Lecture / Ecriture
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L'invitée de Franck Bellucci

Franck Bellucci
  Ce silence-là
  L'invitée
  Et pour le pire

L'invitée - Franck Bellucci

Robertin Père & Fils
Note :

   Nous sommes en 1985, dans une maison bourgeoise des bords de Loire. On se plaît à imaginer que l'action se déroule dans cette région de l'orléanais où vit et enseigne Franck Bellucci, l'auteur de cette pièce.
   
   Quand le rideau se lève, Paul Robertin, professeur de lettres, 38 ans, arrive à l'improviste chez ses parents afin de leur présenter sa nouvelle compagne, Solange.
   
   Anne-Marie et Claire, la mère et la soeur de Paul, sont quelque peu surprises et désappointées de cette visite impromptue. Paul, en effet, n'est pas du genre à rendre visite régulièrement à sa famille, ce que n'oublie pas de lui reprocher sa soeur. Mais Paul ne s'arrête pas à ces critiques et, manifestement amoureux et fier de sa nouvelle conquête, il ne cesse de cabotiner en dépit de l'atmosphère tendue qui règne sur la demeure familiale.
   
   Car le père, Jean, médecin en retraite, est gravement malade. Atteint d'un cancer, il se sait condamné et ne peut plus compter que sur quelques mois avant l'échéance fatale. Confiné dans sa chambre, son épouse et sa fille se relaient à son chevet afin de l'assister dans cette épreuve.
   
   Paul, lui, semble prendre tout cela à la légère et c'est au cours du dîner – alors que Jean aura fait l'effort de descendre de sa chambre pour prendre son repas en compagnie de son fils et de sa compagne – que les choses vont s'envenimer. Paul se rend rapidement insupportable et met le feu aux poudres en s'en prenant d'abord à sa soeur – à qui il reproche de lui renvoyer l'image de son propre égoïsme – et ensuite à son père, à qui il fait vertement remarquer que sa maladie et sa mort prochaine prennent – à son sens – un peu trop d'importance et alourdissent le climat familial. Le ton monte rapidement devant Solange, l'invitée, qui ne peut que rester coite devant un tel déballage de griefs familiaux.
   
   Afin d'apaiser le débat et de détourner la conversation vers un sujet plus paisible, l'attention se porte sur Solange. Qui est-elle ? Que fait-elle dans la vie ? La jeune femme est historienne et travaille au CNRS où elle étudie l'histoire contemporaine, et en particulier l'époque de la Seconde Guerre Mondiale. Sans parents, sans attaches, c'est par hasard qu'elle a rencontré Paul quinze jours auparavant. La conversation continue, émaillée par les réparties de Paul, qui ne cesse d'ajouter de l'huile sur le feu et de se rendre odieux envers sa soeur et ses parents.
   
   Puis vient l'heure où chacun doit se retirer pour aller dormir. Solange avoue ne pas avoir sommeil et décide de rester en compagnie de Claire. Paul et sa mère se retirent. C'est alors le début d'une longue et douloureuse nuit qui s'annonce. Au matin, quand Solange partira, après avoir révélé qui elle est réellement, la famille Robertin ne sera plus la même. Une lettre, ainsi qu'une vieille photo en noir et blanc, auront bouleversé tout l'échafaudage familial.
   
   Avec «L'invitée» Franck Bellucci nous offre un drame familial où le jeu des apparences vient à se rompre lorsqu'un élément extérieur – Solange – vient mettre à bas l'ordre établi des choses en la personne du père irréprochable, de la mère exemplaire, du fils ingrat et de la fille dévouée. Chacun des personnages que nous découvrons au début de cette pièce dissimule en son coeur des choses inavouables aux autres membres de la famille. Certains ignorent même en leur for intérieur quelle est leur véritable nature, et c'est Solange qui va jouer le rôle de révélateur et apporter ainsi aux uns et aux autres la culpabilité, le poids des origines et le déchirement, mais aussi la liberté et la rédemption.
   
   Huis-clos féroce servi par des dialogues percutants, «L'invitée» de Franck Bellucci est une réflexion sur le poids du passé, sur la mémoire et le pardon, sur la piété filiale et sur l'ironie du sort, une ténébreuse histoire de famille où les masques tombent les uns après les autres, révélant ainsi des abîmes insoupçonnés.
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critique par Le Bibliomane




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Sujet rebattu = comparaisons...
Note :

   Nous sommes en 1985. Paul, en froid avec ses parents et sa sœur, vient leur rendre une visite inattendue. Il profite de l'occasion pour leur présenter Solange, sa petite amie, rencontrée par hasard il y a peu. En rupture familiale, il ne comprend pas l'abnégation des femmes de la famille qui prennent soin de son père, gravement malade. Mais entre les piques habituelles du fils, et les relations glaciales entre les membres de la famille, c'est Solange, l'invitée, qui sera cause de l'éclatement de la cellule familiale. Car si elle a rencontré Paul, ce n'est finalement pas par un si grand hasard...
   
   En prenant le parti de parler des pièces de théâtre version papier, le risque existe de se trouver confronté à un texte dont on sent qu'une vision scénique permettrait une toute autre approche. Et c'est, je pense, ce qui pourrait m'arriver si je découvrais une production de cette pièce signée Franck Bellucci. Car si certaines choses m'ont gênées, ou m'ont semblé un poil artificielles, elles pourraient avoir une toute autre résonance sur scène.
   
   Le thème de la pièce est double: celui de la famille (très en vogue actuellement, dont l'une des meilleures représentations est certainement Un conte de Noël de Desplechin), et celui du secret, qui ronge le groupe et qui dévoilé, va modifier tous les comportements (thème beaucoup utilisé également, notamment, et de manière magistrale, par Philippe Grimberg dans "Un secret", justement). Cette utilisation de thèmes souvent vus ces derniers temps n'a certainement pas servi ma vision de la pièce, puisque ces modèles trottent toujours un peu en tête. De plus, ces thèmes largement universels ont forcément des rapports avec notre expérience personnelle, toujours plus ou moins marquée par des rapports familiaux compliqués, et des secrets étouffés (ou presque). Mais mon plus gros problème a été de penser à la pièce de Lagarce, "Juste la fin du monde", qui si elle ne parle pas du même type de secret, est bien trop proche pour ne pas y penser. Et c'est bien le hic, tellement la pièce de Lagarce est forte et dense.
   
   Ensuite, j'ai eu un problème avec le personnage principal, celui de Paul. Fils qui donne peu de nouvelles à ses parents, qui n'hésite pas à exprimer de manière volontairement provocatrice ses réflexions quant à la situation de sa mère et sa sœur, il est totalement déboussolé quand il apprend le secret. Mais sa réaction ne m'a pas paru totalement logique, et exactement inverse à celle de sa sœur. Cette construction sur l'opposition m 'a paru de trop. Je comprends l'intention de Franck Bellucci par rapport à son personnage (que je vous laisse découvrir), mais cette volonté de modifier le regard du spectateur vis à vis de Paul est trop soudaine pour être totalement crédible.
   
   Je ne suis donc pas totalement convaincu par la pièce dans sa version écrite, qui, si elle part d'un scénario a priori intéressant, souffre des comparaisons que j'ai faites (à tort, bien entendu, mais c'est impossible de faire autrement) avec d'autres pièces travaillant les mêmes thèmes (et la pièce de Lagarce est tellement réussie que c'est presque une gageure de s'y frotter). Mais rien ne vaut une vision sur scène, à laquelle je n'ai malheureusement pas encore eu l'opportunité d'assister (mais je ne désespère pas!).

critique par Yohan




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