Lecture / Ecriture
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La Poursuite de l’Amour de Nancy Mitford

Nancy Mitford
  La Poursuite de l’Amour
  L'amour dans un climat froid
  Charivari

Nancy Mitford est une romancière britannique, née en 1904 à Londres et décédée en 1973 à Versailles.

La Poursuite de l’Amour - Nancy Mitford

All you need is love
Note :

    Ces derniers jours votre fidèle chroniqueuse a éprouvé un besoin soudain de partir défricher les terres anglo-saxonnes. Plantant là toutes mes lectures en cours, j’ai donc opté pour "La poursuite de l’Amour", fatiguée d’entendre la voix plaintive de Linda qui me criait depuis la bibliothèque: «lis-moi, lis-moi!». Celles qui ont lu ce roman savent à quel point cette demoiselle peut être exigeante et comprendront qu’elle ne m’aurait laissé aucun répit!
   
   Avant d’aller plus loin, je propose de former un comité de «Protection de l’Intégrité Austenienne» afin de lutter contre l’appropriation (plus ou) moins justifiée du nom d’Austen par tout ce qui a un rapport avec l’Angleterre et porte des jupons. Quoique, l’Angleterre est une définition bien étroite puisqu’il existe maintenant une Jane Austen iranienne. Et si Nancy Mitford parle de jeunes filles en fleurs à la recherche du grand amour, le rapprochement avec Jane Austen me semble plutôt hasardeux.
   
   Ici on découvre Linda, issue d’une famille d’aristocrates délicieusement décadente et pittoresque. Racontée par Fanny, sa cousine, cette histoire très amusante m’a fait passer un moment franchement jubilatoire. Entre la Trotteuse aux mœurs légères, Oncle Matthew et ses dentiers régulièrement renouvelés, le placard des Honorables, le fantasque voisin Merlin et un domaine digne des romans de Radcliffe, difficile de s’ennuyer! Terriblement anglais, ce roman ne pouvait pas ne pas me plaire.
   
   Il reste cependant léger: j’ai pensé au cadre plus ou moins contemporain des romans de Forster ou de Virginia Woolf mais, hormis l’époque et l’aspect profondément britannique, difficile de comparer Mitford et son humour exquis à ces auteurs.
   
   Attention, le roman présente de nombreuses qualités. Le style est agréable (du moins à la traduction), les personnages bien campés et la narratrice pose un regard assez ironique sur l’histoire de sa cousine préférée, dont la quête de l’âme sœur est loin d’être évidente! Ajoutons à cela un portrait malicieux de la haute société anglaise et nous voilà avec un très bon roman, divertissant et plein de charme!
   
   La suite très bientôt!
   
   Quelques extraits savoureux:
   
   Le Mariage de Louisa (sœur aînée de Linda) :
    «Tout à coup, il y eut un mouvement de foule. John et son témoin, Lord Stromboli, surgis comme deux diables d’une boîte, se trouvaient au pied de l’autel. Dans leurs jaquettes, les cheveux copieusement enduits de brillantine, ils étaient vraiment éblouissants, mais à peine eûmes-nous le temps de les regarder que Mrs Wills attaqua un grand jeu d’orgue, pendant qu’Oncle Matthew remorquait le long de la nef, à une folle allure, Louisa, dont le visage était voilé. En cet instant je crois que Linda eût volontiers changé de place avec Louisa, fût-ce au prix très lourd de vivre heureuse à jamais avec John Fort-William.
   Nous n’eûmes pas le temps de nous ressaisir que Louisa redescendait la nef, remorquée par John. Elle avait rejeté son voile en arrière et Mrs Wills faisait presque sauter les vitraux avec une Marche nuptiale tonnante et triomphale.» (p74)

   
   Oncle Matthew parlant à la mère de son futur gendre, d’origine allemande:
    «Ma chère Lady Kroesig, je n’ai lu qu’un seul livre de toute ma vie, et c’est Croc-Blanc. C’est tellement bien que je ne me suis jamais donné la peine d’en lire un autre.» (p101)
   
