Lecture / Ecriture
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Le dernier des Weynfeldt de Martin Suter

Martin Suter
  Le dernier des Weynfeldt
  Le Cuisinier
  Allmen et les libellules
  La face cachée de la lune
  Small world
  Le diable de Milan
  Le temps, le temps

Martin Suter est un écrivain suisse alémanique né en 1948.

Le dernier des Weynfeldt - Martin Suter

Drôle, loufoque et intelligent
Note :

   Adrian, " trop courtois pour pouvoir se défendre contre les bavards", fils tardif d'un couple longtemps resté sans enfants, est le dernier descendant d'une vieille famille d'industriels autrefois très riche. Il a hérité de l'appartement de ses parents et gagne plus qu'il ne peut dépenser ce qui ne l'empêche pas de travailler. Il est expert en art suisse: son travail consiste à faire des expertises, organiser des ventes et éditer des catalogues. Il mène une vie discrète et régulière. Son cercle d'amis est constitué soit de personnes plus jeunes que lui, pour qui il passe pour un original à qui on peut se confier et qui surtout paye les notes de restaurants et aide à sortir des embarras financiers. C’est comme qui dirait une bonne poire, il sait bien qu'on abuse parfois de lui mais cela ne le gêne pas. Son deuxième cercle d'amis est plus âgé que lui, ce sont d'anciens amis de ses parents qui ont tous atteint la soixantaine.
   
   Klaus Baier, une ancienne relation de ses parents justement, le contacte pour mettre en vente son Valloton, un tableau très prisé dans le milieu de l'art, intitulé "Femme nue devant une salamandre". La vente de ce tableau promet de faire date dans le milieu de l'art et il va d'ailleurs être le pivot du livre et entraîner de nombreux quiproquos. Il faut dire qu' Adrian a le chic pour se mettre dans des situations inextricables, comme il le montre lors de sa rencontre avec Lorena, une rouquine flamboyante très sexy, aux antipodes de l'éducation d'Adrian, qu'il prendra néanmoins sous sa coupe car elle lui rappelle son ancienne femme. Cette jeune personne pour le moins encombrante ne lui donnera d'ailleurs pas un signe de vie pendant des semaines après leur première rencontre, avant de faire appel à lui quand elle est prise la main dans le sac à voler une robe dans un magasin...
   
   Ce livre est un excellent vaudeville. C'est drôle, loufoque et intelligent. Cela se passe dans le milieu de l'art et de la bonne société zurichoise, ce qui est plutôt sympathique et rare en littérature. Le personnage principal est super attachant. Ce livre se lit comme on regarderait une pièce de théâtre et je peux vous assurer que vous passeriez une excellente soirée, tellement c'est drôle. J'ai pour ma part passé un excellent moment. C'est une vraie bonne bouffée d'oxygène à ne surtout pas laisser passer.
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critique par Clochette




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Les détails du tableau
Note :

   «Les pieds nus de la femme dépassaient entre le sol du balcon et la rambarde. Chaque ongle des orteils était verni d'une couleur différente. Il l'avait déjà remarqué la veille au soir. Rouge, jaune, vert, bleu, violet pour le droit. Le gauche dans l'ordre inverse. Violet, bleu, vert, jaune, rouge. Les deux orteils du milieu brillaient ainsi de la même couleur: vert.»
   
   De quoi attirer l'attention d'un amateur de peintures! Adrian est effectivement un expert en art connu du tout Zurich, un riche célibataire raffiné, entouré d'une pléiade de profiteurs rapaces qui exploitent joyeusement son penchant pour le mécénat. Parmi ses amis, Baier, un vieux collectionneur ruiné cherche à se refaire en vendant un tableau de Félix Vallotton, "Femme nue devant une salamandre", que l'éditeur a reproduit en couverture. Baier en possède aussi une copie conforme. Confronté aux deux œuvres, Adrian a quelque mal à distinguer l'original de la copie, mais c'est néanmoins lui qui organise la vente aux enchères qui devrait rapporter suffisamment à Baier pour financer sa retraite.
   
