Lecture / Ecriture
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Le Montespan de Jean Teulé

Jean Teulé
  Le magasin des suicides
  Darling
  Je, François Villon
  Le Montespan
  Mangez-le si vous voulez
  Charly 9
  Fleur de tonnerre
  T comme: Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps
  Entrez dans la danse
  Comme une respiration

Jean Teulé est un romancier français né en 1953, en Normandie. Il fut d'abord dessinateur de bandes dessinées, avant de travailler à la télévision pendant plusieurs années, puis se consacrer à l'écriture de romans.

Le Montespan - Jean Teulé

Le cocu magnifique
Note :

   Le cocu magnifique En 1663, Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan, fait la connaissance de manière fortuite et dans des circonstances assez rocambolesques de Françoise de Mortemart, une sublime jeune femme. Le marquis la demande en mariage, ils s'unissent une semaine plus tard. Dans un premier temps, le couple mène une vie joyeuse, faite de jeu, d'amour et d'eau fraîche. Mais les dettes s'accumulent, leurs familles respectives, peu fortunées, ne peuvent pas subvenir à leurs besoins. Montespan décide d'armer un régiment et de se faire remarquer sur les champs de bataille. Après de nombreux échecs, sa femme prend les choses en main: elle se fait admettre à la cour avec les conséquences que tout le monde connaît...
   
   Gascon haut en couleurs, le Montespan est une figure étonnamment et résolument moderne: amoureux de sa femme à une époque où les mariages n'étaient que d'intérêts, naïf au point de croire que le Roi applique à lui-même des principes de droiture et de justice et provocateur jusqu'à l'outrage (il brisa son épée devant le Roi et tourna les talons sans saluer, ce qui lui valut une peine d'emprisonnement, sentence fort clémente parce que sa femme avait l'insigne honneur d'être la maîtresse de Louis XIV). Le roman de Jean Teulé reprend donc l'Histoire à sa sauce avec un style enlevé à l'image de la gouaille de Louis-Henri. Il ne faut rien attendre de neuf du côté des emprunts historiques (on y retrouve les algarades avec le Roi, l'histoire du carrosse peint en noir, les tentatives d'assassinat, l'entêtement du marquis, l'ascension fulgurante de Françoise rebaptisée Athénaïs, la disgrâce, l'affaire des poisons, la naissance du règne de la Maintenon) et quelques anecdotes sentent le Teulé à plein nez: je trouve que cet homme a vraiment un goût prononcé pour le scatologique, et comme l'époque s'y prête, il s'en donne à coeur joie. On y parle beaucoup de défécations (au bout d'un moment, c'est quand même lassant) et les galipettes à heure fixe ou la théorie sur la taille du sexe du Roi font franchement sourire. C'est un roman divertissant et sympathique qui assure au lecteur un bon moment de lecture, chers happy few, mais à mon avis éminemment oubliable.
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critique par Fashion




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Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, tout simplement
Note :

   Après une biographie de François Villon qui nous avait plongés dans un Moyen-Âge sordide et cruel, Jean Teulé revient cette fois-ci avec un roman de facture plus légère en nous relatant les déboires de l'un des cocus les plus célèbres de l'Histoire de France en la personne de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, plus connu sous le nom de marquis de Montespan.
   
   Le 28 janvier 1663, Louis-Henri de Pardaillan épouse à Paris Françoise de Rochechouart de Mortemart pour ce qu'il pense être le meilleur. Qui pourrait penser en effet que ce mariage sera cause de maints tourments à venir? Son épouse est l'une des plus belles femmes du royaume, dotée qui plus est d'un esprit vif et prompt à la répartie et aux bons mots. Les deux époux semblent s'accorder à merveille et, fait rare à cette époque, un sentiment réciproque les a unis.
   Seule ombre au tableau, les Montespan ne sont pas bien vus à la Cour du Roi Louis XIV, un oncle du marquis s'étant autrefois montré rebelle à la cause des Bourbons. Le couple Montespan se trouve donc fort désargenté, le marquis ne pouvant tirer aucun subside d'une charge allouée par le monarque.
   Croulant sous les dettes, Montespan décide de partir à la guerre afin de s'enrichir quelque peu et de redorer son blason auprès du roi. Mais ses expéditions en Lorraine et en Algérie s'avéreront moins que fructueuses et le coût de l'entretien de ses troupes lui vaudra de contracter de nouvelles créances. Afin qu'elle puisse se distraire pendant ses absences, Montespan propose à son épouse de se rendre à la Cour où, espère t-il, elle pourra faire de nombreuses connaissances et ainsi tromper son ennui. Très rapidement, la belle marquise est remarquée à la Cour et la danse des courtisans qui gravitent autour du Roi-Soleil dans son nouveau palais de Versailles ajoutent à son étourdissement.
   La voilà promue dame d'honneur de la reine et le monarque, délaissant sa favorite, Mme de La Vallière, semble de plus en plus attiré par cette créature aussi belle que spirituelle qui dorénavant se fait appeler "Athénaïs" de Montespan.
   L'ayant pourtant encouragée à se produire à la Cour, c'est avec consternation que, de retour d'une campagne militaire en Catalogne, le marquis de Montespan apprend que son épouse à supplanté Mme de La Vallière dans le cœur du roi. De plus, il retrouve son épouse enceinte alors qu'il est parti depuis onze mois. Il n'y a plus de doute, Athénaïs partage la couche royale.
   Alors que d'autres s'accommoderaient sans scrupules de cette situation, Louis-Henri de Montespan voit d'un très mauvais œil la promotion de sa femme ainsi que son nouveau statut de cocu le plus célèbre du royaume de France. Aussi, lorsqu'il ose exprimer sa colère et son dépit d'être cocufié par le roi de France, personne autour de lui ne comprend la raison de sa désapprobation: être le mari de la favorite, lui dit-on, lui assurera honneurs et fortune et il serait stupide, aux yeux de ces courtisans, de cracher dans la soupe qui lui est offerte. Mais Monsieur de Montespan ne l'entend pas de cette oreille et ne souhaite qu'une chose: récupérer sa femme.
   
