou d'humour, de fantaisie, avec de nombreuses références littéraires absolument jouissives. Bref, je me suis régalée et je vous invite à en faire autant.
    ↓

critique par Clochette




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Joyeuse irrévérence
Note :

   Plus chouette que "Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary" (Philippe Doumenc), la "Gemma Bovery" de Posy Simmonds, roman graphique adaptant le roman de Flaubert à l’époque contemporaine avec l’humour décapant de l’auteur de "Tamara Drewe"; du coup, Gemma est moins formatée par des lectures sirupeuses que par les magazines de décoration et a des fantasmes de journaux féminins; le pharmacien positiviste est devenu un ex-soixante-huitard (effectivement concupiscent, hypocrite et voyeur; passionné par le roman de Flaubert, il n’a de cesse d’épier la jeune femme pour voir si elle correspond à la miss Bovary, et au passage, en bon lecteur fleur-bleue, il se laisse gagner par une attirance assez ridicule; il devient un double d’Emma en somme, c’est assez malin).
   
   Comme la plupart des auteurs revisitant le roman, Posy Simmonds se montre assez tendre avec l’aveugle mari, si doux qu’il ne comprend rien aux tourments d’Emma (et il a déjà bien assez à faire avec son ex-épouse, qui lui envoie des lettres dont la moitié des mots sont soulignés d’un trait impératif).
   
   Globalement, les scènes attendues sont traitées avec une joyeuse irrévérence (le fiacre est un vieux van hippie garé sous le Vieux Marché…) et l’auteur offre une évolution singulière à notre nouvelle Emma, pas aussi cruche que la flaubertienne…
    ↓

critique par Rose




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C'était écrit
Note :

    Quand on a annoncé la parution deTamara Drewe, la nouvelle BD de Posy Simmonds, j'ai poussé le cri de guerre de la LCA : "Il me le faut !"
    L'actuel répit pour ma carte bleue n'est dû qu'à l'absence de ladite BD à la librairie, pas du tout à un retour de bon sens ; le vendeur a passé commande juste pour l'avoir en rayon, malgré mes dénégations ; je n'ose plus franchir les portes de la librairie. Je suis faible mais encore consciente : j'ai réussi à inscrire le titre sur le cahier des souhaits de lecture "urgents" de la médiathèque...
   
    En attendant j'ai relu Gemma Bovery. Voilà de la BD comme je les aime : il faut du temps pour la lire. Sur la planche plus bas apparaissent des dessins mais pas que. Il y a le texte de la narration du boulanger Joubert avec l'illustration juste à côté, des extraits du journal de Gemma Bovery, des bandes plus classiques avec des dialogues bulles entre Gemma et son mari Charlie Bovery, une note de Judi, l'ex femme de Charlie, au sujet de Justin et Debra, les enfants de l'ex couple.
   
    "Justin et Délia, dont la moindre activité coûte de l'argent, implique un trajet en voiture ou nécessite des piles; Justin et Délia qui peuvent réciter tous les noms de pizza mais pas celui d'une seule fleur sauvage. Justin et Délia, qui, écrit Gemma, sont utilisés par leur mère 'comme moyens de contrôler Charlie et de nous pourrir la vie'.
    Gemma en a très vite eu assez."

   
    Gemma et Charlie achètent donc une chaumière en Normandie. Là Joubert s'intéresse de bien près à Gemma dont la vie ressemble de plus en plus à celle de l'héroïne de Flaubert (ennui, amant, dettes). Il intervient pour éviter le drame final mais en vain. [je ne révèle rien : la mort de Gemma est connue dès les premières pages.]
   
    Que dire de plus? C'est très drôle, ironique, l'humour décapant de Posy Simmonds n'épargne personne. A (re)découvrir!
   ↓

critique par Keisha




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La réalité n'est pas la fiction
Note :

   "A plusieurs reprises, dans ce cahier, Gemma mentionne ses insomnies. Je l'imagine couchée là, comptant ses erreurs. Trois mauvais choix : mauvais mari, mauvaise maison, mauvais endroit.
   Bien sûr, elle ne veut plus l'enfant de Charlie. L'image qui l'exaltait à Londres - le parfum des arbres en fleurs et les petits vêtements séchant au verger - est devenue insoutenable. Elle mourrait d'ennui enterrée en Normandie, et le bébé aussi, en grandissant.
   Elle le sait, par les visites des enfants de Charlie. Leurs vacances sont sa hantise".
   

   L'annonce de la sortie d'un film a été l'occasion d'emprunter ce roman graphique à la bibliothèque, d'autant plus qu'il se passe dans ma région et que j'habite la ville où est né Gustave Flaubert. Je crois que tout le monde sait que Posy Simmonds, illustratrice de renom, a eu l'idée de transposer l'histoire d'Emma Bovary de nos jours, égratignant au passage ses compatriotes qui achètent des maisons en France, et une petite bourgeoisie parisienne qui fantasme sur la vie "authentique" que l'on mène à la campagne.
   
   Dans cette version, c'est Joubert, ex-parisien déçu de son travail dans l'édition et établi dans le village de Bailleville comme boulanger, qui raconte l'histoire, à travers les journaux tenus par Gemma. Pas de suspense puisque nous savons d'emblée qu'elle est enterrée depuis trois semaines. Il ne reste plus qu'à dérouler le fil des évènements. Joubert est obsédé par le roman de Flaubert et les coïncidences avec le couple d'anglais qui vient d'emménager à côté de sa maison sont troublantes. Le voilà qui se met en tête qu'elle va connaître le même destin qu'Emma. Il va se mêler de ce qui ne le regarde pas et précipiter exactement ce qu'il redoutait.
   
   La transposition est amusante, on retrouve les ingrédients du roman initial, décalés, enrobés d'humour, emballement d'abord, puis l'ennui, l'arrivée d'un amant, d'un autre, Charlie qui ne voit rien, les dettes qui s'accumulent et le drame final. La chute du roman ne manque pas de sel, où l'on entrevoit que Joubert, ce malade obsédé par un personnage fictif, est loin de la guérison.

critique par Aifelle




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