Lecture / Ecriture
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Love, etc de Julian Barnes

Julian Barnes
  La table citron
  Love, etc
  Arthur & George
  Le perroquet de Flaubert
  Une fille, qui danse
  Rien à craindre
  Quand tout est déjà arrivé
  Le fracas du temps
  England England
  La seule histoire

Julian Barnes est un auteur anglais, né à Leicester le 19 janvier 1946, publiant également sous le pseudonyme de Dan Kavanagh.
Il vit à Londres et ses livres sont traduits en plus de trente langues. Il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l'ensemble de son œuvre. Toujours en 2011, son roman "Une fille, qui danse" a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.
(source éditeur)

Love, etc - Julian Barnes

La ligue de vertu a failli frapper
Note :

   Je sais que toi, ami lecteur, tu es un lecteur exigeant. Tu ne veux pas de la littérature médiocre, du manque d'originalité, du rabâché. Tu en as peut-être assez des histoires d'amour à trois, des tromperies, du meilleur ami qui pique la femme et tout le toutim.
   J'approuve, ami lecteur, mais parfois il ne faut pas se laisser rebuter par une quatrième de couverture un peu banale comme j'ai failli l'être par celle de "Love, etc." de Julian Barnes. En gros, cette fameuse quatrième de couverture m'explique qu'Olivier annonce à Stuart, son meilleur ami, qu'il a l'intention de lui prendre sa femme car il est amoureux d'elle. Il faut reconnaître que ce n'est pas très original, j'ai l'impression d'avoir lu cela des milliers de fois, donc, franchement, ce résumé ne me fait pas de l'oeil. Mais comme j'ai décidé de découvrir Julian Barnes, j'embarque, pas très convaincue, le triangle amoureux.
   
   Et j'ai bien fait. Oui, l'histoire n'est pas très originale, mais les personnages et l'écriture de "Love, etc" font tout le sel de ce roman. La narration est faite alternativement par les trois personnages principaux, Oliver, Stuart, Gillian et, de manière plus accessoire, par des personnages secondaires. Chacun, avec sa propre personnalité, ses mensonges, ses faiblesses, donne sa propre vision de l'histoire.
   
   Oliver, le dandy fauché, cuistre et méprisant, Stuart, le financier, balourd et pas très finaud et Gillian, la femme blessée et l'objet commun de leur amour, Julian Barnes les décrit avec ironie et lucidité empêchant ainsi le récit de tomber dans le prévisible ronron de ce genre de récit.
   
   Julian Barnes intercale des éléments du passé dans le récit de la rencontre de Stuart avec Gillian, de leur mariage, et de la lente tentative de séduction de Gillian par Oliver, retraçant ainsi les tenants et aboutissants des relations entre les différents personnages.
   Et cela change tout...
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critique par Cécile




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Le rôle de l'oreille
Note :

   C'est un roman écrit à trois voix que nous propose Julian Barnes sur un sujet qui peut être vu comme classique, mais avec un procédé narratif auquel je n'ai pas réussi à accrocher. A tour de rôle les protagonistes: Stuart, Gillian et Oliver viennent nous faire entendre leur point de vue, évoquent leurs sentiments, prennent à témoin le lecteur comme interlocuteur privilégié, sachant que nous avons eu les confidences des uns et des autres.
   Ayant eu l'expérience dans la vie réelle de prise à partie lors de disputes conjugales, je dois avouer que j'ai eu l'impression de revivre la même chose ici, d'où une impression assez négative.
   
   Mais n'est-ce pas la volonté première de l'auteur de nous faire jouer ce rôle d'oreille sans possibilité d'intervention, de conseils? Dans ce cas on peut dire que la réussite est totale.
   
   Soyons honnête, comme dans la vie réelle, j'ai pris parti pour un des personnages et j'ai détesté Oliver; j'ai trouvé ses blagounettes plus que tristounettes, et j'avais l'impression de voir un être humain manquant totalement de charisme malgré ce qu'en dit son ex meilleur ami, et quelques intervenants extérieurs.
   Bref une lecture en demi-teinte.
   
   Ce livre a été adapté au cinéma par Marion Vernoux avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg et Charles Berling. Je ne l'ai pas vu, mais si j'en crois ce que j'ai lu sur Internet, l'action se déroule en France, les prénoms ont été modifiés et le cadre de la première rencontre entre Stuart & Gillian est différent.
   
   Ce roman m’a donné envie de lire "Le perroquet de Flaubert" dont j'ai beaucoup entendu parler et, dont, comme d'habitude, je ne me souvenais pas de l'auteur
    ↓

critique par Delphine




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Les jeux de l'amour et du hasard
Note :

   Le triangle amoureux a donné lieu à bien des romans et des pièces de théâtre. Pourtant, comme Barnes ne fait jamais rien comme les autres, il réussit à faire de cet archétype un véritable petit bijou de férocité, aussi drôle que terriblement lucide et qui dit beaucoup sur la complexité des relations humaines. On s’y amuse beaucoup malgré les coups bas et les erreurs à répétition dans lesquels les personnages imaginés par l’auteur se débattent.
   
   Stuart, banquier sans envergure et trentenaire sans autre qualité que sa loyauté à toute épreuve, son souci des autres, sa ponctualité et son côté a priori fondamentalement prévisible et tranquille a décidé de mettre fin à sa vie de célibataire un peu terne. Par le biais d’une petite annonce et d’un club de rencontres, il fait la connaissance de Gillian, désormais restauratrice de tableaux, qui elle aussi cherche à se caser. Stuart la trouve attirante et à son goût ; elle le trouve rassurant et charmant par ses attentions. Ils vont donc décider de se marier, histoire de se ranger, se convainquant d’un amour réciproque inaltérable et réel. Oliver, l’ami d’enfance de Stuart, est le compère de toujours de ce dernier. C’est un être instable, brillant mais possédant un talent certain pour se fourrer dans des situations embarrassantes et inextricables. Un peu surpris de ce mariage, il va devenir le chien dans un jeu de quilles lorsque, subitement, le jour des noces il va tomber éperdument amoureux de Gillian. Commencera alors un jeu de séduction, dans le dos de Stuart, n’ayant d’autre but que de pousser Gillian à divorcer pour l’épouser lui.
   
   Sur ce thème classique, Barnes prend le parti de nous donner lecture de ce qui se passe par une succession de courtes notes, un peu à la manière d’un journal intime ou d’un carnet d’observations, où chacun des protagonistes, complétés ponctuellement de personnages tiers secondaires qui font part de leurs propos de façon en général aussi décalée qu’hilarante, va livrer son point de vue, ses interrogations ou ses stratagèmes en vue d’arriver à ses fins. Car, bien entendu, tous finiront par devenir des arroseurs arrosés d’un jeu pervers où tout le monde est perdant. La vie n’est jamais simple n’est-ce-pas…
   
   Du coup, les drames parallèles qui se déroulent sous nos yeux prennent un caractère éminemment sympathiques et drolatiques du fait de la confrontation brutale des a priori, des tactiques des uns et de la perception de ce qui se passe ou se trame par les autres, tout le monde finissant par manipuler tout le monde. L’amour mène le monde y compris jusqu’à sa perte semble nous dire, en nous dévoilant le dessous des cartes truquées, un Barnes au meilleur de sa forme.

critique par Cetalir




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