Lecture / Ecriture
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Mariés! de August Strindberg

August Strindberg
  Mariés!
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Mariés! - August Strindberg

Courrier du coeur: Mademoiselle Greluche est dans une situation difficile
Note :

   Ami lecteur, après mure réflexion, j'ai décidé de laisser tomber le blog littéraire pour me lancer dans un nouveau concept: le blog courrier du coeur (bon, d'accord cela doit déjà exister ailleurs mais ce n'est pas grave, je fais du neuf avec du vieux). Oui, parce que c'est bien connu, je suis une spécialiste des conseils essentiels en amour (Ce qui se limite généralement à celui-ci: fonce, ma fille (ou mon gars)... Si je foncerais moi à ta place? Euh, non...). Bref, pour inaugurer ce nouveau blog, je vais répondre à une lettre qui m'a été adressée par une lectrice éplorée.
   
   Chère Mademoiselle Cécile,
   Je suis dans une position si désespérée que je ne sais vraiment plus à qui m'adresser. Je fréquente depuis quelques temps un charmant jeune homme, bien de personne, qui possède une bonne situation et qui vient de me demander en mariage lors d'un dîner tout à fait romantique chez Roger, le troquet du coin, en glissant une bague en zircon dans ma coupe de mousseux, ce qui se rapprochait plus ou moins de la demande en mariage idéale telle que je me l'imaginais depuis l’âge de cinq ans. Les jours qui ont suivi cette si délicate, et peu dispendieuse, demande ont été les plus heureux de ma vie. Ma mère, qui me préparait à ce grand événement en m'encourageant à ne pas trop me cultiver l’esprit pour ne pas rebuter les possibles prétendants, a ressorti le cahier de suggestions pour la cérémonie que nous tenons ensemble depuis mes 6 ans. La vue de toutes ces illustrations de robes de mariée ainsi que les pages entières de pièces montées m'ont fait prendre conscience de l'importance d'un mariage.
   
   Cependant, malgré la félicité que je peux éprouver en pensant aux dragées et aux cartons d'invitations, le doute me taraude. En effet, depuis qu'il a fait sa demande, mon fiancé a un comportement fort étrange avec moi. Fini les fleurs cueillies au jardin municipal, fini les boites de chocolat juste un peu entamées. Maintenant, il me parle que d'économie, de loyer, de salaire, de frais de tenue de la maison. Il exige de moi que je lui apporte à boire, que je lui masse les pieds et que je lui reprise ses chaussettes. Il se fâche quand je lui demande gentiment et avec beaucoup de sollicitude ce qu'il a fait de sa journée, où il est allé, qui il a rencontré, ce qu’il a mangé, pourquoi il ne répond pas. Il ne comprend pas pourquoi nous devons absolument acheter ce merveilleux canapé recouvert de velours orange et vert et ces rideaux de chintz d'un ravissant marron.
   
   Je dois avouer que toutes ces contrariétés me portent sur les nerfs et que je suis de plus en plus tendue. J'en viens même à douter de la viabilité de cette union. Mais pressée par mes parents et assaillie par mon fiancé, qui vient d’apprendre que sa logeuse refusait maintenant de repasser ses chemises et plastrons, je n’arrive pas à démêler les fils de ma pensée. Je vous supplie de bien vouloir m’éclairer!
   
   Je vous remercie par avance,
   Mademoiselle Greluche.
   
   
   Chère Mademoiselle Greluche,
   Sachez tout d’abord combien votre lettre m’a touchée. Votre situation, malheureusement très courante, me paraît effectivement bien difficile et je ne peux que très vivement vous conseiller de lire "Mariés" d’August Strindberg. Comme vous vous en rendrez compte par vous-même à travers ces courts récits qui tournent tous autour de la condition conjugale, le mariage n’est certainement pas l’état le plus heureux pour l’être humain. Vous découvrez les joies maritales: les exigences accrues, les désillusions, les problèmes d’argent, l’interférence de la belle-famille, la jalousie, l’adultère, les mesquineries et les coups bas, l’habitude, tout cela décrit avec une plume assassine, misogyne et hilarante (même si à force de lire des pages de réquisitoires contre la gente féminine, j’ai failli (1) faire subir les pires tortures à ce livre, (2) ne plus mettre de jupes et jeter mon sac rose, et le vert aussi).
   
   Bref, chère Mademoiselle, avant de vous lancer dans cette expérience qui risque d’être douloureuse, je vous somme de bien réfléchir sur les transformations qui vous ont affectée depuis que vous avez l’annulaire encerclé par une bague de pacotille et d'en tirer les conséquences qui s'imposent.
   
   Bien amicalement,
   Cécile

critique par Cécile




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