Lecture / Ecriture
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Terreur de Dan Simmons

Dan Simmons
  Terreur
  Ilium - Olympos
  La chute d’Hypérion (tome 1)
  La chute d’Hypérion (tome 2)
  Drood

Dan Simmons est un écrivain américain de science-fiction, d'horreur et policier, né en 1948. Après être sorti diplômé de l'Université Washington à Saint-Louis, Missouri, en 1971, il a travaillé dans l'éducation jusqu'en 1989 avant de se consacrer à l'écriture. Il vit dans le Colorado.

Il a reçu le prix Hugo en 1990 pour son roman "Hypérion".

Terreur - Dan Simmons

Vous serez glacé d'épouvante!
Note :

    Vous n’avez jamais eu froid. C’est une certitude. J’en tremble encore et j’ai lu ces sept cents pages cachée sous ma couette.
   
   Pour vous le faire court, ça se passe dans le Grand Nord, la température oscille entre - 45°C et - 70°C.
   
   En 1845, le Terror et l’Erebus quittent l’Angleterre avec à leur bord cent vingt neuf personnes. Leur but : découvrir le passage du Nord-Ouest. Sir John Franklin, capitaine de l’Erebus en charge de l’expédition n’est pas un débutant: il a déjà sillonné les mers du globe et cette fois il est prêt pour la grande découverte. Pourtant, les bateaux ne tardent pas à être pris dans les glaces hivernales. Chose prévisible, sauf que le dégel n’est pas au programme deux étés de suite et les deux bateaux restent bloqués. A cela s’ajoutent de la nourriture avariée, un froid proprement polaire et bientôt, les premiers symptômes du scorbut. Et surtout, la funeste et mystérieuse apparition d’un monstre des glaces, semblable à un ours polaire en trois fois plus gros, qui s’acharne sur l’équipage, le guette, le traque et monte même à bord. Et ça va durer plus de trois ans...
   
   L’intrigue est mince, très mince: des hommes, le froid, un monstre. Et pourtant, on suit le périple de ces hommes sans compter les pages. Tout y est minutieusement détaillé: les cartes, le rôle de chacun à bord, le bateau, la nourriture, les expéditions, les maladies… et bien sûr, les conflits entre tous ces hommes qui, non contents d’être décimés par le monstre et le froid, arrivent encore à s’entre-tuer (parfois à des fins alimentaires, j’en tremble encore !).
   
   L’incroyable tension humaine va croissant, alimentée par la peur, la faim et la maladie. Quand la superstition et la convoitise s’en mêlent, la mutinerie gronde et la folie s’incarne parmi ces hommes qui vont au-delà du possible. Ils affrontent des conditions extrêmes auxquelles je ne croyais pas possible de survivre. Ces Anglais portent quinze kilos de vêtements (secs, le poids double au moins quand ils sont mouillés, c’est-à-dire tout le temps) alors que l’Esquimau de base a chaud sous deux peaux d’ours. Ils trimballent un incroyable bric-à-brac de gentlemen, se gèlent dans leurs navires où il fait – 30 alors que la température s’élève au-dessus de 0 dans un igloo. Mais tout ce qui n’est pas Anglais est barbare, ou peu s’en faut. Et jusque sur la banquise, jusque dans la souffrance et la mort, marins et officiers conservent l’étiquette et observent la discipline de la Royal Navy.
   
   
   Dan Simmons construit un suspense sans faille fondé sur la survie. De ces cent vingt neuf personnes, bien peu survivront et sans être morbide, le lecteur veut savoir comment chacun va mourir. La maladie, la faim, le suicide, le meurtre, la boucherie monstrueuse: ils y passent les uns après les autres, dans un luxe de descriptions, c’est terrifiant! D’autant plus que, basé sur un travail documentaire rigoureux, l’auteur n’invente rien: cette expédition a existé, ces hommes ont vécu l’enfer blanc et le lecteur assiste impuissant à l’hécatombe. Le sort de ces hommes est pourtant en grande partie inconnu (on trouve encore aujourd’hui des vestiges archéologiques de cette expédition), Dan Simmons s’inscrit avec talent dans les blancs de l’Histoire pour faire naître la peur et donner un destin, sombre ou grandiose, à ces hommes qui sont allés au-delà de l’humain.
   
