Lecture / Ecriture
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Même le mal se fait bien de Michel Folco

Michel Folco
  Dieu et nous seuls pouvons
  Même le mal se fait bien

Même le mal se fait bien - Michel Folco

Enormissime saga historique
Note :

   Je tiens là, le livre, votre livre, de cet été !
   Croyez-moi, plage, transat, vous en aurez pour votre argent et il ne sera pas besoin d'emmener plusieurs livres dans vos valises.
   
   D'ordinaire je me creuse le cerveau pour vous concocter un titre de post percutant, caustique, ironique... même si des fois j'échoue, oui, je bosse mes titres !
   Cette fois-ci, Monsieur Folco a bossé pour moi !
   Aucune retouche au titre de son roman (de son pavé: 597 pages) car il est déjà parfait.
   
   Au commencement, était "Dieu et nous seul pouvons" (1991), saga des Pibrac, bourreaux de père en fils dans le Rouerge à la fin du XVII è siècle.
   
   Avec un "Un loup est un loup" (1995), Michel Folco se lance dans une autre destinée, celle des Tricotin de Racleterre, modestes sabotiers dans la campagne aveyronnaise du XVIIIe siècle.
   
   Parce que la fille du bourreau épouse le fils du sabotier et qu'ensemble ils donnent naissance à des quintuplés, il y aura "En avant comme en avant !" (2001).
   
   "Même le mal se fait bien" (2008) achève le parcours d'une vie sur une mort, celle du général-baron Charlemagne Ticotin de Racleterre.
   
   Il y a des livres qui se lisent, il y a des livres qui se regardent.
   "Même le mal se fait bien" est de ceux là. Ce n'est pas d'un livre dont il s'agit mais d'un film mis en mots. D'odeurs qui s'échappent le long des lignes. De couleurs qui explosent aux pupilles. De scènes si minutieusement décrites que notre cerveau, nourri de ces détails, superpose images, sons, mouvements et lance la bobine: quand Giuseppa Tricotin de Racleterre se retourne, les plis de sa robe se mettent en mouvement, l'axe de ses épaules opère une rotation qui entraîne sa taille corsetée vers une diagonale qui trouve le chemin d'une porte et la voilà hors de notre vue.
   
   Des métaphores drôles, uniques, vierges de toutes autres pages de littérature, vous allez adorer cette innovation langagière.
   
   Une scène d'anthologie, celle où le prêtre Hickman bien décidé à déflorer Marcello (descendant de Charlemagne Tricotin), se jette sur lui : "Tourne-toi mécréant, que je te fasse entendre les divines trompettes..."
   Drôle bien évidemment comme l'ensemble de l'écriture de Michel Folco qui ne saurait se prendre au sérieux une seule seconde et se délecte dans le comique de situation finement mené.
   
   Bon maintenant que je me suis bien emballée, je vais modérer tout de même un peu mon exaltation. Parce qu'il faut être honnête, sinon à quoi servent les commentaires?
   
   TOUT LE MONDE encense l'imagination et l'écriture chatoyantes de Folco. Même moi, c'est vous dire! Mais personne ne dit que certaines "spécificités" littéraires de Michel Folco sont franchement inadéquates et surtout gâchent l'allant de la lecture. Ce cher Monsieur, pour une raison qui m'est totalement obscure, aime à nous spécifier les bruits par des onomatopées totalement ridicules ! (voilà c'est dit !)
   
   Du genre "bzzzzzzzzzzzzz" "glouglouglou" "arghhhhhhhhh" "toiiiiiing" "grrrrrrrrrrrr" "bzzziiiim" "dziiiiim" "tsssssiiiiing" "plok"
   Et ça en plein milieu et plusieurs fois, souvent, trop souvent !
   
   Comme ça, cela semble sympathique. Mais moi qui suis si large d'esprit (ah si, j'vous assure !) ça m'a gonflée... !
   
   Passons à ma seconde critique, plus mineure celle-ci (une espèce de critiquette) ...
   
   Tous les personnages de Folco ont une généalogie et une histoire ancestrale. C'est la marque de fabrique de Folco. C'est bien me direz-vous et je vous répondrai que c'est aussi un travail de titan, de colossales recherches qui forcent le respect.
   
   Parce que figurez-vous, que pour vous, j'ai vérifié les assertions historiques de Michel Folco.
   
