Lecture / Ecriture
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La guerre et la paix de Léon Tolstoï

Léon Tolstoï
  Maître et serviteur
  La mort d'Ivan Ilitch
  Anna Karénine
  La guerre et la paix
  La sonate à Kreutzer - Le bonheur conjugal - le diable
  Les Cosaques
  La tempête de neige
  Résurrection
  T comme: Ce qu'il faut de terre à l'homme

Le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, dit Léon Tolstoï, est un écrivain russe, né en 1828 et mort en 1910.

Ils ont écrit sur Léon Tolstoï
Tatiana Tolstoï
Sophie Tolstoï
Dominique Fernandez
Alberto Cavallari
George Steiner

La guerre et la paix - Léon Tolstoï

Bièlokamennaïa
Note :

   Cela faisait longtemps que j'envisageais de lire «La guerre et la paix» de Léon Tolstoï.
   Je ne sais pourquoi, j'ai longuement différé cette lecture.
   Était-ce dû à la longueur du récit ? (environ 1500 pages) Je ne le crois pas.
   Après tout, ce roman est loin d'atteindre la taille d' «A la recherche du temps perdu» que j'ai dévoré d'une traite il y a quelques années sans éprouver le moindre sentiment d'ennui ou de lassitude.
   Non, en fait ce qui m'a poussé à entreprendre la lecture du chef-d’œuvre de Tolstoï, c'est la paresse.
   
   Vous aurez peut-être remarqué que mes commentaires se font plus rares ces temps-ci. Cela est dû en grande partie à l'activité professionnelle que j'exerce depuis quelques mois et pour quelques jours encore, activité dont les horaires ne me laissent que quelques heures de liberté en fin de journée, heures que je préfère utiliser à me reposer et à lire plutôt qu'à rédiger des commentaires.
   C'est donc uniquement le week-end que je peux me consacrer à la rédaction de mes impressions de lecture. Alors pour ne pas me laisser déborder par de multiples billets consécutifs à la lecture de romans de 200 ou 300 pages, lus parfois en un ou deux jours, j'ai décidé de sortir la grosse artillerie et de m'attaquer à cet imposant pavé afin de réduire la liste des romans en attente d'être chroniqués.
   
   C'est donc ainsi que je me suis plongé dans la Russie des années 1805 à 1812, voyageant entre Moscou et St. Petersbourg à la suite des principaux protagonistes de ce roman-fleuve.
   J'ai donc accompagné les Rostov, les Bolkonsky, les Droubetskoï et les Bezoukhov dans leurs parcours respectifs en cette époque où la Russie du tsar Alexandre 1er se voit peu à peu entraînée dans un conflit qui verra les troupes françaises de l'empereur Napoléon, "l'ennemi du genre humain", progresser jusqu'à occuper Moscou avant d'avoir à se replier de manière désastreuse.
   
   La situation politique et militaire de la Russie en cette période troublée ne semble pas pour autant empêcher l'aristocratie russe de virevolter de bals en réceptions. Ici se nouent des alliances, ici se fomentent et se concluent des mariages où l'on cherche, qui pour ses fils, qui pour ses filles, les meilleurs partis disponibles, les plus grosses fortunes. Ici l'on joue de ses relations pour placer un rejeton – dont on ne sait que faire pour assurer l'avenir – vers une carrière d'officier, poste plus honorifique que foncièrement guerrier.
   Mais les nuages s'amoncellent sur cette insouciante société, Napoléon devient de plus en plus menaçant et la jeunesse dorée de l'aristocratie russe va devoir faire preuve de courage face à l'ennemi sur les champs de bataille, ce qui diffère nettement de l'univers des salles de bal. Certains, comme Nicolas et Pétia Rostov, comme Boris Droubetskoï, brûlent d'impatience à l'idée de combattre l'envahisseur et ainsi de s'illustrer par de hauts faits.
   
   D'autres, plus réfléchis peut-être, comme le prince André Bolkonsky ou le comte Pierre Bezoukhov, sont bien conscients que le sens de la vie n'est pas là, dans cette vaine course à la gloire et aux honneurs et que les actes héroïques ne sont en fait que d'habiles moyens propres à enjoliver des actions qui ne sont en fait que de sanglantes boucheries où les hommes se jettent les uns contre les autres, prêts à s'éventrer et s'entr'égorger pour la plus grande gloire d'un chef, d'une nation ou d'une idée.
   