   
   Il est certain que sept cents pages d’enfer blanc, c’est long. On pourra trouver quelques longueurs ici et là et être dérouté par les incessants flash-back. Si j’ai eu un peu de mal avec certaines descriptions (le nombre de boîtes de conserve, les dîners sans fin entre officiers), l’impression est vite comblée par le suspense extraordinaire et tout simplement par le réalisme effrayant de ce roman. Je n’avais jamais autant crapahuté dans la neige…
   
   En plus d’être un roman magnifiquement terrifiant, ce livre est pour moi avant tout un grand moment d’aventure et d’humanité.
    ↓

critique par SBM




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L'Enfer Blanc
Note :

   Dans ces deux genres littéraires que sont le fantastique et la science-fiction, Dan Simmons appartient à la catégorie des poids lourds. C'est avec bonheur que je me souviens des heures passées à lire le cycle d' "Hypérion" ainsi que «L' Échiquier du Mal». Puis l'engouement pour cet auteur s'était quelque peu refroidi pour moi suite à la lecture laborieuse et indigeste du diptyque «Illium-Olympos» qui m'avait laissé très dubitatif.
   Heureusement, c'est avec un grand plaisir que j'ai pu renouer avec cet auteur suite à la lecture de «Terreur».
   Encore un pavé, certes, comme excelle à en produire Dan Simmons, mais quel pavé!
   Voici en effet un ouvrage de plus de mille pages qui va nous entraîner dans une aventure dantesque retraçant la dramatique expédition polaire de Sir John Franklin, partie d'Angleterre le 19 mai 1845 en direction de l'Arctique à la recherche du très convoité passage du nord-ouest.
   Composée de deux navires: le HMS Erebus et le HMS Terror, puissamment équipés pour affronter les glaces, l'expédition est commandée par sir John Franklin et les deux bâtiments sont dirigés respectivement par le capitaine de frégate James Fitzjames et le capitaine de vaisseau Francis Crozier.
   Ces deux navires seront aperçus pour la dernière fois à l'entrée de la mer de Baffin en août 1845. On sait que les deux vaisseaux seront ensuite pris dans les glaces et passeront l'hiver 1845-1846 sur l'île Beechey, pour ensuite se retrouver irrémédiablement immobilisés l'hiver 1846-1847 et 1847-1848 sur l'île du Roi-Guillaume d'où ils ne repartiront jamais.
   Les notes, retrouvées par les expéditions de secours lancées suite à la disparition de l'Erebus et du Terror nous apprennent que des membres de l'équipage ont survécu jusqu'en 1848, tentant de rejoindre à pied l'embouchure de la rivière Back au Canada.
   Au fil des années, suite aux différentes recherches, menées de 1848 jusqu'en 2008 pour tenter de faire la lumière sur cette tragédie, on a beaucoup appris sur la disparition de l'expédition Franklin.
   On sait aujourd'hui que l'équipage a été progressivement décimé par le froid, la faim, le scorbut, le botulisme et autres maladies. On sait aussi que les membres de l'expédition, après l'épuisement des vivres, se sont livrés au cannibalisme pour survivre.
   
   C'est donc cette effroyable odyssée que nous raconte Dan Simmons dans «Terreur», un récit étayé par un scrupuleux respect des données historiques concernant la préparation et le déroulement de cette tragique expédition. L'auteur, en effet, a veillé à retranscrire scrupuleusement toutes les données concernant la dernière expédition de l'Erebus et du Terror. Le lecteur approche ainsi – grâce à un remarquable travail de documentation – au plus près les conditions de ces hommes, officiers, marins, soldats, reclus de longs mois dans des navires immobilisés par les glaces. On ressent fortement, à la lecture de ce roman, l'atmosphère glaciale, le confinement, la promiscuité, et aussi la peur.
   
