Lecture / Ecriture
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Le temps de la sorcière de Arni Thorarinsson

Arni Thorarinsson
  Le temps de la sorcière
  Le septième fils
  Le dresseur d’insectes
  L'ange du matin

Arni Thorarinsson (Árni Þórarinsson) est un journaliste et écrivain islandais né en 1950 à Reykjavik.

Le temps de la sorcière - Arni Thorarinsson

Extension du domaine islandais
Note :

   Einar, rédacteur au Journal du soir, est envoyé à Akureyri, une ville du nord de l'Islande où il est en charge de l'antenne locale. Rien de bien folichon à première vue, chiens écrasés, stylo-trottoir, manifestations culturelles locales, jusqu'à ce qu'on découvre le cadavre d'un lycéen dans la décharge locale.
   
    Arnaldur Indridasson n'est plus seul. Il fallait s'y attendre après le succès des aventures du commissaire Erlendur, le polar islandais intéresse désormais les éditeurs et Métailié a confié à Eric Boury, traducteur d'Indridasson, le soin de faire découvrir Arni Thorarinsson aux lecteurs français. Ceux-ci n'en tomberont pas à la renverse: les démêlés d'Einar, journaliste lancé dans une enquête policière, sont loin d'être aussi captivants que les aventures d'Erlendur.
   
   Pourtant, en s'éloignant de Reykjavik, l'auteur avait la possibilité de faire quelque chose d'intéressant en montrant une province livrée aux changements induits par la mondialisation économique: abandon des activités traditionnelles, arrivée des travailleurs étrangers, destruction du milieu naturel, perte des traditions, perte de la langue aussi avec la présence de plus en plus envahissante de l'anglais. Ces thèmes sont plus effleurés que réellement traités, au détour d'une enquête laborieuse dont Einar vient à bout grâce à une intuition assez extraordinaire, démêlant dans le dernier chapitre une histoire plutôt confuse. Les dialogues manquent de punch, l'humour tombe à plat, et le lecteur s'ennuie. Finalement, Arnauld Indridasson est bien seul.
   
    Curiosité. Note en bas de page, concernant le mot sjoppa, utilisé dans le texte : "Une sjoppa (dérivé de l'anglais shop) est une particularité islandaise qui n'a pas son équivalent en France. C'est un petit magasin qui vend des cigarettes, des friandises, des sodas, des magazines et des journaux." C'est tellement particulier qu'on en trouve ici à chaque coin de rue sous le nom de tabac-journaux.
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critique par P.Didion




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"Le savoir et l'innocence ne sauraient faire bon ménage."
Note :

   "Devant la maison scintille une luxueuse Mercedes-Benz argentée rutilante qui rappelle que nous vivons à l'époque de la croissance et de l'optimisme. Je gare mon tacot juste à côté pour rappeler que toute chose est vouée à disparaître".Ecrites en 2005, ces phrases prennent une résonance particulière étant donné la situation actuelle de l'Islande...
   
   C'est en effet au pays des fjords que se déroule l'intrigue du "Temps de la sorcière". Arni Thorarinsson y met en scène un journaliste, Einar , qui a eu la bonne idée de devenir abstinent alors qu'il vient d'être muté dans le Nord du pays. Les ventes de son journal vont monter en flèche quand il va mener l'enquête sur l'assassinat d'un jeune homme charismatique dont la personnalité va se révéler plus complexe qu'il n'y paraît à première vue.
   
   Rien de tel qu'un roman policier pour prendre le pouls d'une société et celle que nous dépeint ici l'auteur est bien loin des clichés que nous pourrions avoir sur l'Islande. Suicide des jeunes, alcool, drogues, influence de la langue et de la culture américaine, tout ceci nous montre que la mondialisation gagne de plus en plus de terrain...
   
   Si les intrigues peinent un peu à se mettre en route, les personnages sont joliment croqués et nous passons un bon moment en leur compagnie.
   
   Sympathique.
   
   Ps: la sorcellerie évoquée dans le titre n'a qu'un rôle anecdotique!
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critique par Cathulu




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Comparaison n'est pas raison
Note :

   Une nouvelle fois, critiques et éditeurs ne peuvent s'empêcher de chercher la comparaison avec un auteur des pays du nord; cette fois c'est avec Arnaldur Indridason.
   Un personnage principal masculin journaliste, qui a bien une fille mais la ressemblance s'arrête là car ses relations avec elle sont au beau fixe.
   Bien qu'ayant lu pas mal de policiers de ces régions ces derniers temps (presque un phénomène de mode à l'heure actuelle), je suis toujours surprise par le style et un rendu différent dans ces romans policiers par rapport à ce que nous avons l'habitude de lire: domination anglo-saxonne et française.
    .
   L'abord me semble différent car A. Thorarinsson implique la situation de la société islandaise dans son roman, et en fait un personnage important. En effet en nous décrivant les changements, l'évolution de l'Islande tout en nous donnant quelques éléments historiques (quelques miettes; ce n'est pas soporifique et cela coule de source dans le fil de la narration), l'auteur va nous mener au bout de ces histoires qui pourraient n'être que des faits divers, mais sur lesquelles Einar, tranquillement et curieusement, va s'impliquer et les élucider tout en montrant le lien commun qui nous semblait inexistant tout d'abord.
   
