Lecture / Ecriture
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Deux jours à tuer de François d'Epenoux

François d'Epenoux
  Deux jours à tuer

Deux jours à tuer - François d'Epenoux

Les femmes et les enfants d'abord
Note :

   Quel est le point commun entre "Lettre à mon chien" de François Nourissier, "Bleu comme l’enfer" de Philippe Djian et "Deux jours à tuer" de François d'Epenoux ?
   Réponse: j'ai failli tous les balancer par la fenêtre. Le seul mérite du dernier ayant été de me faire mettre le doigt sur ce qui me dérangeait dans chacun d'entre eux: la complaisance. Complaisance dans le chouchoutage de son nombril pour le premier, complaisance dans la violence pour les deux autres.
   
   Mais revenons au roman de D'Epenoux.
   Dans un premier temps, j'ai trouvé l'intrigue astucieuse: cet homme qui "pète les plombs" le week-end de son anniversaire a finalement une raison plutôt originale de le faire mais peu crédible à mon avis. Se faire haïr pour, salto arrière, se faire d'autant plus aimer, très peu pour moi. D’autant que, si au début j'ai apprécié l'humour caustique du narrateur, j'ai détesté la spirale de violence qui se met bientôt en place, violence dont les principales victimes sont les femmes et les enfants. Certes l'auteur prend la peine de souligner que ça lui fend le coeur au narrateur, mais faut pas exagérer. Le coup de pied dans le berceau de la petite dernière qui fait rouler à terre le bébé et le fait hurler de terreur, non là ça suffit.
   
   "Roman dérangeant" est-il écrit sur la 4 ème de couv'. Certes. Mais quel est l'objectif de l'auteur? Nous faire admirer sa virtuosité narrative ou se complaire dans la violence physique infligée aux femmes et aux enfants?
   (Tiens cette nuit m'est revenu le titre d'un livre noir (très noir) paru il y a quelques années et qui est la réponse de la bergère aux bergers: une femme qui se rebelle contre la violence faite aux femmes : "Dirty week-end... " d'Helen Zahavi.)
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critique par Cathulu




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Oui, mais trop pénible à lire
Note :

   Antoine Méliot a tout pour être heureux: une femme ravissante, trois beaux enfants, des amis dévoués et fidèles, une jolie maison dans les Yvelines décorée avec goût, une bonne voiture, une cuisine équipée et une belle situation. En ce mois d'octobre, veille de son anniversaire, il s'est donné un week-end pour saboter sa vie et son bonheur: l'amour fou qui l'unit à sa femme et ses enfants, mais aussi toutes les relations qu'il entretient de longue date avec ses meilleurs amis. Deux jours pour détruire toute son existence - et accessoirement, celle des autres avec. Lorsqu'il rentre ce vendredi à la maison, il s'apprête à tout avouer à Cécile, sa femme, mais il est pris de court par un événement imprévu: une amie a téléphoné à Cécile pour lui révéler qu'Antoine la trompe avec une certaine Marion, et lui tient la main dans des cafés parisiens... Dès lors rien ne va tout à fait se passer comme prévu, et la destruction annoncée est en marche.
   
    S'il y a des vérités qui dérangent, il y a des romans qui ne laissent pas indifférent non plus. A première vue, on ne peut qu'être horrifié de l'attitude destructrice de cet homme qui fait le plus de mal possible à ceux qu'il aime, allant jusqu'à battre ses enfants, violer sa propre femme et frapper ses amis d'enfance. Pourtant, l'auteur nous montre par moments le même homme, éperdu d'amour pour sa famille, pleurant intérieurement chacun de ses gestes, regrettant chaque mot dur, chaque insulte, rongé par cette effroyable vérité qui le pousse à agir ainsi mais qu'il ne peut leur révéler pour l'instant. Toute l'oeuvre s'organise ainsi entre le premier et le dernier chapitre, qui se font magnifiquement écho.
   
    Alors, oui, on peut trouver ce roman malsain, détestable, répugnant. On peut aussi arrêter de jouer les bégueules et accepter ce genre de livre, qui fait réfléchir par sa cruauté a priori gratuite, et qui n'est somme toute pas beaucoup plus dérangeant qu'un journal télévisé. D'autant que le style en est aiguisé, extrêmement travaillé, avec des personnages crédibles, cohérents, à la psychologie intéressante, et pas seulement le héros.
   
    Une excellente analyse des rapports hypocrites qui unissent les êtres, notamment en amitié, avec tous ces petits travers et cette mauvaise foi qu'on se pardonne bien gentiment. Le héros avait décidé d'aller jusqu'au bout de son entreprise destructrice, et il faut lire ce roman jusqu'au bout, malgré le dégoût qu'il peut inspirer par moments, pour en apprécier la qualité, et aller jusqu'à la dernière page pour en tirer paradoxalement la leçon de vie qui s'impose alors au lecteur.

critique par Elizabeth Bennet




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