Lecture / Ecriture
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Miserere de Jean-Christophe Grangé

Jean-Christophe Grangé
  La Ligne noire
  Le Serment des limbes
  L'empire des loups
  Le vol des cigognes
  Miserere
  La forêt des Mânes
  Le Passager

Jean-Christophe Grangé est un journaliste et écrivain français né en 1961 .

Miserere - Jean-Christophe Grangé

"La voix des enfants et leur pureté."
Note :

   Un flic à la retraite, au cuir épaissi -du moins le croit-il, un jeune flic drogué mais très doué, voilà un de ces improbables duos comme nous les aimons. Ce qui va les rapprocher? Le meurtre d'un chilien d'origine allemande, chef de chœurs de garçons de plusieurs églises dans Paris. Piste politique? Piste pédophile? Chacun des flics a sa préférence mais la réalité va vite s'emballer et dépasser toutes leurs hypothèses...
   
   Jean-Cristophe Grangé est au mieux de sa forme dans "Miserere". Certes, il emploie des procédés classiques (la relation père-fils qui s'établit entre les deux héros, les fausses pistes) mais c'est pour mieux tromper son lecteur qui, ainsi mis en confiance, ne peut que se laisser surprendre par les chausse-trappes que l'auteur a ménagés.
   
   Ses héros trimballent leurs zones d'ombre mais elles ne sont évoquées qu'en pointillés et leur élucidation nous explose à la figure au moment où nous les avions presque oubliées. Kasdan, le vieil arménien retraité et Volokine, le jeune loup russe, évoluent principalement dans un décor urbain, très cinématographique, et les péripéties se succèdent, toujours plus étonnantes. L'intensité monte dans l'horreur, mais sans complaisance. Grangé utilise certains thèmes historiques qui pourraient sembler rabâchés mais il les dynamite, les poussant à l’extrême, sans pour autant tomber dans les excès pseudo ésotériques du "Concile de pierre".
   
   Un roman profondément pessimiste sur l'âme humaine, un roman traversé par la musique, un roman que vous ne lâcherez pas une fois que vous l'aurez commencé et dont vous sortirez groggy . Ames sensibles s'abstenir!
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critique par Cathulu




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Beauté et cruauté du chant …
Note :

   Jean-Christophe Grangé, inutile de présenter, c’est une histoire à vous tenir en haleine en permanence avec des rebondissements à tous les chapitres, de la violence et de l’action. Ce sont les ingrédients de sa recette et «Miserere» n’y déroge pas.
    « Le Cri était prisonnier des orgues.
   Il sifflait dans les tuyaux. Résonnait dans toute l'église. Atténué. Feutré. Détaché. Lionel Kasdan fit trois pas et demeura près des cierges allumés. Il observa le choeur désert, les piliers de marbre, les chaises revêtues de skaï, couleur de framboise sombre.
   Sarkis avait dit : "En haut, près de l'orgue." Il pivota et se coula dans la spirale de pierre qui monte jusqu'à la tribune. À Saint-Jean-Baptiste, l'orgue a une particularité : ses tuyaux trônent au centre, comme une batterie de lance-missiles, mais son clavier se tient à droite, dissocié, formant un angle perpendiculaire avec le buffet. Kasdan avança sur la tapis rouge, longeant la rambarde de Pierre Bleue.
   Le corps était coincé entre les tuyaux et le pupitre du clavier.
   Allongé sur le ventre, jambe droite repliée, mains crispées, comme s'il était en train de ramper. Une petite mare noire auréolait sa tête. Partitions et livres de prières se répandaient autour de lui. Par réflexe, Kasdan regarda sa montre : 16h22.
   Un instant, il envia cette mort, ce repos. Il avait toujours cru qu'avec l'âge, il ressentirait une angoisse, une appréhension intolérable à l'égard du néant. Mais c'était le contraire qui s'était produit. Au fil des années, une impatience, une sorte d'attirance magnétique pour la mort était montée en lui.»

   
   
   Lionel Kasdan est un policier retraité, d’origine arménienne, impliqué au sein de sa communauté et qui est sur place, dans l’église de son culte, au moment où le chef de chœurs, un musicien d’origine chilienne est assassiné d’une manière intrigante et sauvage à la fois. Bien qu’à la retraite – et parce qu’on est chez Grangé – il va s’autosaisir de l’enquête qui va rapidement montrer des ramifications aussi stupéfiantes que dangereuses. Notre Lionel Kasdan va recevoir le renfort, quasiment tout aussi autosaisi, de Volokine, jeune policier français d’origine russe, aussi jeune et beau que Kasdan est vieux et retraité. Ah oui, Volokine est héroïnomane aussi! On n’est pas à ça près chez Grangé et c’est d’ailleurs certainement une partie de son charme.
   
   Le reste est échevelé, limite improbable, toujours scotchant. Il y a de très beaux passages – Grangé sait bien installer une atmosphère à partir des lieux, des intervenants – des passages moins forts –il faut bien lier la sauce – et puis une fin qui donne l’impression d’être bâclée. Je me suis littéralement retrouvé tout bête à la fin; «quoi, ça se finit comme ça?» Faible, la fin.
   
   Mais avant la fin il y aura ce volumineux roman qui ne vous lâche pas tant que vous ne savez pas, et qui vous emmènera principalement à Paris, vers les Causses, avec des incursions historiques du côté du Cameroun et du Chili. Pas peur du dépaysement, le Grangé!

critique par Tistou




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