   Pour corser l'affaire, Adrian tombe sur Lorena, irrésistible et mystérieuse, qui, aidée d'un escroc à la petite semaine, va démontrer un grand talent pour soutirer à l'esthète un maximum de francs suisses. Contrairement à ce que prétend la quatrième de couverture, on n'apprendra pas énormément sur le marché de l'art: or, c'était la promesse qui m'avait convaincu de lire ce roman. Au bout du compte, Adrian aura appris grâce à Lorena à se servir du téléphone portable et le lecteur aura pu se distraire de quelques embrouilles, dont — on le devine aisément — les deux principaux protagonistes se tireront avec succès sinon avec panache.
   
   Ça ne donne pas un roman inoubliable, car il ne suffit pas de multiplier les robes de grands couturiers, les champagnes hors de prix et les dîners fins avec caviar ou homard pour améliorer la qualité de l'écriture, assez plate au demeurant, d'une histoire qui ne vous empêchera pas de dormir. Mais si vous êtes en quête d'un bon divertissement, allez-y!
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critique par Mapero




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Un suspense maîtrisé
Note :

   La Suisse peut-elle être jubilatoire? Ce n’est en tous cas, pas à première vue, l’adjectif qui vient à l’esprit pour qualifier notre voisin policé et jouant le rôle de discret coffre-fort des nantis du monde entier.
   
   Pourtant, Martin Suter, écrivain suisse d’expression allemande, prend un délicieux plaisir à nous entrainer dans un roman impertinemment malhonnête où chacun des protagonistes n’a d’autre ambition que de rouler dans la farine, avec brio et classe, celui aux dépens duquel il tisse son piège. Bref, on jubile et on s’extasie face à une telle maîtrise!
   
   Nous sommes dans l’une des grandes villes prospères allemandes. Peu en importe le nom. L’argent et le luxe non ostentatoire en sont de toute façon l’apanage.
   
   Adrain Weynfeldt est le dernier héritier d’une longue lignée de riches industriels helvètes. Expert en art suisse (et oui, cela existe!), il mène jusque là une existence policée, irréprochable et doucereusement terne. Il vit seul dans un immense appartement luxueux, entretenu par une gouvernante âgée qui le connaît depuis sa plus tendre enfance. Son seul modeste plaisir est de se laisser taper par ce qu’il considère être ses amis, une bande d’artistes à la gomme, sans génie, sans clients, et qui voit en Adrian plus une source inépuisable et facile de financements qu’un ami avec lequel on puisse parler.
   Cette existence aussi neutre que la Suisse va brutalement connaître une succession de chahuts provoqués par la conjonction de deux évènements qui vont malicieusement s’entremêler.
   
   Un de ses amis d’enfance contacte Adrian pour lui faire part de son désir de vendre la fameuse "Femme nue devant la salamandre" de Félix Valloton, tableau mythique et énigmatique, convoité par tous les collectionneurs de la terre. Surgit en même temps de nulle part une trentenaire débridée, Lorena, à l’apparence troublante qui rappelle à Adrian son seul et unique amour, partie des années plus tôt sans qu’il ait osé la retenir. Une femme dont il va tomber raide dingue malgré son comportement louche et intéressé. Une femme qui va révéler à Adrian, bien malgré lui, un autre que celui qu’il croyait bien connaître…
   
   A partir de là, Suter va nous concocter une assiette suisse de son invention sur fond d‘escroqueries en série. Un plat délicieux, savoureux et dont chaque ingrédient révèle une inventivité qui nous révèle la Suisse sous un autre jour, beaucoup moins propre que ce que les bonnes convenances d’usage n’aimeraient laisser voir. C’est avec une habilité parfaite et un suspense maîtrisé jusqu’à la toute dernière page que le lecteur ébaudi se laisse charmer par ce roman décalé, pince-sans-rire et terriblement efficace.
   
   Un petit chef-d’œuvre d’art littéraire suisse…

critique par Cetalir




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