Lecture / Ecriture
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L'hôtel hanté de W. Wilkie Collins

W. Wilkie Collins
  Une belle canaille
  La dame en blanc
  La Pierre de lune
  Basil
  L'hôtel hanté
  Secret absolu
  Le secret
  Profondeurs glacées
  Sans Nom
  Voie sans issue
  Cache-Cache
  Iolani, ou les maléfices de Tahiti
  En quête du rien
  La robe noire
  Monkton le Fou
  Je dis non!
  Pauvre Miss Finch
  Seule contre la Loi

Wilkie Collins (1824-1889) était le beau-frère de Charles Dickens. Il est considéré comme le premier auteur de detective novel (roman policier).
On trouve une des nouvelles de W. Collins dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

L'hôtel hanté - W. Wilkie Collins

Note d'été
Note :

   Etant récemment passée d’une humeur ombrageuse à un bel optimisme, je vais dévoiler le secret de cette légère embellie de caractère: "L'hôtel hanté" de Wilkie Collins qui, décidément, possède une plume taillée pour le mystère.
   
   "L'hôtel hanté" est l'histoire de deux femmes. La première, l'énigmatique et fascinante comtesse Narona, a subtilisé le fiancé de la seconde, la douce et angélique Agnès Lockwood. Le mariage de la comtesse Narona et de Lord Montbarry est réprouvé par toute la famille de celui-ci qui colporte les pires rumeurs sur la nouvelle épouse : intrigues, mensonges, trahisons et rapports incestueux avec son frère, un aventurier séducteur féru de chimie. Lors de sa première rencontre avec Agnès, la comtesse Narona reconnaît en elle l'ange venu demander justice pour les erreurs et les crimes qu'elle a commis. A la fois attirée et effrayée par le destin qu'elle pressent, la comtesse Narona se lance dans le mariage sachant que sa fin est proche et qu'Agnès doit y jouer un rôle majeur.
   
   Le jeune couple part s'installer à Venise mais Lord Montbarry meurt rapidement dans des circonstances qui paraissent étranges à son entourage.
   
   Quelques mois plus tard, par des circonstances détournées, toute la famille du défunt et la parfaite Agnès se retrouvent dans l'ancien palais dans lequel est décédé Lord Mountbarry et qui a été transformé en hôtel. Malgré le charme de Venise, les différents membres de la famille ne trouvent pas le repos dans cet hôtel, troublés pendant leur sommeil par des phénomènes étranges.
   
   "L'Hôtel hanté" est dépaysant, assez intrigant, il se dévore d'une traite. Pour un ancêtre du roman policier, l'ancêtre tient encore toutes ses mystérieuses et aventureuses promesses. Et puis qui peut refuser deux heures de brumes londoniennes ou vénitiennes en ces temps caniculaires?
    ↓

critique par Cécile




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Visiblement hanté
Note :

   Il y a peu notre ami Wilkie fêtait ses 188 ans... c'était donc l'occasion de lui consacrer un nouveau billet. J'hésitais à sortir de ma PAL ses romans les plus longs mais j'ai réalisé que je n'avais jamais parlé de "L'Hôtel hanté", lu et adoré il y a environ deux ans. J'étais incapable de m'en souvenir avec précision, je l'ai donc relu car Wilkie au mois de janvier, vodka rhum toute l'année (oui ça n'a aucun sens, mais Wilkie était assez festif donc je me suis dit que ça lui irait bien).
   
   De quoi s'agit-il? D'une comtesse étrange, aux cheveux sombres, au visage pâle et fascinant, mélange de beauté et de laideur. De son frère, le baron, qui l'accompagne à travers toute l'Europe, semant sur leur passage le scandale et la disgrâce. De Lord Montbarry, ramolli du bulbe qui abandonne Agnès, exemple même de l'Anglaise idéale, bonne, douce et patiente, même dans le scandale.
   
   Fiancé à Agnès, Lord Montbarry s'éprend de la comtesse Narona et demande celle-ci en mariage. Alors que la famille du lord s'y oppose et que les cancans vont bon train, le couple marié à la sauvette se rend sur le continent et finit par s'installer dans un vieux palais délabré de Venise. Rejoint par le baron, frère de Lady Montbarry, le couple n'a pour entourage qu'une servante qui donne rapidement sa démission ainsi qu'un messager, Ferraris. La première partie se déroule cependant en Angleterre, essentiellement à travers les échanges entre Agnès, Henry – frère de Montbarry et amoureux de la jeune femme, ainsi que Mrs Ferraris. Celle-ci, ne recevant plus de nouvelles de son époux, s'inquiète de son sort, jusqu'au jour où elle reçoit 1000 livres et un billet bien court: “pour vous consoler de la perte de votre mari”. Pour elle, les choses sont claires: son mari a été assassiné. Mais un autre événement survient: Lord Montbarry meurt des suites d'une bronchite, faisant bénéficier son épouse d'une assurance vie montant à 10 000 livres, contractée à la demande du baron. Le roman suivra les pas de Henry et d’Agnès qui, petit à petit, seront amenés à se rendre à Venise et à découvrir ce qui est réellement arrivé dans le palais désormais transformé en hôtel et visiblement hanté.
   
