Lecture / Ecriture
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Les conjurés de Florence de Paul J. McAuley

Paul J. McAuley
  Les conjurés de Florence

Les conjurés de Florence - Paul J. McAuley

Des Anges et des Machines
Note :

   C'est dans les premières années du XVIème siècle que nous entraîne le roman de Paul J. Mc Auley, et plus précisément dans la République de Florence, perle de la Toscane.
   Mais cette Florence là n'est pas celle que nous connaissons au travers de nos manuels d'Histoire.
   
   En effet, dans cette vision décalée de l'Italie de la Renaissance, le grand Léonard de Vinci a renoncé à la peinture pour se consacrer entièrement à la réalisation de ses machines.
   Grâce à lui, la République florentine vit sa première révolution industrielle, les rues de la cité voient circuler des véhicules à vapeur, le cours de l'Arno est sillonné par des bateaux à aubes et les machines de guerre créées par le grand inventeur ont fait de la ville une grande puissance économique et militaire qui attire bien des convoitises de la part de ses rivaux.
   La confrérie des peintres – qui, dans notre Histoire a fait la célébrité de Florence – a ici cédé le pas devant celle des ingénieurs et des industriels appelés «artificiers».
   
   C'est cependant dans cette confrérie des peintres que Paul J. Mc Auley va nous introduire en la personne du jeune héros de ce récit: Pasquale, disciple de Giovanni Battista Rosso.
   
   Au moment où débute le récit, la cité florentine est en effervescence à l'approche de la visite du Pape Léon X, second fils de Laurent le Magnifique.
   L'évènement est de taille puisque le Pape est de la lignée des Médicis, chassés de Florence par les disciples de Savonarole quelques décennies plus tôt.
   Cette visite annonce un assouplissement des relations entre Florence et Rome, devenues rivales suite à l'éviction des Médicis qui a eu pour conséquence un long conflit entre les deux cités, Florence l'ayant emporté grâce à la suprématie de son ingénierie militaire.
   
   Rome et le Vatican ne sont pas seules à s'être opposées à la puissance florentine; le Royaume d'Espagne mène une guerre sans merci en Méditerranée contre la République, sous le commandement d'Hernan Cortès qui n'a pas pu débarquer au Nouveau-Monde, repoussé par les forces coalisées des florentins et des indiens.
   
   À quelques jours de l'arrivée du Pape, arrive en avant-garde de celui-ci son ambassadeur, le peintre Raphaël. La ville s'apprête à accueillir le célèbre peintre lors de la procession de la Saint-Luc et Pasquale, fervent admirateur de celui-ci, ne cache pas son impatience de l'apercevoir et peut-être d'échanger quelques mots avec lui au cours de la cérémonie.
   Mais les festivités s'achèveront sur une note dramatique par le mystérieux assassinat de Giulio Romano, l'assistant de Raphaël, puis par l'empoisonnement du maître lui-même.
   Pasquale va alors se retrouver propulsé dans une enquête policière où il aura fort à faire pour démêler la vérité sur ces assassinats au sein d'une société florentine où fleurissent intrigues, complots et machinations de toutes sortes. Au péril de sa vie il va tenter de faire la lumière sur ces mystérieux évènements, aidé en cela par la sagacité d'un journaliste de La Gazette de Florence, un certain Niccolo Machiavel.
   
   Avec ce roman, Paul J. Mc Auley nous livre avec talent une uchronie qui nous plonge dans un univers baroque et fascinant où de célèbres personnages historiques évoluent dans un monde qui aurait pu exister si le cours de l'Histoire avait été différent. On y côtoiera bien évidemment les personnages cités plus haut mais aussi une quantité d'autres dont Nicolas Copernic, Michel-Ange , ainsi qu' une certaine Mona Lisa Giocondo.
   
   Remarquablement documenté sur les techniques picturales et sur les acteurs de l'époque, ce roman, situé dans un contexte fascinant et riche en images, souffre quand même d'une intrigue assez longue et alambiquée qui laisse le lecteur perplexe sur les motivations réelles de ces assassinats. Mais ce petit défaut est largement compensé par la profusion de personnages et rebondissements qui émaillent le récit.
   
