Lecture / Ecriture
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Zulu de Caryl Férey

Caryl Férey
  La jambe gauche de Joe Strummer
  Zulu
  Mapuche
  Famille Nucléaire
  Condor
  Les nuits de San Francisco
  Plutôt crever
  Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale
  Utu

Caryl Ferey est un écrivain français né à Caen en 1967.

Zulu - Caryl Férey

Bienvenue en Afrique du Sud!
Note :

   La mort d'une jeune femme, fille d'un sportif célèbre, est le point de départ d'une enquête policière menée par Ali, chef de la police criminelle de Cape Town, dont la mère vient parallèlement de se faire agresser.
   
   Bienvenue en Afrique du Sud! Dépaysement total pour ce polar dont on a du mal à penser que l'auteur est français, tant nous nous retrouvons plongés, en apnée totale, dans ce pays, réputé pour battre des records de criminalité. La scène inaugurale est à ce titre particulièrement impressionnante et nous plonge d'emblée dans un univers cauchemardesque et un pays ravagé par la violence.
   
   Une atmosphère pesante et glauque, des dialogues rythmés, une enquête dangereuse dans le milieu des tsotsis-gangsters sud africains- et des townships, sorte de bidonvilles particulièrement inquiétants. Un roman pessimiste qui donne une image noire de ce pays corrompu, où les plages sont des lieux de confrontations difficilement soutenables. Un roman sensuel aussi dans les relations non exemptes de violence entre hommes et femmes.
   
   Un thriller sombre donc, envoûtant, à l'intrigue prenante. On n'en ressort pas indemne, se disant qu'on vient de lire un polar, un vrai et aussi un livre extrêmement bien documenté qui retrace l'histoire d'un pays, avec de nombreuses références à son peuple -du zoulou à l'afrikaner en passant par la jeune femme métisse- mais aussi à ses langues et à ses différents partis politiques.
   
   J'ai souvent eu recours à l'encyclopédie Wikipedia pour comprendre les références qui parcourent ce roman, appréciant d'enrichir ainsi ma culture personnelle. Car l'auteur réussit la difficile gageure de nous conter l'histoire de l'Afrique du Sud, et en l'occurrence ici l'après apartheid, par le biais d'une intrigue policière particulièrement haletante. Un très bon moment de lecture donc, qui confirme tout le bien que j'avais entendu au sujet de ce roman.
   
   Grand prix de littérature policière 2008 et prix Quais du polar
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critique par Clochette




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Rude!
Note :

   Ali Neuman est chef de la police au Cap. Étant enfant, il a vu son père et sa mère se faire tuer devant lui après torture par des «frères Zoulous» inféodés à l'Apartheid contre quoi sa famille combattait. Expérience traumatisante qui le hante toujours.
   Maintenant il s'emploie à faire régner la justice, sans concessions, mais sans y croire tellement.
   Depuis la fin de l'apartheid, le pays est toujours en crise. Les gouvernements se succèdent les uns aux autres mais la corruption règne à tous les échelons. La population est majoritairement pauvre, la violence et le sida font des ravages.
   
   Une jeune blanche est retrouvée morte assassinée, dans un parterre d'iris du jardin botanique, horriblement mutilée, et droguée avec une substance inconnue des laboratoires officiels. Le père de la jeune fille était champion de rugby, et l'on pense qu'il était jalousé...
   Ali et ses adjoints Dan Fletcher et Brian Epkeen enquêtent. Mais derrière la personne du présumé tueur se dissimulent des organisations criminelles puissantes et les policiers ne tardent pas à se sentir débordés.
   
   C'est un roman éprouvant. Les cadavres se ramassent à la pelle, toujours mutilés. On saisit à quel point la colonisation de ce pays a échoué, à quel point il a du mal à se remettre de l'apartheid...
    On savait que le racisme était encore très offensif dans ce pays mais on souffre aussi de voir des Noirs s'entretuer les uns les autres.
   L'intrigue est complexe et chaque fois que l'on croit avoir mis la main sur un coupable sérieux, c'est une organisation encore plus délinquante et bien structurée qui surgit...
   Les trois policiers ont de plus à affronter des vies privées fort difficiles à gérer.
   Voilà qui nous donne une vision fort négative de la situation politique et sociale en Afrique du sud, mais l'on n'est pas surpris.
   Le roman est très bien documenté, l'arrière-plan social riche, et le romancier sait installer l'atmosphère. Nous avons réellement l'impression d'être en Afrique du sud, géographiquement et socialement parlant. Nous saisissons un peu des graves problèmes de ce pays.
    Les mots inconnus sont expliqués en pas de page. Toutefois un lexique en fin de volume n'aurait pas été de trop.
   C'est un très bon livre.
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critique par Jehanne




