Lecture / Ecriture
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Un dernier verre avant la guerre de Dennis Lehane

Dennis Lehane
  Shutter Island
  Mystic river
  Gone, baby gone
  Prières pour la pluie
  Un dernier verre avant la guerre
  Un pays à l'aube
  Ténèbres, prenez-moi la main
  Ce monde disparu

Dennis Lehane est un écrivain américain d'origine irlandaise, né en 1965.

Un dernier verre avant la guerre - Dennis Lehane

Chasseur et gibier
Note :

    Première rencontre avec Patrick Kenzie et Angela Gennaro, deux détectives privés de Boston. Patrick Kenzie reçoit du travail de la part du sénateur Mulkern. Ce dernier accuse une femme de ménage, Jenna Angeline, d'avoir dérobé des documents confidentiels. Il demande donc à Patrick de mener l'enquête pour retrouver les documents. Mais le meurtre de Jenna, et les documents découverts font que Patrick se sent obligé de poursuivre son investigation, à ses risques et périls, et à ceux de Angela...
   
   Quel plaisir que de se plonger dans ce livre! On se retrouve dans une ville déjà rencontrée dans "Mystic River" (enfin, pour l'ordre de ma lecture, pas celui de parution), mais le traitement y est complètement différent. Les ambiances de poisse, d'humidité et de délabrement sont présentes, le thème du livre fait bien sûr penser à "Mystic River", mais les deux traitements sont très différents.
   
   Ici pointe surtout l'humour du narrateur, Patrick, et de sa comparse. Alors qu'ils se mettent dans des situations désespérées, qu'ils risquent leur vie quatre ou cinq fois dans le roman, ils ne cessent de prendre la situation au second degré. Même lorsqu'il a un revolver sous le menton, Patrick plaisante de la sucette dans la bouche de son agresseur. Certainement pour fuir la peur, mais cela rend le ton du roman très original.
   
   Lehane est très fort pour créer des atmosphères. Ici, on y sent la peur d'être suivi, l'angoisse du gibier qui ne sait pas quel est le prédateur le plus dangereux: Socia, le leader de la bande des Saints, dont un des membres a déjà cogné Patrick? Ou son fils de 16 ans, Roland, qui dirige la bande rivale? A moins que ce ne soient leurs clients ou les flics qui les aident. Même ceux censés les aider ne sont guère rassurants, tel Bubba, monstre asocial fait de muscle et de peu de cervelle.
   
   Le fait que l'histoire soit racontée par un des héros est également surprenant. Alors que je m'attendais soit à un récit à deux voix, soit à un narrateur omniscient, l'histoire est racontée du point de vue d'un des deux protagonistes. Ce qui donne au roman une patte inhabituelle pour un roman policier.
   
   Je n'avais pas lu grand chose avant d'ouvrir cet excellent roman, et le titre peut emmener le lecteur sur de multiples pistes: roman de guerre, mais laquelle? Et alors qu'on ne sait pas trop à quoi s'attendre, la piste suivie par Lehane est très intéressante.
    ↓

critique par Yohan




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Palimpseste
Note :

    "Un dernier verre avant la guerre" de Dennis Lehane a pour toile de fond Boston, les problèmes raciaux et la guerre des gangs. Deux détectives privés, Patrick Kenzie et Angela Gennaro, sont embauchés par un trio d'hommes politiques influents pour retrouver une femme de ménage qui a disparu avec des papiers. Enfin, c'est la mission telle qu'elle est présentée. A peine nos deux détectives ont-ils accepté ce travail qu'ils se retrouvent pris dans l'affrontement à mort de deux gangs. La guerre qui s'engage met en lumière à la fois les manoeuvres politiciennes et des secrets de famille.
   
   Dennis Lehane a dépeint deux héros bien amochés par la vie et extrêmement attachants. L'intrigue ne manque pas d'intérêt et la vision des Etats-Unis présentée par l'auteur est assez fine pour ne pas être conventionnelle.
   
   En résumé, un bon thriller, bien mené, bien écrit, qui vous consolera de toutes vos déceptions de lecture.
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critique par Cécile




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Guerre des gangs et conflits internes et privés
Note :

   Titre original: A Drink before the War.
   
   
   Patrick Kenzie et Angela Gennaro forment un couple original de détectives. Dans cet ouvrage, ils sont chargés par un sénateur et son entourage de retrouver une femme de ménage ayant emporté des documents compromettants. Bien vite ils se retrouvent dans un engrenage de la guerre des gangs et les ambivalences se multiplient.
   
   Ainsi deux gangs de noirs s’opposent, l’un mené par un certain Socia, l’autre dont on ne connaît que le prénom du chef, Roland. Dans leur lutte et leurs choix, Patrick et Angela retrouvent aussi leur vie privée et leurs propres conflits: celui du père et du fils pour Patrick, qui pense sans cesse au «Héros», image de son père, pompier émérite et violent avec sa famille; pour Angela, il s’agit de gérer au mieux sa relation elle aussi empreinte de violence avec celui que Patrick, amoureux de sa coéquipière depuis l’enfance, appelle du doux nom de «Connard». Tous ces conflits, ces complications ont un écho direct dans l’enquête qu’ils mènent auprès de ces bandes rivales où le sang coule à flot et la vie ne vaut parfois pas bien cher. Tout le monde cherche à mettre la main sur ces fameux documents qui se révèlent renfermer un secret des plus ignobles.
   
   En ce sens le lieu choisi pour y installer leurs bureaux dans cette bonne ville de Boston est assez révélateur: il s’agit d’un clocher d’église que leur loue le prêtre de la paroisse. C’est là qu’ils prennent leurs décisions, se ressourcent et regardent la marche du monde qui va mal, dans lequel les blessures ne peuvent jamais se refermer:
    "Une fois que cette laideur vous a été inoculée de force, elle devient partie intégrante de votre sang, elle le dilue, elle bat dans votre cœur et en ressort en salissant tout sur son passage. La laideur ne s’e va jamais, ne sort jamais quoi que vous fassiez. Celui qui pense autrement est un naïf." (288)

   
   C’est pour combattre cette laideur, ces abominations que nos héros prennent des risques, n’ont guère le choix, entre le marteau du pouvoir et l’enclume de l’illégalité – où la distance est très faible, chacun ayant sa propre protection rapprochée: électeurs d’une démocratie ou tueurs bourrés au crack – ce qui donne l’occasion de scènes d’action impressionnantes quand on sait aussi que Dennis Lehane a inspiré bien des réalisateurs: Clint Eastwood pour "Mystic River" et plus récemment Martin Scorsese pour "Shutter Island".
   
   Dennis Lehane est un auteur apte à décrire des univers glauques en introduisant juste assez d’humanité dans ses personnages (se pose ici le problème du racisme de Patrick face aux gangs de jeunes noirs qui n’ont plus aucune illusion «sur l’homme blanc») de suspense et de cohérence parfaite dans son récit, d’action dans certaines scènes pour rendre ce roman passionnant et palpitant d’un bout à l’autre.

critique par Mouton Noir




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