Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La mort d'Ivan Ilitch de Léon Tolstoï

Léon Tolstoï
  Maître et serviteur
  La mort d'Ivan Ilitch
  Anna Karénine
  La guerre et la paix
  La sonate à Kreutzer - Le bonheur conjugal - le diable
  Les Cosaques
  La tempête de neige
  Résurrection
  T comme: Ce qu'il faut de terre à l'homme

Le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, dit Léon Tolstoï, est un écrivain russe, né en 1828 et mort en 1910.

Ils ont écrit sur Léon Tolstoï
Tatiana Tolstoï
Sophie Tolstoï
Dominique Fernandez
Alberto Cavallari
George Steiner

La mort d'Ivan Ilitch - Léon Tolstoï

Fascinant
Note :

   « La mort d'Ivan Ilitch » est un livre qui m'a littéralement fascinée. On y dit l'histoire d'un homme, le récit de ce que fut sa vie, jusqu'à ce point qui nous attend tous : la mort. Ce qui est fascinant dans ce roman, c'est qu'au moment où Ilitch, réalise que c'est vraiment de sa mort qu'il s'agit, qu'il y est arrivé, nous pouvons parfaitement saisir ce qu'il éprouve; et nous-mêmes, nous parvenons à entrapercevoir notre propre fin.
   
   La violence de cette découverte pour tout homme, est annoncée dès le début du livre lors de la visite qu'un ami fait à la nouvelle veuve. Comme on lui raconte la dure agonie d'Yvan, un moment, il réalise qu'il serait possible que cela lui arrive aussi. Et bien vite, il chasse cette pensée car il ne pourrait la supporter. Nous en sommes tous là, pauvres humains. A ne pouvoir regarder notre mort en face. Ilitch était ainsi également et en cela, il est notre frère.
   
   Si Tolstoï, sur ses vieux jours est devenu d'une religiosité assez fanatique, par contre, il n'est guère question ici de religion. C'est à la rencontre, d'abord incrédule, puis épouvantée, de l'homme et de sa mort que nous assistons. C'est une rencontre matérielle et qui n'a rien d'abstrait. On n'y parle pas de monde meilleur, ni même d'une autre vie, mais bien de celle-ci, qui s'échappe.
   
   On peut, dans ce récit, être plus sensible au récit de la vie conventionnelle d'Ilitch; moi, ce que j'ai retenu de cet ouvrage, c'est le récit de sa mort, de sa découverte horrifiée de sa propre fin et là, il n'y a plus de convention qui tienne. La vie d'Ivan Ilitch, n'est pas notre vie, mais sa mort, c'est la nôtre, c'est celle de chaque humain. C'est l'humanité qui s'y retrouve.
   
   PS : Quant au "rein flottant", si quelqu'un sait ce que c'est et si même cela existe vraiment qu'il soit assez aimable pour me l'expliquer.( Ah oui, les relations patient-médecin aussi valent la description.)
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Regarder la mort en face
Note :

   "La Mort d’Ivan Ilych" est une expérience difficile, autant pour lui que pour nous. Enfin, plus pour lui maintenant, mais vous, vous vous prenez toujours autant la tête sur la mort.
   
   Vous étiez pourtant bien tranquille avant cette lecture. Vous pensiez à la mort bien sûr, mais vous ne vous y attardiez pas, trop occupé à vivre. Et puis aussi, ce n’est pas très agréable. On a en effet trois possibilités me semble-t-il :
   - être anéanti. Moui.
   - Se réincarner. Moi, si je ne suis pas réincarnée en moi ou en chat, je préfère éviter.
   - Aller au Paradis ou en Enfer. Le Paradis ça a l’air chiant. Et l’Enfer, dit comme ça… Sauf si on l’envisage comme Rowan Atkinson dans «La Vipère Noire». Selon lui l’Enfer c’est cool puisque ce serait là où la luxure, la paresse, la gourmandise font office de lois.
   