   Et (sachant qu’il a assommé un certain nombre d’Allemands avec sa pelle-pioche pendant la guerre):
    « … nous vîmes qu’on montait deux plateaux pour sir Leicester et Lady Kroesig.
   "Non, vraiment, ça dépasse la mesure, que diable! dit Oncle Matthew. Jamais je n’ai entendu parler d’un homme qui prend son petit déjeuner au lit!"
   Et il jeta un regard nostalgique à sa pelle-pioche.» (p103)

    ↓

critique par Lou




* * *



J'attends l'amouuuuur
Note :

   (Pour le titre, je sais, chers happy few, je sais, mais c'était trop tentant.)
   
   
    Grande-Bretagne, années 20. Fanny et Linda sont cousines, inséparables et pourtant totalement dissemblables. Fanny est la fille d'une femme volage qui l'a abandonnée toute petite à sa tante pour suivre ses multiples amants et maris sur le continent, alors que Linda est la fille de deux riches propriétaires terriens tout à fait stables. Les deux cousines grandissent pratiquement ensemble et dès l'âge de 15 ans, soupirent après le grand amour qui viendra illuminer leurs vies. Mais alors que Fanny, raisonnable, épouse un intellectuel qui lui correspond, Linda, follement romanesque, se fourvoie dans un mariage avec un riche banquier allemand.
   
   Voici un roman qui était dans ma PAL depuis près de 2 ans, chers happy few (ce qui n'est rien, j'en ai trouvé un qui prend la poussière depuis 8 ans, le pauvre, il n'en revenait pas de me voir enfin m'intéresser à lui), où il avait atterri suite à quelques billets plus ou moins élogieux qui lui avaient été consacrés et qui m'avaient donné envie de découvrir cette romancière britannique qui signe avec "La poursuite de l'amour" son roman le plus célèbre. Il faut faire fi de l'absurde quatrième de couverture qui parle à tort de Jane Austen et de Bridget Jones (mais c'est une (sale) manie que de toujours chercher des comparaisons vendeuses et la pauvre Jane est mise à toutes les sauces par ceux qui ne l'ont manifestement pas lue) et découvrir ce délicieux roman qui peint avec beaucoup de lucidité et de causticité les émois amoureux des jeunes filles mal éduquées, émois qui finissent toujours par se transformer en cruelles déceptions sentimentales sous les effets conjugués de la réalité et de la personnalité des hommes, ô combien éloignée de celles des princes charmants qui peuplent les fantasmes féminins.
   
   C'est toute l'histoire de Linda, qui nous est contée ici par sa sage et pénétrante cousine, qui se marie deux fois en croyant à chaque fois avoir décroché le Graal pour se rendre rapidement compte qu'elle était amoureuse d'un mirage. Anglaise jusqu'au bout des ongles, elle fait contre mauvaise fortune bon coeur avant de se décider à la rupture et de rencontrer, tout à fait par hasard, un homme qui lui convient.
   
    "La poursuite de l'amour", outre sa description d'une grande justesse psychologique du fonctionnement du coeur de certaines femmes insatisfaites, est un roman souvent drôle, qui met en scène avec beaucoup d'humour la gentry anglaise au travers d'une galerie de personnages truculents (notamment Oncle Matthew qui terrifie son entourage, organise des "chasses aux enfants" mais écoute de sirupeuses mélodies italiennes et aboie beaucoup plus qu'il ne mord, ou encore Davey, personnage original d'intellectuel hypocondriaque à l'intelligence très fine). On pourra juste regretter une fin un peu abrupte mais finalement prévisible, qui ne nuit en rien au plaisir de cette lecture revigorante.
   
