Lecture / Ecriture
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Serpentine de Mélanie Fazi

Mélanie Fazi
  Serpentine

Serpentine - Mélanie Fazi

Rêves de cendres
Note :

   Je dois vous avouer d'emblée, chers happy few, qu'entre Mélanie et moi, c'est une véritable rencontre littéraire qui a eu lieu, un coup de foudre, pas moins. J'ai littéralement été happée par l'imaginaire très particulier de ces 10 nouvelles, un imaginaire sombre et un peu terrifiant, qui sert de base à la création de mondes tous différents et particulièrement fascinants.
   
   Je trouve que Mélanie Fazi a un talent certain pour se réapproprier de manière très personnelle des éléments de la mythologie ou du folklore. "Mémoires des herbes aromatiques" qui conte la vengeance de Circé sur Ulysse dans notre monde contemporain est tout bonnement géniale, "Elégie", qui a pour fondement la toute-puissance de la nature sur l'humanité est terriblement émouvante, "Le faiseur de pluie" explore certaines superstitions (les maisons ont-elles une âme ?) de manière très poétique et "Ghost Town Blues", variation sur la ville fantôme chère à la tradition du western, a un pouvoir évocateur assez terrifiant. Elle puise aussi son inspiration dans ce que le monde contemporain a de plus inquiétant, dans les lieux à la marge où l'étrangeté peut surgir à tout instant: les salons de tatouages, qui servent de décor à "Serpentine", nouvelle qui donne son titre au recueil et qui l'ouvre, plongeant d'emblée le lecteur dans une atmosphère oppressante et fantastique, où les encres ont le pouvoir, en se dissolvant sur les peaux, de modifier la vie de ceux qui ont choisi de se faire tatouer, le métro, dans "Petit théâtre de rame", qui voit agir plusieurs personnages qui ont pour point commun de croiser un fantôme et ses rats, ou les aires d'autoroute, qui personnellement me fascinent, et qui sont le théâtre de "Nous reprendre à la route" (très beau titre), une histoire de passage et de lâcher prise.
   
   D'autres nouvelles s'inspirent des icônes de nos sociétés contemporaines ("Matilda", une réflexion sur le star system et la fascination exercée par une rock star, très réussie) ou sont magistralement bâties autour des psychoses de ses personnages (le héros du "Passeur" est un serial killer, celle de "Rêves de cendre" une suicidaire pyromane).
   
   Le style de Mélanie Fazi est à la hauteur des histoires qu'elle raconte: parfois poétique, charnel, extrêmement tenu, adapté à chaque narrateur et maîtrisé de bout en bout. Vous l'aurez compris, chers happy few, je suis littéralement conquise. Je pense qu'entre Mélanie et moi c'est une histoire d'amour qui commence, comme avec Neil, Jasper et Janet. Seriously.
   
   
   PS : j'aime beaucoup la couverture, qui contribue à instaurer, avant même l'ouverture du recueil, un climat d'étrangeté (la photo vieillie sur le médaillon est faussée) et de trouble (le nom de l'auteur semble s'estomper dans le brouillard). Comme chez Bragelonne les couvertures vont du meilleur (celles de la série de "Locke Lamora" sont de véritables tableaux) au pire (celle de "Morsure est vraiment gnangnan moche), je trouve bon de le souligner.
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critique par Fashion




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A petites touches...
Note :

    Présentation de l'éditeur
   
   "Une boutique de tatouage où l'on emploie des encres un peu spéciales. Une aire d'autoroute qui devient un refuge à la nuit tombée. Une ligne de métro où l'on fait d'étranges rencontres. Un restaurant grec dont la patronne se nomme Circé. Une maison italienne où deux enfants croisent un esprit familier...
   Tels sont les décors du quotidien où prennent racine ces dix histoires. Dix étapes, et autant de façades rassurantes au premier abord... mais qui s'ouvrent bientôt sur des zones troubles. Car les lieux les plus familiers dissimulent souvent des failles, écho de ces fêlures que l'on porte en soi.
   Il suffit de si peu, parfois, pour que tout bascule..."

   
   
   Commentaire
   
   Je dois l'avouer d'emblée, je ne suis pas très "nouvelles". J'ai besoin de temps pour me glisser dans un univers et pour vivre dans une histoire et ce format ne me convient pas souvent. Et pourtant...
   
   Oui, il y a des petits cœurs en haut... c'est que j'ai été vraiment mais alors vraiment conquise! Par la plume tout d'abord mais également par l'univers de l'auteure, qui m'a totalement happée. Dès les premières lignes, le portrait est dressé et voilà, j'étais complètement embarquée. Il y a un vent de folie, d'aliénation, dans ces nouvelles et ces thèmes m'attirent toujours tout particulièrement.
   
   Nous ne sommes pas ici dans un monde complètement fantasmagorique. Les théâtres choisis sont plutôt des décors quotidiens, presque banals. Une aire de repos d'autoroute. Le métro parisien. Un salon de tatouage. Une maison de vacances. Tout semble presque normal et soudain, petit à petit, les contours s'estompent et tout bascule dans la psychose ou tout simplement ailleurs. Les vérités se révèlent petit à petit, l'horreur, la noirceur ou encore la dimension fantastique s'impose à nous graduellement, par bribes, jusqu'à son déploiement final, qui jamais ne se limite à une pirouette à la dernière page. La construction des nouvelles m'est à cet effet apparue particulièrement réussie et son imaginaire "proche" des réalités de chacun m'a réellement interpellée, rendant la frontière entre le réel et le moins réel assez floue.
   
   Chaque nouvelle a un narrateur différent, une voix qui lui est propre, une façon de raconter au style distinct, même si on retrouve partout la même qualité d'écriture. Bien entendu, certaines nouvelles m'ont davantage rejointe que d'autres mais la fascination de Bérénice pour les flammes dans "Rêves de cendres" m'a emportée dans un tourbillon, la frénésie suscitée par une Rock star de Matilda m'a fait frissonner, j'ai carrément vécu dans le métro avec "Le petit théâtre de rames" et j'ai vécu la quête de l'esprit de la maison avec "Ingrid et Noël". Après avoir lu "Ghost Town Blues", j'avais presque le goût de secouer la poussière qui collait à mes vêtements et j'ai eu envie de réviser mes classiques après avoir entrevu "Circé et Ulysse". Et je crois que je ne verrai plus jamais les haltes routières de la même façon. Bien entendu, on voit venir, tout est dévoilé par touches... mais c'est ce qui m'a plu. Les petits doutes répétitifs, leur confirmation à mesure de la lecture, jusqu'au final.

critique par Karine




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