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La dure réalité de ce pays
Note :

   Dans le roman de Caryl Ferey, Zulu, dont l'action se passe en Afrique du Sud, le personnage principal Ali Neuman, un zoulou, a vu, lorsqu'il était enfant, son père et son frère torturés et assassinés sous ses yeux par des milices de l'Inkhata en guerre contre l'ANC, le parti de Mendela. Il a lui même subi des violences qu'il n'a jamais voulu avouer à sa mère, seule rescapée avec lui des milices meurtrières. Des années plus tard, devenu chef de la brigade criminelle de Capetown, il s'efforce avec ses coéquipiers, Brian Epkeen et Fletcher, de lutter contre la violence en faisant son métier difficile avec conviction. Nous sommes en 1995, un an après l'élection de Nelson Mendela et un peu avant la coupe du monde de Rugby. Il est impératif de contrôler la situation, de parvenir à donner une meilleure image du pays et d'assurer la sécurité.
   
   C'est le moment où une jeune fille de la bonne société est retrouvée sauvagement massacrée dans un jardin public; d'autres crimes suivent tout aussi horribles et chaque fois on retrouve dans le corps des victimes une drogue d'une composition mystérieuse qui semble être à l'origine de ce déchaînement meurtrier proche de la folie. Qui est caché derrière tout cela? Ali Neuman et ses coéquipiers s'engagent alors dans une histoire dont ils ne soupçonnent pas les implications.
   
   L'intrigue policière est assez complexe mais elle a le mérite de nous présenter la dure réalité de ce pays, ses difficultés économiques et politiques, les différents milieux sociaux, les mentalités, les susperstitions. Je me suis intéressée aussi aux personnages des trois policiers dont la vie est à l'image de ce qu'ils vivent, désolante! Tout n'est pas résolu, en effet, en 1995, depuis la victoire de Nelson Mendela aux élections en 1994. L'Afrique du Sud est réputée pour être le pays qui détient le record mondial du crime. Autant dire que le roman nous immerge dans la violence au quotidien et la souffrance liée à la drogue, au sida, à la misère, celles des enfants de rue, en particulier, qui meurent de faim, de maladie ou de maltraitance dans les Townships, quartiers populaires noirs. Les maffias y règnent en maîtres, les noirs se déchirent entre eux, les haines tribales n'ayant jamais disparu. Les nostalgiques de l'ancien régime de l'apartheid n'ont pas encore dit leur dernier mot.
   
   Ce livre a obtenu plusieurs grands prix du meilleur roman noir en 2008 et 2009
   
   
    Quelques précisions sur l'Afrique du Sud:
   
   Il est un peu difficile d'entrer dans le livre de Caryl Ferey si l'on ne connaît pas l'Histoire de l'Afrique du Sud. Je me suis donc documentée sur L'ANC, le bantoustan du Kwa zulu, l'inkhata.
   
   L'ANC ou African National Congress est un parti politique d’Afrique du Sud, membre de l'Internationale socialiste. Créé en 1912 pour défendre les intérêts de la majorité noire contre la domination blanche, il fut déclaré hors-la-loi par le Parti national pendant l’apartheid en 1960. Il est à nouveau légalisé le 2 février 1990 alors que l'apartheid est aboli en juin 1991. En 1994, les premières élections multiraciales ont lieu permettant à Nelson Mandela d'être élu président de la République sud-africaine. Depuis, l'ANC domine la vie politique sud africaine.
   
   Un bantoustan est un région créée pour les populations noires durant la période de l'apartheid en Afrique du Sud. En 1970, les personnes qui y habitent se voient enlever leur nationalité sud-africaine et accorder la nationalité de leur bantoustan. C'est une manière pour le parti national blanc de priver les noirs qui vivent en dehors de ces régions de leurs droits civiques et d'en faire des étrangers dans leur propre pays. Le bantoustan KwaZulu était situé dans l'ancienne province du Natal d'Afrique du Sud et regroupait principalement une population Zoulou. Mais il était extrêmement morcelé et était loin de réunir toute l'ethnie disséminée dans tout le pays. Il avait obtenu son autonomie en 1977 pendant l'apartheid. En 1994, au moment des élections, il réintègre l'Afrique du Sud.
   
