Lecture / Ecriture
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Virginia de Jens Christian Grøndahl

Jens Christian Grøndahl
  Virginia
  Piazza Bucarest
  Quatre jours en mars
  Bruits du cœur
  Les complémentaires
  Les Portes de Fer

Jens Christian Grøndahl est un écrivain danois né en 1959.

Virginia - Jens Christian Grøndahl

Occasions manquées
Note :

   Eté 1943, deux adolescents, le narrateur et la fille de la couturière de sa tante, passent leurs vacances en bord de mer. Elle est distante, il la trouve belle et fascinante. Malgré les passages d'avions, l'occupation allemande et la guerre semblent lointaines et irréelles jusqu'au jour où un avion allié est abattu et s'abîme dans les dunes. Les champs inondés et la cabane sur les dunes vont voir se nouer un drame silencieux entre les deux adolescents et le pilote. Drame muet et malaise indicible qui se solde par le départ précipité de la jeune fille. Pourquoi cette fuite? Seul le narrateur a une partie de la réponse et cela le rend malade.
   
   Jens Christian Grøndahl plonge le lecteur dans le souvenir et la mélancolie de blessures passées et d'occasions manquées. L'évocation des plages et des dunes danoises, parsemées d'élymes des sables, chevelures vertes aux pointes blondes, accentue la mélancolie du récit. Le coeur ne cesse de s'étreindre au fil des années lorsque les élymes des sables bercent les souvenirs du narrateur.
   
   Derrière la douceur amère du souvenir d'un amour déçu d'adolescence, se dessine le portrait d'une jeune fille puis d'une femme étrangement lointaine, inconnue même pour ses proches, peu diserte et réservée. Une femme qui se met en spectatrice de la vie et qui regarde le temps s'écouler sans rien dire. Tout est décrit avec délicatesse et tendresse donnant au roman une atmosphère riche d'émotions muettes et de poésie qui nous laisse tout chose une fois refermé. Ma lecture a été accompagnée par la musique du film "Un été 42" et je ne saurais absolument pas l'expliquer... peut-être la présence de la mer et des dunes ou la beauté de l'instant qui donne à la vie ses plus beaux atours. J'ai aimé le filigrane des quotidiens vécus au cours des années qui façonnent des vies et des destins, le déroulement des souvenirs auxquels on s'attache, les regrets que l'on cache et qui se disent tant d'années plus tard. On ne peut rester insensible à l'écriture juste, sobre et sensible de l'auteur qui pose des mots sur des sentiments difficiles à exprimer.
   
   "Lorsqu'elle est venue ici le matin, le soleil bas éclairait déjà les planches en bois blanc. Un point doré se reflétait clairement dans l'eau, entre les petites rides dans la surface lisse et immobile. Les hirondelles tournoyaient autour de l'abri comme une volée de flèches qui montent dans le ciel et s'abattent d'un trait. Elle ne pouvait savoir qu'elle allait revenir dans la nuit, inquiète d'être vue par quelqu'un, et tout aussi alarmée par sa témérité. Elle n'avait même pas eu l'intention de se rendre à la remise isolée quand elle avait enfourché sa bicyclette, ce matin-là. Elle avait eu seulement envie d'être seule et de rouler au petit bonheur. Ainsi, elle s'est retrouvée à l'endroit le plus déserté qu'elle connaissait. On rencontrait presque toujours quelqu'un sur la plage, mais pas ici.
   Elle laissa son vélo lorsque le chemin se rétrécit et continua à pied sur la sente étroite qui menait à l'abri. Elle s'assit contre le mur et ferma les yeux. L'herbe était humide, mais le soleil avait déjà réchauffé les planches, et elle sentit la chaleur dans son dos. Autour d'elle, les hirondelles décrivaient des cercles larges ou rapprochés. Leurs cris faisaient penser à un millier de portes invisibles qui grincent sur leurs gonds." (p 33 et 34)

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critique par Chatperlipopette




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Virginia et moi
Note :

    Ce court roman de 120 pages n'est peut-être pour moi que le seuil de la maison Grondahl, qui me donne bien envie d'en savoir plus sur cet auteur danois.
   
   Une adolescente pendant les années de guerre sur une plage près de Copenhague. Elle est la fille d'une couturière invitée par une des clientes de sa mère à passer l'été dans leur maison de campagne, plus sûre en raison des bombes qui menacent le pays. Un aviateur anglais abattu et qui se cache et le neveu de ses hôtes, plus jeune de deux ans et vite troublé par la jeune fille complètent la distribution. Laquelle jeune fille est émue par l'étranger en ces circonstances d'inquiétude et d'incertitude. Il ne se passera pas grand-chose certes et pourtant l'homme comme la jeune fille ne se remettront jamais tout à fait de ce fugace frôlement. Quant au neveu on peut imaginer que lui aussi, sa vie durant, peut-être...
   
    Que restera-t-il de ces instants où le délicieux s'est conjugué au douloureux? La prose de Jens Christian Grondahl est tout en légèreté, comme éthérée, comme une minime évanescence d'un tabac fin. Ces moments si particuliers auront déterminé une grande partie de leur existence, mais sans avoir l'air d'y toucher,et pour faire ressentir cet esprit il faut un fameux talent de conteur, discret et efficace.
   
    Reste un été lointain, tout petit principe d'une guerre elle-même presque absente. Reste un été, oui, et reste un étui, parfum, envol, embol. Ne vous privez pas de 120 pages superbes. Il s'appelle Jens Christian Grondahl et j'ai aimé son livre.

critique par Eeguab




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