Lecture / Ecriture
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L'énigme du persan gris de Stuart Palmer

Stuart Palmer
  L'énigme du persan gris

L'énigme du persan gris - Stuart Palmer

Comment (et pourquoi) j'ai essayé de m'assommer moi-même
Note :

    A chaque situation de crise sa solution! La preuve:
   
   Prenons la situation de base: il est 4h du matin. Un cocktail explosif d'angoisses + peur de l'échec + interrogations sur l'avenir (bah quoi, cela arrive à tout le monde, non?) m'empêche de dormir. Ajoutons à cela que la personne assez bonne (pomme) pour m'écouter ressasser en long et en large mes passionnantes terreurs nocturnes se trouve en Creuse dans un coin tellement paumé que même le réseau de mon opérateur refuse de s'y rendre et, de plus, je soupçonne fortement qu'un appel sur le téléphone fixe à cette heure indue risque de légèrement déplaire à ses co-habitants.
   
   J'ai fait le tour de tous les DVD que je voulais voir, j'ai visité un si grand nombre de blogs que la simple vue d'un écran d'ordinateur me donne des poussées d'urticaire, je me suis tellement tartinée d'endormeur que ma peau est hydratée pour les 15 prochains jours.
   
   Je pourrais travailler... J'ouvre mon Encyclopédie des sciences, l'arme fatale, le salut de l'insomniaque, l'obscurité dans ma chambre éclairée. Le problème, c'est que moi j'ai toujours aimé les dictionnaires, encyclopédies et autres bottins du savoir. Bref, j'apprends que le calcium est un métal (26 ans à croire que c'était un machin formé de trucs mais certainement pas du métal), je révise mes connaissances sur ARN, j'essaie pour la millième fois de comprendre quelque chose aux fondements de la physique quantique, je lis la définition du velamen (tissu formé de nombreuses couches de cellules mortes, ayant les parois épaissies en spirale et perforées...), de la vélelle (cnidaire (c'est quoi un cnidaire ?) colonial de l'ordre des siphonophores) ou de la vélligère (forme larvaire planctonique caractéristique de la plus grande partie des mollusques marins (cela à l'air crado comme truc)).
   
   Bon, il est 5h20, je n'ai toujours pas envie de dormir mais j'ai la tête farcie.
   
   Et si j'essayais de m'assommer avec mon Encyclopédie des sciences ? Il est épais ce bouquin, cela pourrait marcher... Il faudrait que je me le lance dessus d'assez haut. Je ne suis pas sûre que la hauteur de mes bras sera suffisante... Ouh la, je commence à sérieusement divaguer, c'est plus grave que ce que je ne pensais...
   
   Je vais faire un tour dans ma bibliothèque. Non, ce n'est pas le moment de commencer à lire le dernier volume de Proust, ni de relire "Ada ou l'ardeur". En ce moment, j'évite avec le grand soin les librairies pour ne pas me laisser tenter, je n'ai pas le temps. Conclusion, rien à lire de nouveau. Je fouille les romans déjà lus... Rien de tentant. Je décide donc de faire un tour du côté des romans policiers. Bien, il me faut un livre:
   - lu il y a suffisamment longtemps pour que ma médiocre et surchargée mémoire ait oublié la fin
   - dont l'intrigue n'est pas trop palpitante, il ne faudrait pas aggraver mon cas
   - qui ne soit pas trop effrayant, parce que je suis très très peureuse, surtout la nuit.
   
   Et là, miracle, bonheur, joie dans mon âme, sourire sur mes lèvres, soulagement de mon être conscient qui ne peut plus supporter l'infâme et stupide créature que je suis en train de devenir à cause du manque de sommeil, je trouve LE livre. Je me jette aux pieds de mon sauveur, je l'élève dans les cieux et je m'apprête à crier ma joie quand je me rappelle que mes voisins, eux, n'ont pas les mêmes problèmes de sommeil que moi.
   
   "L'énigme du persan gris" de Stuart Palmer est ma bouée de sauvetage. Je pense l'avoir déjà lu, mais je n'en garde aucun souvenir, l'héroïne est une institutrice et détective américaine des années 40 qui ressemble beaucoup aux vieilles anglaises d'Agatha Christie et consoeurs, c'est plutôt bien écrit, saupoudré de cette petite pointe d'ironie que j'aime tant, les personnages du roman sont enfermés sur un bateau et passent le temps en avalant des cocktails, à flirter et à diffuser les pires ragots sur leurs compagnons de voyage. Les jeunes filles sont charmantes, bien poudrées, bien habillées et se font embrasser par des hommes mariés dans les canots de sauvetage avant de disparaître en pleine mer...
   
   Je me suis endormie à la page 49, l'esprit en paix (les effets bénéfiques d'un peu de sang répandu sur le pont d'un bateau n'ont jamais été assez soulignés) donc je ne peux pas vous en raconter plus. J'ai hâte de le retrouver ce soir... en espérant qu'il pourra m'endormir avant que le soleil se lève...

critique par Cécile




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