   La peur est en effet omniprésente dans ce roman: la peur de mourir de faim, de froid, de maladie, d'isolement dans ces solitudes glacées. Mais à toutes ces peurs vient s'en ajouter une plus grande encore.
   Dan Simmons qui, on l'a dit, a scrupuleusement veillé au respect des données historiques, a profité des nombreuses zones d'ombre qui subsistent dans le déroulement des faits tragiques de cette expédition pour y introduire un nouvel élément: une créature maléfique et redoutable qui s'attaque sauvagement aux membres de l'équipage avant de disparaître. C'est ici en effet qu'intervient la patte de l'auteur fantastique qu'est Dan Simmons. Là où il aurait pu se contenter de nous narrer l'histoire passionnante et dramatique de cette expédition, il ajoute à tout ceci un élément irrationnel inspiré de la mythologie du peuple inuit qui fait basculer ce récit au départ historique vers le roman d'épouvante. Cette étrange et dangereuse créature donnera lieu à des passages d'anthologie comme cette fête organisée pour remonter le moral de l'équipage à l'occasion du nouvel an 1848, fête inspirée d'une nouvelle: «Le masque de la mort rouge», écrite par un auteur américain alors inconnu dénommé Edgar Allan Poe.
   
   Mais ce monstre qui rôde autour de l'Erebus et du Terror immobilisés dans les glaces, ce monstre qui massacre un par un les hommes d'équipage, est-il finalement ce dont les membres de l'expédition ont le plus à craindre? Car un autre monstre, bien plus terrifiant celui-ci, se prépare à entrer en scène...
    ↓

critique par Le Bibliomane




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Sombres impressions du pôle
Note :

   Certes il est un peu monstrueux, "Terreur", de Dan Simmons, avec ses 700 pages comme écrites robustes par un charpentier de marine. Lourd et épais comme un vulgaire best-seller (c'est pas méchant) et en relief le nom de l'auteur et celui de livre. Et surtout il est passionnant malgré quelques petites baisses de régime. Dame! Sur la distance... Triple patronage pour ce grand roman épique, moral et philosophique.
   
    - L'Histoire, celle de la conquête des pôles, qui a inspiré Simmons qui met en scène les vrais acteurs du drame de 1845 qui vit le Grand Nord se refermer sur l'expédition Franklin, de la Marine royale anglaise. Jules Verne pour "Un hivernage dans les glaces" s'est souvenu de cela lui aussi.
    - Howard Hawks et son film de 51 "La chose d'un autre monde" (bon remake par John Carpenter en 82) qui contait la terreur causée par un extra-terrestre congelé, puis décongelé sur une base militaro-scientifique.
    - Un certain Herman Melville dont le roman "Moby Dick", un pavé lui aussi, d'ailleurs fort peu lu dans sa version totale, et où le Capitaine Achab se damnait sur toutes les mers du monde, nanti d'un pilon pour clouer au pilori le grand cachalot blanc.
   
    De tout cela Dan Simmons tire sa substantifique moelle pour nous offrir un roman d'initiation, un avatar de la collection Terre Humaine, un thriller d'épouvante, un précis de navigation boréale, un long cours de climatologie, une histoire d'amour, un western avec traîtres et sacrifices, une grande aventure doublée d'une solide réflexion sur le destin de ces hommes, sombre et grandiose.
   Si vous entrez dans ce journal de bord immobile vous n'échapperez pas à ce souffle, d'une grande valeur littéraire, mais Simmons a fait ses preuves, je crois, dans ses immenses cycles de science-fiction. Mais de cela d'autres ont déjà fort bien devisé. Immobile dans le grand blanc, infernal et titanesque, face au léviathan, à l'immensité de glace (vocabulaire très riche en découvertes), et à la petitesse de certains hommes dont la vilenie s'épanouit mieux en Arctique, vous frissonnerez intelligemment. Couvrez-vous.

critique par Eeguab




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