Lecture / Ecriture
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Le Temps d’une Chute de Claire Wolniewicz

Claire Wolniewicz
  Sainte Rita, patronne des causes désespérées
  Ubiquité
  Le Temps d’une Chute

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Temps d’une Chute - Claire Wolniewicz

Prêt-à-porter
Note :

   (Pour ceux qui ont oublié ce film, la BO diffusée partout il y a une quinzaine d’années avait pour refrain ces paroles imagées : « Naa, nanananaa, nanana… »)
   
   "Le Temps d’une Chute" m’a permis de découvrir un éditeur que j’avais remarqué sans pour autant saisir l’occasion de lire un de ses romans. Ce n’était sans doute qu’une question de temps... quoi qu’il en soit, ce roman m’a permis de concrétiser de vagues projets de lecture.
   
   "Le Temps d’une Chute" m’attirait a priori de par la collection, le titre mélancolique assez imagé et les quelques mots entraperçus en parcourant rapidement le 4e de couverture. Il faut dire que j’ai cherché à être le moins influencée possible avant de me plonger dans ma lecture; je n’avais donc qu’une idée très vague du sujet avant d’ouvrir le livre. J’avais tout de même parcouru plusieurs critiques en ligne, la plupart du temps assez négatives.
   
   Comme pour Véronique Ovaldé dont j’avais lu beaucoup de critiques enthousiastes mais qui a vraiment déçu beaucoup d’entre vous récemment, je vais m’inscrire un peu en faux ici, avec un billet plus positif que la plupart de ceux que j’ai pu lire.
   
   "Le Temps d’une Chute" est l’histoire Madeleine Delisle, qui voit défiler sa vie à la suite d’une chute du haut de son immeuble. Issue d’une famille modeste, Madeleine perd sa mère alors qu’elle est encore jeune et est envoyée dans un orphelinat tenu par des religieuses par un père qui n’a que faire de sa marmaille. Nouant des rapports conflictuels avec la religion, l’enfant trouvera cependant là une amie, Hélène, avant de se préparer au métier de couturière. Isolée après qu’Hélène ait été retirée brutalement de l’orphelinat par sa belle-mère, Madeleine finit par s’en aller à son tour pour travailler chez une couturière de Limoges autrefois propriétaire d’un commerce florissant. Si les relations avec sa patronne ne sont pas tendres, la jeune femme va se nouer d’amitié avec la cuisinière Léonarde, qui fait figure d’ange protecteur tout au long de l’histoire. Madeleine finira par faire repérer une de ses robes par une actrice parisienne et gagner la capitale. Travaillant d’abord au sein d’une autre maison, Madeleine finit par devenir propriétaire. Ses modèles se vendent immédiatement, les défilés soulèvent l’enthousiasme des clientes et de la critique; les fidèles sont nombreux, la maison se développe, les collections prennent le plus clair du temps de Madeleine. Cet investissement sans relâche aura un impact sur sa vie personnelle et les relations conflictuelles qu’elle entretient avec Tadeusz, son compagnon et Lucie, leur fille sans cesse rejetée. Jusqu’à ce que chute une Madeleine âgée, privée de son petit-fils Jules et souffrant du vide qui l’entoure.
   
   Le siècle est parcouru en effet, mais les événements historiques ne sont qu’assez vaguement évoqués. On peut s’étonner de traverser par exemple la seconde guerre mondiale sans qu’aucun détail ne soit fourni quant à l’activité de l’atelier pendant cette période. Un peu surprise tout d’abord, j’ai finalement accepté de me concentrer sur Madeleine, qui tourbillonne, crée et se disperse au milieu des matières et des couleurs, tandis que les personnes et les événements alentours gardent une part de mystère, n’intervenant que lorsqu’ils jouent un rôle particulier dans l’histoire personnelle de Madeleine. Tout est en effet centré sur le personnage et au final, j’ai trouvé l’effet plutôt réussi: l’héroïne voit défiler sa vie, il est normal que tous les événements soient filtrés par sa perception parfois étriquée des choses, d’où quelques flous, beaucoup d’interrogations, des vides à combler. On pourrait peut-être regretter la traversée du siècle un peu légère, bien que rythmée par l’histoire de la mode, l’arrivée de grands couturiers et l’évocation de leurs collections. Cela n’empêche pas l’histoire d’être très agréable et, j’ajouterais même, captivante. Car du début à la fin, j’ai eu bien du mal à abandonner ce roman que j’ai lu très rapidement, en prenant beaucoup de plaisir.
   
   Le style un peu froid mais très élégant m’a rappelé Valentine Goby, qui adopte parfois un ton un peu journalistique mais amplement imagé. Cette écriture m’a elle aussi séduite, correspondant à mon sens très bien au personnage de Madeleine, finalement assez distante et détachée.
   