   Comme lors de ma première lecture, je me suis régalée avec ce roman de Wilkie Collins qui est peut-être celui qui m'a procuré le plus de plaisir jusqu'ici. On sent que ce roman n'est pas le plus abouti au monde, avec un narrateur qui finit souvent ses chapitres en nous lançant “mais que va-t-il se passer? Vous verrez que l'on découvre l'explication dans le chapitre suivant, qu'on en apprend un peu plus dans le chapitre suivant, qu'il se passe des choses au chapitre suivant”. Je ne sais pas si ce texte a été publié sous forme de feuilleton mais cela pourrait expliquer ces clins d’œil répétés.
   
   Les traits d'humour si chers à l'auteur ne manquent pas, de ses commentaires sur les Français délurés à quelques passages joyeusement ironiques, tels ceux-ci :
   Sur un médecin que demande à voir une patiente à la fin de ses consultations: Un coup d’œil à une montre lui rappela qu'il fallait bientôt commencer sa tournée chez ses malades. Il se décida donc à prendre le parti le plus sage: fuir (p10).
   
   Il fut un temps où l'homme, à l'affût de toutes les médisances, recherchait la société des femmes. Maintenant, l'homme fait mieux: il va à son cercle et entre dans le fumoir (p27).

   
   Finalement, les personnages féminins ne sont pas si stéréotypés que ce qu'on pourrait imaginer pour un roman victorien. Certes, les deux amours de Montbarry incarnent deux idées bien distinctes de la femme: d'un côté la blonde fraîche et aimante, de l'autre la brune fascinante et perfide. Malgré tout, la comtesse est assez complexe et, consultant un docteur avant son mariage pour connaître son avis sur sa santé mentale, elle peut en quelque sorte obtenir le bénéfice du doute: est-elle si mauvaise que cela? Ne doit-on pas la plaindre? Quant à la blonde abandonnée, elle est assez fine pour conseiller Mrs Ferraris, manifeste parfois sa mauvaise humeur et cherche à reconstruire sa vie en dépit des trente ans qui s'approchent à grands pas et sonneront le glas de sa jeunesse déclinante. Les rôles secondaires masculins et féminins sont répartis de manière équilibrée et, si les hommes prennent encore les décisions, les femmes usent de leur pouvoir d'influence avec efficacité et en toute connaissance de cause.
   
   Et cerise sur le gâteau, il s'agit également d'une histoire de fantôme victorienne car au mystère de la disparition du messager et de la mort du Lord s'ajoutent les étranges manifestations dont sont victimes les membres de la famille à Venise.
   
   Que demander de plus? Un délicieux divertissement populaire à l'anglaise!
    ↓

critique par Lou




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Le créateur du genre
Note :

   J’ai lu "l’hôtel hanté" avec plaisir même si ce n’est pas le meilleur de l’auteur, loin de là ! Je ne peux même pas dire que l’intrigue m’ait fait peur comme elle devait le faire assurément quand le roman est paru en 1878. Lectrice de thrillers ou de romans à suspense, je finis par être blasée et il m'en faut plus pour trembler même si je n'oublie pas que c'est à Wilkie Collins que revient le mérite d'avoir créé le genre. Il s’y est illustré brillamment avec "La femme en blanc", "Sans nom", "Mari et femme", "Une belle canaille" qui restent mes préférés… et bien d’autres encore.
   
   Lord Montbary rompt ses fiançailles avec Agnès Lockwood pour épouser la comtesse Narona, une aventurière, toujours accompagnée de son frère que d’aucuns soupçonnent d’être son amant. Cette rupture et cette mésalliance provoquent un scandale dans une société (victorienne) très collet monté. Le plus indigné est certainement Henri Westwick qui n’a pas de mots pour blâmer la conduite de son frère aîné envers Agnès. On apprendra bien vite qu’il est amoureux de la jeune fille depuis de nombreuses années. Lord Monbarry et son épouse fuient Londres pour s’installer à Venise dans un palais lugubre et délabré. Mais le lord meurt de maladie peu après et la comtesse devient son héritière. Le palais est rénové et transformé en hôtel où descend la bonne société britannique. Mais que se passe-t-il dans les anciens logements que Lord Montbary a habité. Quelles sont ces apparitions funestes? Et pourquoi la comtesse Narona semble-t-elle sombrer dans la folie et le remords?
   
   Le plus intéressant dans le roman me semble être la comtesse Narona qui est un personnage assez complexe, coupable et victime à la fois. Elle paraît être la proie d’une fatalité à laquelle elle ne peut échapper et donc ne semble pas maîtresse de son destin. Elle est aussi sous la dépendance de son frère (?) et est prête à tout pour lui. Les personnages d’Agnès et de son amoureux Henri sont sympathiques mais plus conventionnels.
   
   Quant à Wilkie Collins, on le sent hésiter entre le ressort fantastique, jouant sur le surnaturel, et une explication réaliste des évènements qui se déroulent dans l’hôtel. Il semble attribuer ces visions étranges et effrayantes à des courants magnétiques à la Mesmer (le mesmérisme est à la mode à cette époque). Bref! L’hôtel hanté n’est pas un grand roman mais, je le répète, il se lit bien !

critique par Claudialucia




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