   
   Titre original: The pursuit of love
    ↓

critique par Fashion




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♫♪Et le moment fatal où le vilain mari tue le prince charmant … b
Note :

    Présentation de l'éditeur :
   
   "[...] Dans "La poursuite de l'amour", Nancy Mitford a façonné ses personnages excentriques sur sa propre famille peu conventionnelle. L'oncle Matthew est le père, connu pour chasser ses enfants quand les renards se font rares; Tante Sadie est la mère, un peu vague mais aimante. Les sept enfants Radlett, avec leur cousine Fanny, ont leur propre mode de vie à Alconleigh, leur domaine du Gloucestershire. Dans La poursuite de l'amour, nous suivons les mésaventures de Linda Radlett, la jeune beauté de la famille."

   
   Commentaire :

   
   "The pursuit of love" est un roman délicieusement anglais se déroulant entre deux guerres. Tout au long de celui-ci, nous suivons Linda, jeune fille passionnée et romantique qui cherche l'amour alors qu'elle grandit auprès de sa famille peu conventionnelle. Disons-le tout de suite, j'ai en général beaucoup aimé, même si j'ai mis un moment à m'attacher à Linda.
   
   Cette jeune fille a donc grandi à la campagne, auprès d'un père colérique (mais qui s'émeut devant Roméo et Juliette... j'adore Uncle Matthew), d'une mère souvent dans le vague, et surtout sans routine et règles établies. Les filles Radlett sont dans leur bulle, peu instruites, peu élevées, en fait. Linda a appris à rêver sa vie, passe des heures dans un placard à bavarder avec ses frères et sœurs et n'est préparée en rien à la vie et au mariage quand elle y est lancée. Eh non, les hommes ne sont pas des princes charmants qui nous aiment, nous adorent et feraient tout pour notre bonheur sans penser au leur, quitte à changer pour nous plaire. Linda est amoureuse de l'amour, de l'idée de l'amour et du romantisme. L'histoire est racontée par Fanny, sa cousine très sage mais fille de parents aussi brillants et colorés qu'absents et volages, ce qui m'a un peu déstabilisée au début alors que je ne savais plus trop qui était vraiment l'héroïne de cette histoire. Fanny a un point de vue très sage, extérieur, mais totalement partial à sa cousine qu'elle adore. J'ai parfois eu l'impression de regarder de vieux films de famille, en noir et blanc.
   
   Il règne dans ce roman une irrésistible drôlerie, une ambiance tout à fait désuète, mais tellement "anglaise"! Mitford dépeint une certaine tranche de la société avec humour, par le biais de personnages hauts en couleurs et de réflexions lancées mine de rien. Je pense à Lord Merlin, avec ses oiseaux teints, qui apparaît comme sorti d'une boîte à surprise, pour sauver la mise ou à Davey, plus hypocondriaque que moi (croyez-moi, ce n'est pas peu dire) mais très intelligent et surtout adorable avec ses nièces. Chaque personnage apporte sa petite touche d'authenticité et on sent les souvenirs d'enfance qui surgissent de temps en temps. Un brin nostalgique, j'ai aimé le ton détaché mais un peu rêveur. J'ai aussi aimé voir Linda évoluer dans différents milieux très différents et son regard sur ceux-ci, complètement extérieur, comme si ça ne la concernait que plus ou moins. Elle se laisse porter par les événements, accepte les désillusions sans trop broncher, tout en restant résolument à la recherche de l'amour, du vrai. Si j'ai eu du mal à m'identifier au personnage (ok je n'y suis nullement arrivée) et que j'ai mis du temps à l'apprécier, j'ai reconnu en elle plusieurs personnes rencontrées à l'adolescence qui tombaient amoureuses de douces illusions plus souvent qu'à leur tour.
   
   Je reprocherais une fin très abrupte (j'ai été prise de court, je l'avoue) et quelques flottements à certains endroits mais c'est une auteure que je relirai certainement, charmée par son humour et sa façon de raconter cette période. J'aime ces livres qui nous font plonger dans une ambiance un peu passée...
   
   * "Une petite fille" de Claude Nougaro

critique par Karine




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