   Ahahaha ! Vous n'en revenez pas?! Si? Ah mais c'est parce que vous n'avez pas lu Folco, sinon croyez-moi vous n'en reviendriez pas !
   
   Why ?
   
   Mais parce que ces 597 pages sont truffées de références historiques!!! Truffées ? Que dis-je?! On ne saurait truffer un quelconque mets de cette manière sous peine d'être ruiné (550 €/KG de truffes noires).
   
   Ces 597 pages croulent sous les références historiques! Donc aller vérifier la véracité des dates, la cohérence des évènements... J'ai eu bien du mérite, je vous le dis!
   
   Les évènements sont réels, les dates aussi, les lieux, l'anamnèse de certains personnages mais au beau milieu de tous ces faits avérés, Michel Folco s'est amusé comme personne à inventer des tas de choses: des personnages, des anamnèses, des lieux, des évènements.
   
   Eh oui... Vous l'aurez compris, c'est une énormissime saga historique ou s'entremêlent le vrai de chez vrai et le faux totalement faux.
   
   Ca c'est très très fort !
   
   Et je disais donc (hop là ! je circonvolutionne mais je ne perds pas le nord !) que cela donne un résultat ahurissant: un nombre exponentiel de personnages !
   
   Non pas 10! Non pas 30! Non pas 50! Non, non! Plus d'une centaine!
   Même les personnages peints sur des tableaux, Folco vous conte leur histoire !
   Parfois, cela frise l'indigestion de détails mais je donne à parier que Michel Folco ne sait pas, ne peut pas s'en empêcher et que c'est ainsi et seulement ainsi qu'il appréhende la narration d'une histoire : elle se doit d'être croustillante et très pimentée.
   
   D'ailleurs dans cette infinitude de confidences sur chacune des figures traversant ce récit, Michel Folco réussit la gageure non seulement de ne perdre aucun fil mais surtout de joindre des bouts de vie de personnages célèbres! Je ne peux pas vous en dire plus sous peine de révéler une surprise de taille nichée au milieu des 597 pages.
   
   Troisième et dernière critique: les fameuses "coquilles" d'éditeur et sûrement quelque part de relecture même de l'auteur.
   Cette saga, pour ne pas totalement nous noyer, est jalonnée de dates. L'auteur, nomme très souvent ses chapitres en indiquant le jour, puis la date.
   Exemple : Jour 1 - Lundi 18 août 1902.
   
   Voilà, c'est simple et finalement bienvenu au regard de l'énorme somme d'évènements qui scandent ce roman. Oui mais voilà, l'incroyable s'est produit! L'anarchie totale, des erreurs monumentales dans la chronologie du calendrier ouvrent divers chapitres !
   
   Les voici :
   Du Jour 1 (lundi 18 août 1902) au Jour 8 (lundi 25 août 1902) tout va bien... ensuite ça se détraque :
   Jour 9 - Mardi 26 août 1902 *** Jour 10 - Mercredi 25 août 1902 *** Jour 11 - Jeudi 28 août 1902 *** Jour 12 - Vendredi 29 août 1902 *** Jour 13 - Samedi 30 août 1902 *** Jour 14 - Dimanche 30 août 1902 *** Jour 15 - Lundi 1er septembre 1902
   
   Figurez-vous qu'en août 1902, comme chaque autre année, et bien le mois d'août comptait 31 jours et non 30 comme l'indique Michel Folco. Le 26, 25, 28 août ... Du grand n'importe quoi!
   
   Autre coquille monumentale que la relecture a laissé passer :
   "Une fois seul, Marcello ne put se rendormir. Ses pieds lui interdisant tout cent pas dans la chambre, il rumina sur l'avaient accablé des désagréments qui l'avaient accablé depuis son départ."
   
   Je crois pouvoir dire qu'il fallait lire : "Une fois seul, Marcello ne put se rendormir. Ses pieds lui interdisant tout cent pas dans la chambre, il rumina sur les désagréments qui l'avaient accablé depuis son départ."
   
   Je lance donc un vibrant appel à Michel Folco (on peut rêver, non?) et aux éditions Stock pour leur signifier: "C'est pas du boulot ça!"
   Comment peut-on faire de telles bourdes dans un livre aussi épatant???
   