   Le prince André, suite à son veuvage et à sa désillusion quant aux sentiments que lui portaient la jeune Natacha Rostov, va prendre les armes lui aussi, après avoir longtemps vécu à l'écart des fracas du monde. Le comte Pierre, lui, après un mariage malheureux, va chercher à trouver une explication à sa vie en adhérant à la franc-maçonnerie.
   Et c'est ainsi que nous allons suivre au fil des ans tous ces personnages, sans compter tous les seconds rôles qui gravitent autour, sans compter non plus les véritables personnages historiques: Napoléon bien sûr, mais aussi Koutouzov, Murat, Rostopchine... Tous vont apparaître sous nos yeux au gré du récit et des évènements dans un maelström vertigineux où se mêlent l'intime et l'épique, où les destins s'entrecroisent, se séparent, se retrouvent et se déchirent.
   
   Tolstoï nous fait pénétrer avec un égal talent dans la quiétude des domaines de campagne mais aussi dans le fracas des batailles d'Austerlitz et surtout de la Moskowa, ainsi que dans la vision dantesque de Moscou en flammes. Il fait revivre sous nos yeux, et avec une précision hallucinante, les mouvements de troupes, les options stratégiques des belligérants, n'hésitant pas pour cela à interrompre le cours du récit – surtout à partir du Livre Troisième – pour exposer son point de vue sur les tactiques adoptées par les adversaires, mais aussi sur l'interprétation des faits historiques et également sur une réflexion philosophique portant sur les notions de Liberté et de Nécessité.
   Ces apartés, même s'ils m'ont semblé parfois alourdir et casser le rythme du récit (surtout dans la deuxième partie de l'épilogue) ont quand même le mérite d'avoir pu apporter aux lecteurs français une version bien différente du récit de la Campagne de Russie menée par l'empereur Napoléon.
   
   Tolstoï, bien sûr, fait de son roman une épopée nationale destinée à célébrer l'honneur et le courage de son peuple. Les français, par contre, sont vus ici comme une de ces hordes de barbares qui ont souvent déferlé au cours de l'histoire sur le territoire russe. Et il est vrai que l'analogie n'est pas fausse car on peut s'interroger sur certaines décisions de Napoléon, dont celle d'abandonner Moscou alors que l'hiver approche, de se replier en reprenant le même itinéraire que celui par où il était venu au lieu de se diriger plus au Sud, vers des terres non encore pillées par ses troupes mais bénéficiant surtout d'un climat moins rigoureux.
   Pourquoi cette décision de tout abandonner et de courir au désastre alors que les armées françaises avaient été jusqu'ici victorieuses ? Nous ne le saurons probablement jamais, de même que nous ne saurons jamais pourquoi Attila, aux portes de Rome en l'an 452, a finalement décidé de rebrousser chemin.
   Tolstoï ne manque pas d'attirer l'attention du lecteur sur cette bévue de Napoléon, bévue qui s'annoncera comme le commencement de la fin pour l'empereur des français. Pour Tolstoï, Napoléon n'est sûrement pas le grand stratège que l’on nous décrit de manière habituelle. Il n'est tout au plus que le jouet de circonstances, favorables au début, ce qui a ainsi facilité son ascension. Mais quand le sort lui est devenu contraire, la chute ne s'est pas fait attendre et l'aventure des Cent Jours n'aura finalement pas infléchi le sens du destin.
   
   C'est donc, avec «La guerre et la paix» une immense fresque historique qui se déroule sous nos yeux, un roman qui par sa grandeur et par son souffle est devenu une épopée nationale, une sorte d'Iliade du XIX ème siècle ou Troie devient Moscou, «La mère aux pierres blanches» (bièlokamennaïa, épithète par laquelle les Russes expriment leur attachement pour cette ville), un roman-fleuve où les scènes d'introspection alternent avec des épisodes plein de bruit et de fureur, où les dorures des salons cèdent la place à la boue mêlée de sang des champs de bataille.
   
   On ressort comme étourdi de la lecture de «La guerre et la paix», pris de vertiges après avoir suivi une telle profusion de personnages, après avoir effectué maints allers-retours entre Moscou et Saint-Petersboug, après avoir assisté, comme le comte Pierre Bezoukhov, aux sanglantes et titanesques batailles ainsi qu'à l'incendie de Moscou. Oui, on ressort pris de vertiges à la fin de cette lecture, comme sonné par ce roman foisonnant d'images chatoyantes et de personnages inoubliables. Un chef-d’œuvre absolu.
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critique par Le Bibliomane




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Du début de la guerre à la retraite de Russie
Note :

    Bon après une longue absence, me voilà de retour avec un roman atypique, inclassable, phénoménal, imposant surtout !
    J'ai nommé :
    Guerre et Paix de Tolstoï , tomes 1 & 2, soit 1563 pages !
   