   Afin de mieux nous mener en bateau, l'auteur nous entraîne dans le quotidien d'Einar :
   - ses relations avec une perruche sont traitées avec un humour sarcastique, le même que celui qu'il affiche par rapport à sa personne.
   - de ses collègues et d'une myriade de personnages qui pourraient sembler secondaires mais qui sont néanmoins décrits avec force détails et qui l'aident volontairement et involontairement à aller au bout de cette enquête.
   
   Tout n'est pas forcément réussi dans ce roman et l'impression de longueur (cf les nombreux apartés personnels, une certaine introspection du personnage) peut parfois dominer pour les lecteurs de polars de langue anglaise, mais il me semble intéressant de lire autre chose, et, vraiment la conclusion est bien menée.
   
   En dépit de ces "défauts", je retenterai certainement un autre volume de cet auteur.
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critique par Delphine




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Réussi
Note :

    Einar, reporter du journal du soir, a été muté dans la petite ville d'Akureyri dans le nord de l'Islande pour implanter le journal dans cette région et faire augmenter les ventes... ce qu'il n'apprécie pas particulièrement! Deux collègues l'accompagnent : Asbjörn qu'il déteste cordialement et son amie et confidente, Joa, la sympathique photographe du journal, qui ne s'intéresse pas aux hommes! Pas de sexe donc, pas d'alcool car Einar a renoncé à boire! Loin de Reyjavick et de sa fille Gunna, on comprend que notre journaliste broie du noir. Le travail routinier qui lui est demandé l'ennuie, compte-rendus de réunions électorales, questions stupides pour la rubrique hebdomadaire et il ne cesse d'avoir des prises de bec téléphoniques avec le nouveau rédacteur en chef qui est resté bien tranquillement à Reyjavik, lui! Sa seule distraction réside dans son tête-à-tête quotidien avec Snaelda mais lorsque vous aurez découvert la personnalité de cette compagne, vous comprendrez qu'il y a mieux comme distraction!
   
    Cependant deux enquêtes vont bientôt l'occuper après le décès d'une femme dans la rivière et le meurtre d'un brillant mais étrange étudiant, Skarphedinn, qui disparaît le soir où doit avoir lieu la première de la pièce de théâtre où il tient le rôle principal. Quel lien entre ces deux meurtres? A priori, aucun puisque la mort de la femme est accidentelle mais la mère de celle-ci, Gunnhildur, est persuadée du contraire. Elle accuse même son gendre d'assassinat!
   
    L'intrigue nous entraîne donc à la suite d'Einar dans les différents milieux de la ville, à la recherche d'indices qui permettraient de comprendre ce qui s'est passé et quelle est la personnalité de chacune des victimes. L'intérêt du roman dépasse alors la seule intrigue policière puisqu'il nous introduit dans la société islandaise et nous en dévoile les maux. Le capitalisme sans morale sacrifie la beauté de la nature islandaise pour en tirer le maximum de profit. L'industrialisation sauvage saccage et pollue les sites en entraînant une immigration intense. Les immigrés exploités d'un côté, sont rejetés de l'autre par une population qui se sent envahie et défend sa culture. Le racisme et ses violences sévissent. Les jeunes, quant à eux, trompent leur ennui et leur mal-être en buvant et en se droguant.
   
    Un constat bien noir qui est contrebalancé par l'humour de Thorarinsson. Vous l'aurez compris, Einar n'a pas bon caractère et sa patience a des limites. Les tribulations de notre anti-héros qui pratique l'auto-dérision nous font rire. Ses rapports avec l'étonnante Snaelda ; avec Absjorn dont il résout les problèmes conjugaux; avec Joa qui lui souffle sous le nez la seule femme séduisante de la ville, sont réjouissants. Sa rencontre, en particulier avec Gunnhildur, la vieille dame qui lui téléphone de sa maison de retraite pour lui faire part de ses soupçons est touchante :
   «Je voudrais simplement que personne ne soit méprisé ou mis hors jeu à cause de son âge. Ça s'applique aussi aux enfants. Et aux adolescents. Tout le monde a le droit d'être écouté.»
   
Mais elle est aussi hilarante, la veille dame ne manquant pas de caractère! Voilà comment elle présente Einar à son amie Ragna :
   «J'ai à mes côtés un jeune homme. Non,non, je ne le fais pas sauter sur mes genoux. Mais non, mais non... Tout ça est tellement jeune et fragile. Ma petite Ragna, je vais te l'envoyer (...) Ne te laisse pas impressionner... Il fait un peu benêt mais il n'est pas méchant. Il m'a apporté une boîte de friandises; je vais lui demander de t'en apporter une à toi aussi en le prévenant que sinon tu ne lui diras rien.»

   
    Thorarinsson signe avec "Le temps de la sorcière" un livre policier réussi!

critique par Claudialucia




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