Lecture / Ecriture
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Le cabaret des oiseaux de André Bucher

André Bucher
  Déneiger le ciel
  Le cabaret des oiseaux
  Fée d'hiver
  La Vallée seule

Écrivain-paysan, André Bucher est né en 1946. Après avoir exercé mille métiers (bûcheron, docker, berger), il s’installe en 1975, dans la Drôme, où il vit toujours. Il est un des pionniers de l’agriculture bio en France.

Le cabaret des oiseaux - André Bucher

« On va inviter la lumière »
Note :

   Tristan «petit soleil en raccourci de l’histoire, enfant perdu, arrêté, bientôt âgé de dix-neuf ans, il paraît-devenu adulte. Longtemps les gens ont pensé, ma tête à couper, que j’étais un peu simple ou alors juste, un peu mal garé, oui, à la suite d’un choc traumatique.»
   
    Ce choc, c’est l’assassinat de sa mère par deux repris de justice, sous ses yeux de petit garçon de six ans. Tristan va se reconstruire peu à peu, grâce aux mots qu’il malaxe, (souvent avec humour, infusant ainsi un peu de légèreté à un univers qui pourrait devenir oppressant: "Mon père a refusé les cons et doléances") grâce à l’amitié de deux oiseaux et à celle de son «père-grand de rechange», Germain. Son père, lui, se réfugie dans l’alcool. Dans un sursaut de vie, cependant, cet homme ouvrira "Le cabaret des oiseaux" -qui donne son titre au livre- et ce sera comme un pied-de-nez au malheur qui semble s’acharner sur cette famille.
   
   En commençant ce roman, j’avais l’impression de lire un récit se déroulant au XIXème siècle, tant les faits se déroulent dans un univers hors du temps, loin du monde moderne. Là les saisons sont rudes (on retrouve la présence de la neige, même si elle joue un rôle nettement moins important que dans "Déneiger le ciel", du même auteur). Les saisons sont associées à la vie intime du narrateur: «L’hiver, si j’y repense, représente une partie de moi, de ma vie lente.»
   
    En effet, l’enfant, afin de tenir le monde à distance, pour mieux le comprendre, ou le supporter, éprouve ce besoin de se figer soudain. Il est «un acrobate, sans balancier» et il écrit «pour ne pas tomber. Pour rester vivant.» , toujours les mots lui serviront de viatique.
   
   Un style superbe au service d’un récit envoûtant. On entre avec un bonheur sans pareil et on se love dans l’univers si particulier et si puissant d ‘André Bucher.
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critique par Cathulu




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Tristan le pur
Note :

   André Bucher est poète, romancier et agriculteur biologique dans la vallée du Jabron en Haute-Provence. Il y a situé l'action de ce roman où Tristan Couturier, le narrateur, revient sur son histoire personnelle.
   
   Au début, Tristan a six ans et vit avec ses parents Alex et Blanche dans une ferme isolée où l'on cultive l'épeautre et élève des brebis. Tristan aime passer des heures dans un tilleul à causer au merle et à la corneille. C'est là que le premier drame se produit : sa mère est assassinée par des bandits évadés de la prison de Sisteron. Tristan a été témoin du drame qui comme on s'en doute le perturbe fortement, aussi doit-il consulter un psychiatre. Tristan n'a connu aucun de ses grands-pères et Germain un ancien “malgré nous”, autre éleveur de brebis qui habite au col du Négron l'estime comme son petit-fils. Quelques années plus tard, Alex se remarie avec la jeune Maryse et le couple s'installe dans une ferme-auberge sur la route du col de l'Homme-Mort. L'appeler "Le cabaret des oiseaux" est une idée de Tristan, toujours sensible à la nature et aux oiseaux qu'il a quasiment apprivoisés. Au fil des années, alors qu'Alex sombre à nouveau dans l'alcoolisme et s'isole des autres, Tristan devenu collégien se sent attiré par cette belle-mère délaissée, perchée sur ses talons, qui chante et joue du piano. Le second drame survient quand Tristan entreprend de défendre sa belle-mère — sa "mère seconde" — des visées de deux malfrats débarqués d'un pays de l'Est dont Maryse, alias Martha, s'était échappée.
   
   La vallée du Jabron et la montagne que franchissent au midi les cols de l'Homme-Mort et du Négron, forment tout un univers sauvage et beau — à deux pas de la Montagne de Lure et du Contadour chers à Giono. Mais l'auteur préfère étudier la psychologie de son jeune héros plutôt que le pittoresque du paysage. Tristan aime jouer avec les mots dès son entrée à l'école. L'instituteur court sur pattes devient un "petit mètre". Le jeune garçon qualifie Monsieur Jourdain, son psychiatre, de "docteur de la tête" et l'agent immobilier qui réalise la vente de la ferme devient un "pro-menteur". Les exemples sont nombreux. "Le Cabaret des oiseaux" se lit aussi comme un roman de formation avec pour fil rouge de l'éveil des sens et du désir. Tristan tombera amoureux de son institutrice, puis d'une élève de 3ème avant de se jeter dans les bras de Maryse qui attend qu'il ait dix-huit ans pour lui accorder ses faveurs. En même temps on comprend bien que Tristan cherche à défendre ces femmes — successivement du regard vicieux des élèves, d'une tentative de viol, et d'un rapt — lui qui n'a pas pu défendre sa mère et l'a vue tomber sous les balles d'un gangster.
   
   On apprécie dans ce roman l'écriture précise, claire et apparemment simple d'André Bucher qui cisèle la langue sans devoir accumuler les adjectifs. La poésie est présente avec allusion à Éluard et Max Jacob. Tristan lui-même s'y essaie. Même en prison.

critique par Mapero




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