    Présenation de l’éditeur : «1805 à Moscou, en ces temps de paix fragile, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov constituent les personnages principaux d'une chronique familiale. Une fresque sociale où l'aristocratie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, entre grandeur et misérabilisme, se prend au jeu de l'ambition sociale, des mesquineries, des premiers émois.
    1812, la guerre éclate et peu à peu les personnages imaginaires évoluent au sein même des événements historiques.»
   
    Roman psychologique, chronique historique, essai sur l'Histoire et les historiens...Guerre & paix, c'est tout ça, et bien plus encore.
   
    Cette oeuvre inclassable m'a éblouie par sa richesse, sa profondeur. C'est une fresque immense, guerrière, et surtout très humaine. L'histoire d'une guerre et de 2 empereurs, Napoléon et Alexandre. L'histoire de plusieurs personnages, qui aiment, doutent, évoluent; meurent, parfois. L'histoire d'un peuple aussi, le peuple russe. Et l'histoire de l'Histoire, l'avis de Tolstoï sur les évènements, leurs origines, et son refus de tout expliquer par l'action d'un seul homme.
   
    Devant nos yeux défilent les armées, on assiste aux combats, sans jamais être ennuyés. Et surtout, on suit des personnages tous différents, mais extrêmement attachants, qui m'ont beaucoup touchés.
   
    Bref, une grande oeuvre, magistrale, parfois épique parfois intime, toujours passionnante et d'un style ô combien agréable. Merci Tolstoï.
    ↓

critique par Morwenna




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«Guère épais», mon œil!
Note :

   Saga historique et familiale au long cours.
   
   Commencé mi-juillet, je viens de finir ce roman de 1607 pages à minuit ce 30 août. Inutile de dire qu’il faut du temps du temps pour arriver à bout de ce pavé. (C’est quoi au-dessus du pavé?)
   
   Bref il s’agit donc, comme je l’ai indiqué dans mon titre d’une saga familiale sur fond de guerres napoléoniennes, depuis la victoire d’Austerlitz jusqu’à la fameuse retraite de Russie après la prise et l’incendie de Moscou. Tolstoï commence donc son roman en 1805 pour le finir en 1820.
   
   Tout commence dans l’aristocratie pétersbourgeoise où l’on tient salon, où l’on organise des fêtes sous le règne du Tzar Alexandre 1er. Tout se met en place dès les premiers chapitres, et les personnages du début, secondaires, se retrouveront noyés dans l’Histoire puisque l’auteur a choisi de commencer son roman en présentant des intrigants qui cherchent à placer leurs enfants ou leurs protégés que ce soit dans le monde par mariage interposé ou dans l’armée à un poste important. Il s’agit du Prince Basile dont les deux enfants Hélène et Anatole apparaîtront pour représenter l’Egoïsme, et d’Anna Makhaïlovna qui cherche à placer son fils, Boris comme aide de camp. C’est aussi la première apparition de Pierre Bézouhkov dont nous suivrons l’évolution jusqu’à la fin du roman et de Nicolas Rostov, jeune homme impétueux, désireux d’en découdre, appartenant à cette famille de la noblesse russe respectueuse des traditions et éminemment patriotes dans laquelle se trouvent aussi Natacha, jeune adolescente au caractère enjoué, qui, comme toutes les adolescentes est prête à s’amouracher du premier hussard venu, amour qu’elle croit toujours «profond et sincère» et Pétia, le petit frère pressé de devenir soldat. Et puis il y a la famille Bolkonski avec ce vieux prince qui tyrannise sa fille Marie, qu’on dit laide, pieuse et douce et dont le fils, André part aussi pour la guerre.
   