   Bien que prenant de nombreuses libertés avec l'histoire officielle, Jean Teulé nous offre avec «Le Montespan» un récit jubilatoire et décapant, une comédie douce-amère riche en rebondissements et en scènes truculentes et scabreuses. On ne s'ennuie pas un seul instant à lire l'étonnante histoire de cet homme que l'auteur a su nous rendre si attachant dans son désespoir, sa détermination et son insoumission. On rit, on s'attendrit, on a parfois le cœur au bord des lèvres à la lecture de certaines scènes peu ragoûtantes, mais c'est toujours avec un grand plaisir que l'on suit pas à pas le destin de Louis-Henri de Montespan, cet homme injustement oublié par l'Histoire au profit de sa femme.
   
   En mettant en scène ce personnage, Jean Teulé rend indirectement hommage à tous les cocus de la Création et nous apprend que, dans ce type de situation, les personnages les plus ridicules et les plus pathétiques ne sont pas forcément ceux que l'on pourrait imaginer.
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critique par Le Bibliomane




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Pitoyable et affectueux
Note :

   Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan, est un homme amoureux. La vie conjugale avec son épouse se déroule pour le mieux, et deux enfants naissent de leur union. Mais l’avenir du couple s’assombrit: d’abord des problèmes financiers, puis surtout l’intérêt que Louis XIV porte à la marquise de Montespan, qu’il introduit à la Cour. Débute alors pour le marquis une période de cauchemar: ne voulant pas laisser sa femme entre les mains du Roi qui l’utilise pour son bon plaisir, il fait tout pour tenter de la récupérer. Jusqu’à se faire exiler dans son château des Pyrénées, qu’il n’a pas le droit de quitter…
   
   Jean Teulé quitte le monde des poètes, mais conserve l’aspect historique qui est une des forces de ses romans. Voici donc le lecteur plongé dans la seconde moitié du XVIIe Siècle, période de construction du Château de Versailles, mais aussi période où la courtisanerie atteint des sommets. Cette description de la courtisanerie ne se fait néanmoins qu’en creux, puisque le personnage principal du roman, que nous suivrons au fil des pages, est le Marquis qui donne son titre à l’ouvrage.
   
   Le trait de caractère le plus frappant chez Louis-Henri est son amour pour sa femme. Lorsqu’ils vivent ensemble, ils profitent de chaque instant pour s’offrir un instant de plaisir. Ce qui donne lieu à des descriptions très imagées telles que Jean Teulé les affectionne. Par amour, et pour refuser la misère, il va tenter de gagner de l’argent lors de campagnes militaires, mais ses deux tentatives seront de lamentables échecs, qui le voient revenir plus pauvre qu’il n’était.
   
   C’est également un homme qui décide de braver la toute-puissance du roi. Son statut de mari trompé lui donne l’occasion de l’afficher au vu et au su de tous, puisqu’il décore son carrosse et ses armoiries de cornes. Il brave également le roi en s’introduisant chez la nourrice qui garde les enfants nés de l’union entre celui-ci et la Montespan. Ce qui lui vaut quelques jours de cachot, puis cet exil dans les Pyrénées, où il s’éloigne de la Cour mais continue à penser à sa femme.
   
   Sous couvert d’une aventure romanesque, Jean Teulé en profite pour faire entrer son lecteur dans la saleté de l’époque. Alors que l’image souvent véhiculée est celle des arts et du faste, il présente ici un monde sale, avec des prostituées malades, des cachots horribles et surtout une Cour où l’hygiène est loin d’être la première préoccupation. D’où un dégoût qui peut apparaître lorsque Teulé décrit certaines pratiques sexuelles du Roi, bien plus enclin à couvrir sa maîtresse de bijoux que de prendre soin de son corps. Et que dire des courtisanes qui laissent derrière elle la trace de leurs déjections, puisqu'il est tellement simple de faire sous sa robe !
   
   Ce roman est également l’occasion de plonger dans le monde des aristocrates pauvres, comme l’est le marquis de Montespan. On assiste ainsi à la ruine de son château, qu’il est incapable de rénover. Et il dépeint également les mœurs de la Cour, avec ses faveurs, ses rejets, ses codes. Le tout avec l’humour qui caractérise l’écriture de Jean Teulé, et sa manière très enlevée de raconter des épisodes parfois peu glorieux.
   
   J’ai donc passé un bon moment avec ce marquis de Montespan, pitoyable et affectueux, qui refuse de céder au chantage mais qui perd tout ce qu’il possède, même sa femme et son fils, qui devient un courtisan dès son plus jeune age (il obtiendra d’ailleurs par la suite une chaussée à son nom, la Chaussée d’Antin). Mais j’ai tout de même une nette préférence pour "Je, François Villon", liée notamment au personnage hors norme du poète et à l’époque médiévale plus mystérieuse que cette seconde partie du XVIIe Siècle.

critique par Yohan




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