Lecture / Ecriture
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Gone, baby gone de Dennis Lehane

Dennis Lehane
  Shutter Island
  Mystic river
  Gone, baby gone
  Prières pour la pluie
  Un dernier verre avant la guerre
  Un pays à l'aube
  Ténèbres, prenez-moi la main
  Ce monde disparu
  Après la chute

Dennis Lehane est un écrivain américain d'origine irlandaise, né en 1965.

Gone, baby gone - Dennis Lehane

Patrick Kenzie & Angela Gennaro, Acte 4
Note :

   Voici donc les deux derniers épisodes parus, à ce jour, de nos deux détectives de chocs établis à Boston, avec une adaptation cinématographique pour "Gone, baby, gone"
   
   Présentation de l'éditeur:
    «Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont chargés de retrouver une petite fille de quatre ans, Amanda McCready, disparue mystérieusement par une belle soirée d'automne. Leur rencontre avec la mère d'Amanda est pour le moins troublante: cette jeune femme de vingt-huit ans, célibataire, paraît peu concernée par ce qui est arrivé à sa fille, qu'elle avait laissée seule le soir du drame pour aller dans un bar. Sa vie ne tourne qu'autour de l'alcool, de la drogue et de la télévision. C'est d'ailleurs la drogue qui fournit à Patrick et Angie leur première piste. (…). Mais alors qu'ils croient l'affaire terminée, ils apprendront de manière fortuite une terrible vérité qui va tout remettre en question. Et les confronter à un dilemne moral*.»
   
   
   Après réflexion, je pense qu'avoir vu le film m'a empêchée d'être totalement dans ce roman, excellent par ailleurs en raison d'une construction fort originale. Vous connaissez beaucoup d'auteur de polar capable de vous "résoudre" une affaire, de la laisser en suspens, de boucler parallèlement une histoire qui lui était liée indirectement et, par un jeu de rebondissement - un peu d'alcool qui vous fait oublier de taire un fait -, dans les dernières pages, l'histoire est bouclée tout en vous confrontant à la réalité, et à ce que vous auriez fait à la place de nos 2 héros?
   
   * C'est la chute très bien reprise dans le film, tout en étant de manière un peu différente par rapport au livre !
   
   Alors, oui c'est un très bon Lehane, où l'on retrouve les faits bruts de notre civilisation, la misère humaine et la condition enfantine face à l'absence de certains parents. Et lorsque je me remémore certains faits d'actualité, je me dis qu'une telle situation est là, tout près de nous et pas seulement dans des milieux sociaux défavorisés ou des faits imaginaires.
   
   L'extrême sensibilité de Dennis Lehane est poussée à son paroxysme dans les passages qu'il nous rend avec une vérité parfois brutale, abjecte pour notre imaginaire, mais sur lequel il ne cherche pas à s'attarder pour nous écoeurer. Une nouvelle fois, il donne les éléments violemment, sans chercher à enjoliver la réalité mais afin que nous ayons les éléments en mains.
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critique par Delphine




* * *



Noirceur nuancée
Note :

   Je voulais un polar, une histoire simple qu’on lirait en ayant une envie pressante de découvrir la suite. Ce fut le cas. Mais pas seulement. J’ai eu une réflexion, tout le contraire de simpliste, sur le bien et le mal. Alors, certes, ceux qui n’aiment pas lire du noir foncé devront s’abstenir. Parce que c’est bien foncé tout de même! Mais ceux qui aiment les peintures réalistes, même par moment horriblement réalistes peuvent y aller. Ils trouveront la matière d’un suspense, une réflexion sur la justice, une interrogation sans concession autour des cas qu’on nomme «sociaux», et une affaire de disparition aux rebondissements tout sauf prévisibles (peut-être suis-je bon public? Mais en fait, non…).
   
   Amanda McCready a disparu. Sa mère Helene, en rien «exemplaire», l’a laissée seule pour aller voir la télé (sa principale occupation) chez son amie Dottie. Revenue quelques heures plus tard, sa fille de 4 ans n’était plus là. Soixante-dix heures se sont écoulées et toujours aucune piste. Le frère et la belle sœur de la mère indigne viennent trouver les deux détectives privés, héros récurrents de l’auteur (c’est le quatrième opus d’une série), Angela Gennaro et Patrick Kenzie. Ce dernier est le narrateur tout en humour et en décalage désabusé de cette histoire à tiroirs. Après une hésitation légitime, nos deux enquêteurs se lancent.
   
   En guise d’apéritif, prenons d’abord en pleine figure la désinvolture adolescente avec laquelle la mère reçoit cette disparition, puis les pistes sont ouvertes. Et là, il faut s’arrêter de raconter… On rencontre alors de nombreux personnages des truands notoires comme Cheddar Olamon, des kidnappeurs d’enfants, des policiers aux méthodes limites Poole et Broussard…
   
   Quelques exemples du style tout en ironie mordante du narrateur enquêteur.
   
   «  D’abord Maous Dave Strand. Maintenant P’tit David Martin. Il était grand temps, me semblait-il, de ne plus appeler nos enfants David » P 110
   
   « Il arrive parfois, quand on prend des truands en filature pendant un certain temps, que l’on devienne un peu jaloux de leur style de vie. » P 160
   
   « Boston : On est une petite ville, il y fait froid, et on tuerait pour une place de stationnement. Mais venez donc! Amenez la famille!» P 160

   
   Tout le bonheur de lecture réside dans l’intelligence du propos. Tout est noir mais nuancé. Il n’y a pas les bons parce que nés bons et les méchants parce que nés méchants. Et pourtant, il y a des méchants, des horreurs humaines. Ils sont en haut de la graduation. Mais pour les autres, tout est en nuance. L’humanité des personnages est palpable. Leurs doutes nous font douter. Leurs inquiétudes nous inquiètent. C’est un livre sans concession emplis de souffrances rien moins qu’humaines. J’avais aimé le premier opus de cette série «un dernier verre avant la guerre», j’avais apprécié la fresque d’ «un pays à l’aube», j’avais admiré le chef d’œuvre qu’est «Shutter Island». C’est donc confirmé, Lehane est à mes yeux un grand raconteur humaniste. Il a des choses à dire et il le fait admirablement bien.

critique par OB1




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