   Entre roman-policier, roman de science-fiction et roman historique, «Les conjurés de Florence» est un ouvrage débordant d'imagination qui malheureusement s'attarde sur une intrigue somme toute assez classique au détriment de la description d'un univers somptueux et fascinant.
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critique par Le Bibliomane




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Et si Léonard avait pu...
Note :

   Imaginez Florence au début du XVIème siècle: les Médicis, l'effervescence artistique, Michel-Ange, Raphaël... sauf que Paul J. McAuley s'offrant une petite uchronie, la Toscane, l'Italie et l'Europe en général ne sont pas exactement ceux que l'on connaît grâce à nos livres d'histoire. Les artificiers forment en effet une caste particulièrement développée, représentée à Florence par le premier d'entre eux, le Grand Ingénieur. Sachez par exemple, que « grâce aux sous-marins du Grand Ingénieur, les Florentins ont coulé la flotte espagnole qui s'apprêtait à envahir l'empire aztèque.» La face de l'Amérique s'en est trouvée changée, c'est évident, c'est uchronique. A une moindre échelle, ces inventions vont servir les intrigues qui se trament en nombre à Florence au moment où arrive Raphaël, envoyé du pape Léon X, protecteur des artistes. L'artiste est en conflit permanent avec son rival Michel-Ange qui l'accuse de lui avoir volé ses idées. Cette rivalité artistique pourrait rester sans conséquence si l'un des aides de Raphaël ne venait à être assassiné la veille de l'arrivée du pape. Un autre l'est également au cours d'un échange avec un sorcier notoire qu'il essaie de faire chanter. Puis Raphaël lui-même...
   
   Pasquale, jeune peintre de dix-huit ans, est pris bien malgré lui dans ces querelles qui rapidement prennent l'allure d'un complot ésotérique aux enjeux complexes. Aidé par le journaliste Niccolo Machiavel (qui fait figure de Guillaume de Baskerville dans "Le nom de la rose" comme le souligne la quatrième de couverture), le jeune apprenti affronte mages noirs et savonarolistes, tortures et humiliations.
   
   L'identité du Grand Ingénieur est rapidement évidente: les grandes et petites inventions qui ont permis à la république marchande de Florence de tenir tête aux Espagnols sont nées du génie de Léonard de Vinci qui contrairement à ce que l'on a toujours cru, a réussi à les faire fonctionner à grande échelle. Mais l'invention qui va faire courir au jeune Pasquale maints dangers n'est autre que l'ancêtre de notre appareil photo qui bouleverse les peintres italiens dont les pinceaux font pâle figure face aux plaques de verre qui fixent les images réelles. Peut-être signe-t-il la mort d'un art, ou l'apparition d'une nouvelle expression artistique? Pasquale, malgré le rythme effréné et les dangers de son enquête n'en perd pas de vue son but: dessiner un ange. Le jeune artiste tente de capter l'essence même de ce visage, de ce sourire et sa quête artistique sert de fil conducteur secondaire, parallèle à l'enquête policière.
   
   Grâce au regard de Pasquale, le lecteur garde donc toujours l'oeil ouvert sur la Florence artistique, son architecture, ses églises superbement décrites, mais aussi son ambiance de tripots et ses ruelles obscures, si dangereuses la nuit. Je ne cache pas que j'ai dû ouvrir plusieurs fois mon dictionnaire pour remettre à l'heure mes pendules sur les Médicis, Savonarole et la situation politique réelle de Florence à l'époque. Car il me semble qu'une uchronie ne peut être pleinement appréciée que si le contexte historique est connu. Mais il n'est pas interdit de se laisser prendre à la seule intrigue policière et de s'amuser à imaginer ces maîtres italiens fumant un joint de marijuana affalés sur des canapés. Cette intrigue extrêmement touffue et parfois complexe requiert cependant toute l'attention du lecteur s'il ne veut pas se noyer dans les complots.
   
   Les amateurs d'uchronie ne pourront être déçus par la reconstitution historique et l'imagination dont fait preuve McAuley: la Renaissance italienne telle qu'elle aurait pu être si...

critique par SBM




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