    Les deux premières parties du livre premier (il y en a quatre divisés eux-mêmes en parties) font alterner la paix (vie des salons, préparatifs de départ, discussions…) et la guerre (Austerlitz) où l’on croise de vrais personnages historiques que ce soit Napoléon ou le général Koutouzov. Mais si Tolstoï décrit par le menu les intrigues amoureuses et ambitieuses de chacune des familles, il fait de même avec les scènes de bataille avec la mise en place, la lenteur de l’amorce puis le feu lui-même. En plus de tout cela, l’auteur met l’Histoire à distance, réfléchit sur la façon que l’on a (à son époque bien sûr) et que l’on avait d’envisager l’Histoire. Pour lui, c’est un «mouvement des peuples» mû par la «nécessité qui fait loi». Il en profite donc pour démystifier Napoléon – à qui nombre d’historiens accordaient du génie stratégique- en montrant que pendant la prise de Moscou avec ses reculades et enfin la retraite de Russie, il avait la même armée et la même stratégie qu’à Austerlitz. Dans un essai – un peu indigeste il faut le dire –de l’épilogue, Tolstoï présente sa didactique de l’histoire avec force exemples, moult images, ce qui donne en partie la clé de cet ouvrage.
   
   Hormis ce côté didactique, l’histoire des familles Rostov – la plus attachante peut-être – Bézoukhov et Bolkonski est narrée de main de maître avec juste ce qu’il faut de lyrisme pour ne pas sombrer dans le pathos, avec juste ce qu’il faut de mysticisme, de quête de soi-même ( Pierre Bézoukhov devient franc-maçon) pour limiter la religiosité prégnante de l’ouvrage avec ses icônes et ses prières, avec juste ce qu’il faut de mots pour délimiter le paragraphe et d’action pour faire des chapitres relativement courts. Tolstoï sait aller à l’essentiel sans oublier les détails, sait parler des sentiments ressentis sans s’enfoncer dans le larmoyant. C’est ce qui fait la force et le charme de cet ouvrage qui se lit avec assez de facilité.
   
   Voilà donc, en vrac, mes impressions du plus gros livre que j’ai lu de ma vie. Maintenant je vais peut-être finir Proust.
    ↓

critique par Mouton Noir




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Campagnes napoléoniennes vues par les Russes
Note :

    Présentation de l’éditeur
   Tome 1

   
   « - Ah ! enlevez ces... enlevez donc ces... (Elle désignait les lunettes.)
   Pierre les enleva. Son regard n'était pas seulement étrange comme l'est d'ordinaire celui des gens qui enlèvent leurs lunettes, il était apeuré et interrogateur. Pierre voulut se pencher sur la main d'Hélène et la baiser, mais d'un mouvement rapide et brutal de la tête, elle s'empara de ses lèvres et y appuya les siennes. Le visage d'Hélène frappa désagréablement Pierre par son expression égarée.»

   
   Tome 2

   
   « -Couchez-vous! cria l'aide de camp en se jetant à terre. Le prince André, debout, hésitait. La grenade fumante tournait comme une toupie entre lui et l'aide de camp, à la limite de la prairie et du champ, près d'une touffe d'armoise.
   -Est-ce vraiment la mort? se dit le prince André en considérant d'un regard neuf, envieux, l'herbe, l'armoise et le filet de fumée qui s'élevait de la balle noire tourbillonnante. Je ne veux pas, je ne veux pas mourir, j'aime la vie, j'aime cette herbe, cette terre et l'air... »
   

   
   Commentaire

   
   Je sors tout juste de ces 2000 pages et je crois que je suis encore en Russie avec ces personnages. Parfois je danse au bal avec Natacha, parfois j’entends le bruit des canons ou je sens l’odeur de l’incendie de Moscou. D’autres fois, je discute politique avec princes et comtes, je me faufile sous les sifflements des balles, je marche dans le froid ou je pleure sur la mort d’un personnage. Ce roman, je l’ai vécu.
   
   Je sais que c’est maaaaal mais j’ai une image très romantique de la Russie de l’époque, avec ses tsars, ses grandes étendues de neige, ses troïkas et ses palais démesurés. C’est un pays qui m’a toujours fascinée mais que je ne connais en somme que superficiellement. J’ai donc plongé avec délices dans ce roman, j’ai vécu dedans, j’en ai rêvé (bon, le rêve incluait parfois des bains volants… mais ça c’est une autre histoire, conditionnée par mon cerveau bizarre). J’ai ouvert ce roman en ne sachant absolument pas quelle était l’histoire qu’on allait me raconter; je savais seulement que c’était long et qu’il y avait beaucoup de batailles. Étrangement, je n’ai pas trouvé ça long du tout (2000 pages en une semaine et demie, quand même… il fallait que je sois passionnée pas à peu près!) et Tolstoï m’a captivée, même pendant les descriptions de la guerre et des ses batailles, parce que si elles sont racontées en gros, dans leur ensemble, elle le sont surtout par les yeux et les perspectives de ses personnages, auxquels j’étais attachée. Du coup, on a l’impression de suivre cette bataille d’un point de vue personnel. Je dois aussi avouer que ma terrible méconnaissance de l’histoire me faisait avoir hâte de connaître l’issue de la bataille d’Austerlitz… (j’ai honte, je sais… sans la gare, je n’en aurais pas eu la moindre idée.)
   