    Bref, toutes les raisons sont bonnes pour ne pas y penser et céder à la panique : «On a le temps.» «Ca n’arrive qu’aux autres». C’est aussi ce que pensait Ivan Ilych jusqu’à ce que…
   
   Mais je vais un peu vite. Voilà comment la nouvelle commence. Nous assistons aux funérailles d’un homme, et surprenons les conversations de ses proches qui ne semblent pas très émus par sa mort. Ils parlent argent. Ils pensent à la soirée qui les attend après l’enterrement. On ne sent pas de douleur de leur part, sauf chez un petit garçon silencieux à peine évoqué. On se sent pris d’une grande pitié, et même d’une certaine tendresse pour celui qui va être enterré.
   (Ah non, ce n’est pas gai)
   
   Puis, sans préambule, la deuxième partie de la nouvelle nous plonge directement dans la tête d’Ivan Ilych, alors tout jeune homme. Et là, on comprend un peu mieux la réaction de son entourage. Il n’est pas très sympathique, un chouya tête à claques même. C’est un bon bourgeois médiocre menant une vie inintéressante. Il nous ennuie.
   
   Un jour, il tombe malade. Sans doute à la suite d’une chute. Mais il est malade, ça c’est sûr.
   Ivan Ilych comprend qu’il va mourir, et ça le terrifie. Son personnage prend du relief, mais à quel prix ! La moitié de la nouvelle est consacrée à l’expression de son angoisse, de ses interrogations. Il y a aussi de petites descriptions de douleurs bien sympathiques.
   
   Le narrateur nous présente également une réflexion sur la solitude. Car Ivan Ilych est seul dans son agonie ou presque. Les gens sont mal à l’aise face à lui, entretiennent des conversations factices, font semblant de rien.
   
   Ce livre m’a tellement stressée que j’en avalé une boîte de cookies.
   
   "La Mort d’Ivan Ilych" nous présente le désespoir d’un homme face à l’absurdité et l’arbitraire de la vie. Mais ce fut tout de même une belle expérience de lecture, très intense.
   
   Je ne me souviens pas avoir déjà lu de roman sur la maladie. Je me trompe ou c’est plutôt rare? Il y a bien La Montagne Magique de Thomas Mann (pas lu), et La Tâche de Philip Roth (pas lu non plus) (ou l’art de parler de livres que l’on n’a pas lu), mais à part ça, je ne vois pas.
   Et vous savez quoi? Ca se finit bien.
   ↓

critique par La Renarde




* * *



Sa vie aussi …
Note :

   On annonce la mort d’Ivan Ilitch, magistrat russe, au début du texte. Les réactions soulevées sont plus «réalistes» que compassionnelles. De la part de ses collègues, réflexions sur les promotions à venir pour remplacer le disparu, supputations sur ce que cette nouvelle peut apporter d’évolutions au sein de leur Administration…
   
   Puis Léon Tolstoï nous plonge dans ce qui fût la vie d’Ivan Ilitch (c’est bien beau de mourir mais il a fallu vivre!), et ce sera l’essentiel du roman, de cette grosse nouvelle. Ce n’est pas en vain qu’il nous retrace cet itinéraire de vie puisque ceci nous permettra de comprendre la relative indifférence de ses proches, hormis son fils, à son agonie puis son décès.
   
   C’est donc la trajectoire d’un parvenu (?), au moins parvenu à une belle situation de juge, Conseiller à la Cour d’Appel, avec le pouvoir que cette fonction peut procurer (pouvait?, en Russie). Un homme humainement peu intéressant, qui va de manière anodine se faire mal en tombant d’une chaise en installant des rideaux (Tolstoï n’a pas fait dans le glamour!), et de manière pas si anodine en souffrir, longtemps de manière sourde, puis jusqu’à l’agonie puisque probablement ce bobo était davantage qu’un bobo. Léon Tolstoï en profite donc pour dérouler de multiples considérations sur ce qui fait le pouvoir d’un homme, ce qui fait qu’on le respecte, comment sa déchéance peut arriver, … toutes choses éternelles et donc encore fort actuelles! La mort, les conventions, les ressorts de nos sociétés, c’est ce sur quoi Léon Tolstoï s’est penché avec cet Ivan Ilitch.
   
   J’y ai retrouvé la même atmosphère que chez Gogol, dans «Le nez» par exemple. Les proximités géographique et temporelle y sont pour beaucoup évidemment. Sauf que Gogol fait dans le fantastique quand Tolstoï reste dans le sociologique.

critique par Tistou




* * *