   Le parti au pouvoir dans le Bantoustan Kwa zulu était l'Inkatha ou Freedom Party, parti politique conservateur. Il a été fondé en 1975. Dans les années 1980, l'Inkhat prend pour cible l'ANC dont il devient le principal adversaire. Ce parti prônait le séparatisme territorial alors que l'ANC voulait lutter contre l'apartheid et la domination des blancs en restant en Afrique du Sud. Le parti national blanc a utilisé et même financé l'Inkhata pour lutter conte l' ANC de Nelson Mendela.
   ↓

critique par Claudialucia




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Black & White
Note :

    Après l’Argentine, l’auteur nous fait changer de continent tout en restant dans l’hémisphère sud. Direction l’Afrique du Sud dont il dit :
   - … comment la première démocratie d’Afrique pouvait être le pays le plus dangereux au monde ?

    Roman en trois parties :
   "La main chaude", "Zaziwe" et "Que la terre tremble".
   
   La violence est présente dès les premières pages. Ali Neuman, est maintenant Chef de la Police Criminelle de Cape Town. Durant son enfance il a assisté à l’exécution de son père et de son frère aîné Andy, massacrés par des miliciens de l’Inkatha, ennemie de l’ANC (African National Congress, parti désormais au pouvoir).
   
    Aujourd’hui l’Afrique du Sud est une démocratie, mais la violence, si elle n’est plus uniquement raciale, n’a pas disparu bien au contraire. Ali Neuman y est confronté tous les jours. Sa mère vient d’être agressée et par un jeune garçon qu’elle connaît ! Ali espère le retrouver, mais il lui échappe. D’autres affaires plus graves requièrent sa présence, une jeune femme, blanche, a été trouvée morte, violée et massacrée, une violence inimaginable même pour la police !
   
    Un ticket de club vidéo mène les enquêteurs sur une fausse piste. La victime est en réalité Nicole Wiese, fille d’un international de rugby, un des héros du pays depuis leur victoire à la coupe de monde organisée par leur pays en 1995. Qui est bien décidé à venger sa mort, mais Nicole n’est pas l’oie blanche qu’il semble croire, et que faisait-elle sur cette plage retirée à une heure aussi avancée de la nuit ?
   
    Une nouvelle drogue vient d’apparaître sur le marché, ses effets sont dévastateurs, les décès se suivent… Qui tire les ficelles de ce trafic très lucratif ? Les gangs nigériens qui semblent régner sur les trafics de drogues, les gangs locaux qui sévissent dans les "Townships", des militants extrémistes zoulous ou un autre groupe disposant de gros moyens et capable de produire des drogues chimiques à grand échelle. Si cette dernière hypothèse est la bonne, qui sont-ils ?
   
    Beaucoup de personnages, Ali Neuman, flic intègre, dur au mal, il a vu des choses horribles dans sa vie, mais là c’est le summum ! Tant de sauvagerie, le monde ne tourne plus rond !
   
    Ses adjoints, Dan Fletcher et Brian Epkeen, ils sont dans la vie à l’opposé, Dans est marié et son épouse lutte contre un cancer ; Brian est divorcé, coureur de jupons et a de gros problèmes avec son fils. Mais ils forment une équipe très efficace, efficacité qui leur sera plus que nécessaire dans ce panier de crabes où les enjeux financiers sont énormes.
    Des blancs revanchards, une danseuse d’indlamu, danse de guerre zouloue, une cavalière émérite, des voyous prêts à tout et même plus.
    L’Afrique du Sud comme elle va… mal ! Violence endémique, racisme et soldats des causes perdues regrettant le bon temps de l’Apartheid, guerres des gangs et massacres ethniques. La liste est longue ! Une société qui ne s’est visiblement pas débarrassée de ses fantômes.
   
   
    Extraits :
   
   - La fille avait un sourire qui allait bien avec sa nuisette.
   
   - Les collines et la végétation touffue qui coiffaient les criques paradisiaques de Clifton avaient fait place à des résidences de luxe, des villas avec parking sur le toit, vigile et accès direct à la plage.
   
   - Ils avaient deux heures devant eux : autant dire toute la vie.
   
   - À l'instar de la violence, l'Afrique du Sud était ravagée par le H. I.V.
   
   - Le township, à force de grossir, avait fini par atteindre la mer.
   
   - L’équipe nationale, pas très en forme à ce qu'il paraît, malgré la Coupe du monde qui se profilait.
   
   - En laissant les industriels financer la recherche clinique des instances politiques avaient commis une grave erreur.
   
   - L'argent achetait tout. L'argent rachetait tout…

critique par Eireann Yvon




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