   Mais attendez que je vous raconte un peu. Il est difficile de résumer ce roman touffu et complexe. C’est une véritable fresque qui raconte la Russie à l’époque des campagnes napoléoniennes. De leur point de vue. Nous avons donc évidemment une vision différente de ces campagnes, selon que le «nous» n’est donc ici pas occidental mais plutôt russe. Bien entendu, il y a Napoléon Bonaparte, il y a le tsar Alexandre 1er, il y a Koutouzov, le Sérénissime commandant en chef de l’armée russe mais ils sont très humains dans l’œuvre de Tolstoï. Mais nous avons surtout quelques familles russes, les Rostov, les Bézhoukov, les Bolkonsky et les Kouragine, par les yeux desquels nous verrons cette période, ces guerres, dépendant de leur statut et de leur point de vue. Nous sommes toujours dans la haute société avec ces familles mais tout n’est pas rose pour eux. Il y a des soucis d’argent, des mariages plus ou moins heureux, des traitrises, des apparences à sauver, des vies qui ne tiennent qu’à un fil. Chaque personnage a son passé, ses caractéristiques physiques souvent répétées, ce qui fait que je suis parvenue à les démêler facilement malgré leur nombre et les – très, très nombreux – surnoms et diminutifs qui sont utilisés. Nous aurons l’occasion de connaître plusieurs des personnages principaux de par leurs réflexions profondes sur la vie, sur la guerre, sur la politique, la religion. Chacun d’eux a sa vision des choses et agit pour des raisons différentes. Et chacun d’eux évolue, de façon souvent non linéaire, ce qui ne les rend que plus vivants, plus réels, plus humains.
   
   Impossible de ne pas m’attacher au Prince André, souvent désabusé, qui renaît alors qu’il croit mourir. À Pierre, dont les questionnements reflètent ceux de l’auteur, personnage tourmenté qui cherche la vérité de toutes les façons possibles et qui est torturé par le décalage entre la vie qu’il mène et celle à laquelle il aspire. À Natacha, impétueuse jeunesse qui rayonne de l’intérieur. À la princesse Marie, dont l’âme est avec Dieu et qui réussit à être pieuse sans être désagréable. Et même à Sonia, à Nicolas, au joueur et manipulateur Dolokhov. Parce qu’ils sont vivants, parce que l’auteur ne les épargne pas.
   
   "Guerre et Paix", c’est donc l’histoire d’un peuple, d’un pays et de gens pendant une guerre dont l’auteur cherche à comprendre les mécanismes. Qu’est-ce qui a bien pu motiver des centaines de milliers de personnes à aller s’entretuer ainsi? Dans la deuxième partie du roman et également dans l’épilogue Tolstoï est moins romanesque et plus philosophique, prenant position face à l’histoire et à la façon de l’interpréter. Son déterminisme/fatalisme (je mélange toujours les deux notions… à vous de choisir quel terme est le bon) pourra en déranger plusieurs mais ce n’est pas là l’essentiel, malgré la part importante que cette réflexion a dans le roman. D’ailleurs Tolstoï ne considérait pas réellement "Guerre et Paix" comme un roman.
   
   Bref, il faut le lire parce que mon billet n’en laisse entrevoir qu’une infime partie. Le style de Tolstoï est très accessible, les pages se tournent toutes seules et le tout se tient d’une façon étonnamment cohérente malgré les thèmes abordés et les incursions dans les pensées des personnages. Tout au long de ma lecture, j’ai eu un véritable film dans ma tête, avec des images de tous acabits et un mélange savoureux de russe et de français. (Parenthèse pas rapport… si quelqu’un peut me trouver une référence juste sur l’histoire de l’utilisation du français en Russie, je serais très intéressée!!) Jamais de pathos, mais des larmes quand même à l’occasion. Pas de bouffonneries mais une ironie souvent mordante et tout à fait à propos.
   
   Bref, un gros coup de cœur qui me donne une envie folle d’aller en Russie pour m’imprégner un peu plus de ce pays, de son histoire et de sa culture.

critique par Karine




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