   Beaucoup de thèmes sont évoqués et empêchent le lecteur de se lasser trop vite de l’aller-retour entre l’atelier et les défilés. Parmi eux: les fantômes laissés par la première guerre mondiale; les camps nazis et les privations de la seconde guerre mondiale, assortis de toutes les réactions animales qu’ils suscitent; la mode associée au féminisme, conçue par Madeleine comme un outil de sublimation mais aussi de libération de la femme, qui doit pouvoir vivre dans ses vêtements et affirmer sa personnalité à travers eux; la solitude, la recherche de l’autre, parfois douloureuse et compliquée; les liens entre parents et enfants, dont la spontanéité, la naturalité est questionnée; la quête de soi; le rapport au travail et l’arbitrage entre idéaux et pragmatisme. Cependant ils ne sont parfois qu’effleurés, toujours filtrés par le regard de Madeleine. Parfois on peut regretter certains silences, et par exemple se demander pourquoi l’héroïne ne cherche pas à retrouver Hélène, l’amie d’enfance qu’elle dit avoir perdu et qui comptait beaucoup pour elle.
   
   Au final, j’ai aimé me laisser emporter par l’histoire, au rythme des coupes et des chutes de tissus. Le personnage de Madeleine, peu sympathique dans le prologue (qui a été pour moi le seul point faible du roman et me laissait présager le pire), devient d’une certaine manière attachant. Le cadre riche bien qu’évanescent, le contexte particulier ont ajouté à la saveur de cette histoire. Bien qu’inégalement réparti entre les différentes périodes de la vie de Madeleine (suggérant aussi la chute du corps de plus en plus rapide), le défilé des années a également contribué à faire de cette lecture un voyage bien plaisant. Si je comprends bien les critiques faites à ce livre, à titre personnel et hautement subjectif, j’ai savouré avec délice les innombrables séquences de la vie de Madeleine, séduite par leur charme désuet plein de grâce.
    ↓

critique par Lou




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Écriture conventionnelle
Note :

   Il est un fait convenu de penser que lorsque une personne est confrontée à une mort violente, sa vie défile dans sa mémoire lors de ses tout derniers instants. Cette dilatation de la mémoire et du temps permettrait de revoir défiler le film de toute une vie en l'espace de quelques secondes avant que la conscience ne s'éteigne à tout jamais.
   C'est ce qui arrive à Madelaine Delisle, soixante dix-huit ans, au moment où elle tombe de son balcon situé au quatrième étage de son bel appartement parisien. Pendant ce bref instant qu'est le temps d'une chute, elle va se remémorer l'histoire de toute une vie, une vie dédiée à l'univers de la mode féminine, une vie au cours de laquelle défileront également les grands et les petits faits de l'Histoire du XXème siècle.
   C'est l'enfance, tout d'abord, au cours des années 20, une enfance misérable dans un endroit reculé du Limousin, entre une mère aigrie par les absences et les infidélités du père, et une fratrie d'enfants malades et attardés. Puis c'est l'orphelinat, suite au décès de sa mère, son placement chez les religieuses où elle va faire l'apprentissage de ce qui va devenir la passion de toute sa vie : la couture.
   À sa sortie de l'orphelinat, elle est placée par les soeurs chez une couturière de Limoges où elle va faire ses premiers pas dans la création de vêtements. Remarquée par une célèbre actrice en villégiature, elle va, sur les conseils de celle-ci, « monter » à la capitale où elle va intégrer l'atelier de Mme Germaine, couturière attitrée de l'actrice et du « Tout-Paris ». Dans cet atelier, ruche bourdonnante régentée par la patronne, Madelaine va donner libre cours à sa créativité sous le regard critique de Mme germaine et les encouragements du mari de celle-ci, Monsieur Georges, un ancien combattant de 14-18 traumatisé par les horreurs de la guerre.
   De la guerre, il va très rapidement en être question, en cette fin des années 30, alors que l'Allemagne nazie envahit la Pologne. Puis c'est l'Occupation, les restrictions et la peur au quotidien. Et enfin, la Libération.
   
   Entre petits bonheurs et crises de découragement, entre illusions et déceptions, la vie de Madelaine va s'écouler, rythmée par les évènements du siècle, la guerre, Mai 68 et la libération des moeurs, mais aussi l'évolution de la mode féminine, du corset à la mini-jupe, relatant tout un pan de l'histoire contemporaine au travers du regard d'une femme témoin et actrice de son époque.
   
   Voici un roman pour lequel j'ai surmonté mes a priori de départ et me suis lancé dans cette lecture.
   Et j'ai été, je dois le dire, agréablement surpris puisque ce roman ne m'est pas tombé des mains au bout des vingt premières pages. J'ai donc lu ce livre de bout en bout, sans ennui (mais sans passion non plus), suivant au fil des pages le destin de Madelaine dans sa traversée du siècle.
   
   L'écriture conventionnelle de Claire Wolniewicz fait de ce roman un agréable moment de lecture (idéal pour une lecture sur la plage) sans pour autant laisser au lecteur une impression autre que celle d'un récit plaisant et divertissant mais qui sera rapidement oublié comme tant d'autres romans qui ne sont ni des chefs-d’œuvre ni des abominations (ce n'est quand même pas du Guillaume Musso!).
   Bref, «Le temps d'une chute» est un agréable roman, sans plus, un récit qui aurait gagné à être un peu plus fouillé au niveau du contexte historique (on est loin de la «fresque du XXème siècle» vantée sur la quatrième de couverture) et qui aurait, ce me semble, mérité plus d'épaisseur quant à la psychologie des personnages ainsi qu'aux évènements que ceux-ci sont amenés à traverser.

critique par Le Bibliomane




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