   Chacun devrait avoir lu une fois dans sa vie une des sagas de Michel Folco, histoire d'apprécier ce que signifie: oeuvre titanesque.
    ↓

critique par Cogito




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Baroque et étourdissant
Note :

   Quand le général d'Empire Charlemagne Tricotin de Racleterre (âgé de 50 ans) épouse à Turin en 1813 Giulietta Benvenuti (19 ans), il ne devine pas que l'issue de la cérémonie de mariage va lui être fatale et encore moins qu'il va donner naissance à une progéniture qui ne manquera pas de faire parler d'elle au cours des décennies suivantes.
   
   Le mariage ayant été consommé avant la cérémonie, la toute jeune veuve du général de la Grande Armée va mettre au monde quelques mois plus tard un rejeton qui sera baptisé sous le nom de Carolus. Celui-ci deviendra médecin dans le petit village piémontais de San Coucoumelo où son caractère irascible, sa passion pour la taxidermie (sûrement héritée de la vue de son père dont le cadavre a été embaumé et exposé dans un cercueil de verre déposé dans le mausolée des Tricotin) ainsi que son anticléricalisme notoire et sa rivalité avec le maire, ont fait de lui une figure incontournable de la micro-société San-Coucoumélienne.
   
   De Carolus, il sera beaucoup question dans ce récit, jusqu'à sa mort déclenchée par un ulcère gastro-duodénal, mais c'est surtout sur son fils, Marcello, que repose l'essentiel de ce roman.
   Instituteur du village, marié (au grand désespoir de son père) avec la fille du maire, passionné de zoologie au point d'avoir monté un élevage d'araignées dans le grenier de la maison familiale, Marcello, comme son père et son aïeul, est doté lui aussi d'un caractère particulièrement difficile.
   
   Mais lorsque Carolus vient à mourir et que son testament est lu à la famille, Marcello apprend avec stupéfaction qu'il a un demi-frère et que celui-ci, s'il est encore vivant, réside en Autriche.
   
   Pour qu'il puisse profiter pleinement de l'héritage, une clause testamentaire oblige Marcello à se rendre à l'étranger afin de savoir ce qu'est devenu ce mystérieux demi-frère dont il ne connaît que le prénom: Aloïs. Poussé par son beau-père qui, mû par l'appât du gain, l'encourage fortement à entreprendre ce voyage en Autriche, Marcello va enfin se résoudre, malgré de nombreuses hésitations, à faire ses bagages et à partir pour Vienne.
   
   C'est à partir de ce moment que va commencer l'incroyable et surprenante odyssée de Marcello Tricotin à la recherche de ce demi-frère inconnu, odyssée qui lui vaudra d'être foudroyé dans une rue de Vienne, de s'écraser dans la cage d'ascenseur d'un hotel, de découvrir avec stupéfaction qu'il est le propriétaire d'un bordel, de faire naufrage et de passer de longues minutes au fond du Danube, mais aussi de rencontrer un certain docteur Freud et d'échapper aux assiduités d'un curé luciférien et sodomite. La plus étonnante de ces rencontres sera pourtant celle qu'il fera avec le jeune fils de son demi-frère Aloïs, un enfant dont le nom et le destin ne passeront pas inaperçus dans l'histoire du XXe siècle.
   
   Son séjour en Autriche s'étant cependant avéré plus long que prévu, Marcello va s'apercevoir à son retour que beaucoup de choses ont changé à San Coucoumelo lors de son absence.
   
   La rancœur n'étant pas le moindre de ses défauts, c'est avec une infinie patience et des trésors d'ingéniosité qu'il va mettre au point sa vengeance contre celles et ceux qui l'ont trahi, déployant pour cela des moyens considérables dans lesquels l'entomologie et la tectonique des plaques prendront une place primordiale.
   
   Difficile de résumer, de décrire et de retranscrire l'atmosphère de ce roman baroque et étourdissant aux accents picaresques. Michel Folco nous offre ici un récit rabelaisien fourmillant de personnages truculents et grotesques, un parcours où s'enchainent à un rythme haletant des scènes toutes plus hallucinantes les unes que les autres. Un mascaret épouvantable de drôlerie qui se lit avec jubilation et n'offre aucun répit au lecteur entraîné pour son plus grand plaisir dans cette avalanche de situations burlesques qui se déchaîne de la première à la dernière page.

critique par Le Bibliomane




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