Lecture / Ecriture
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L'incendie Du Chiado de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang
  Hôtel Waldheim

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'incendie Du Chiado - François Vallejo

"Il faut brûler nos vieilles histoires, pour renaître."
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   Le style très nerveux et rapide de François Vallejo nous embarque immédiatement dans une histoire qui démarre sur les chapeaux de roues. Le premier personnage, un Français se réveille à Lisbonne pour découvrir qu’un incendie tout proche ravage la ville. Il sort de chez lui et se trouve à la limite du feu où les pompiers font évacuer les habitants. Ils sont tous embarqués dans des cars qui vont les conduire vers un abri temporaire. Un vieillard refuse de quitter les lieux, de peur que son petit logement soit la proie des pilleurs.
   Sous les yeux du "Francès", le vieux trompe la vigilance des pompiers et retourne dans les quartiers brûlés. Le français le suit bientôt, ainsi qu’un photographe qui a remarqué leur manège. Une femme à demi hystérique, qui avait rendez-vous avec sa fille à un endroit maintenant détruit, passe également.
   Voilà nos quatre personnages réunis dans ce lieu détruit et déserté par tous: les ruines du quartier du Chiado. Ils ne vont pas tarder à se rencontrer.
   
   C’est ainsi que François Vallejo a réussi le paradoxe de mettre en place un "huis clos" le plus souvent en plein air. Ces quatre personnages, qui vont au bout de quelques heures se trouver en butte aux problèmes de la soif, de la faim, de la nécessité de s’abriter, vont se "frotter" les uns aux autres, tenter de se connaître, de se deviner, de se comprendre, à travers les demi vérités et les mensonges entiers que chacun est disposé à lâcher. Ils sont prisonniers de ce territoire brûlé et inhospitalier de par leur incapacité même à désirer en sortir. Car tout comme quelque chose les a poussés à venir s’y cacher, quelque chose les empêche de mettre un terme à cette aventure avant qu’elle soit parvenue à son terme qu’ils ne maîtrisent pas.
   "Tu n’as pas l’impression que nous sommes sortis de la vie régulière ? Alors j’ai envie de savoir pourquoi nous avons choisi de sortir, peut-être pas de la vie en général, mais de la nôtre."
   
    Ils trouvent donc ainsi, peu à peu, dans leur cohabitation, un semi équilibre, malgré les difficultés d’être de chacun et le déséquilibre mental d’Agustina, mais voilà que survient un cinquième individu qui, loin de s’intégrer à ce gentlemen agreement, le fait voler en éclat, fouillant toujours plus profond sous les "versions officielles" pour faire sortir les vérités douloureuses et cachées de chacun. Mais qui est-il et pourquoi agit-il ainsi ?
   "Est-ce que ce ne serait pas mieux d’être simplement là, ensemble, sans chercher à savoir avec qui on est ? Le passé ne regarde que celui qui l’a vécu, il n’est pas toujours glorieux. On l’arrange à sa sauce, c’est plus commode. Laissez-nous nous mentir tranquillement."
   
   Jusqu’où iront ils ainsi maintenant, tous les cinq ? Et comment tout cela se terminera-t-il ?
   
   Bien au-delà du récit d’aventure, l’auteur aborde quelques unes de ces grandes questions humaines qui font qu’un roman vaut la peine d’être lu. Sa maîtrise du récit et de l’écriture est sans faille. Un roman vraiment intéressant à lire, une des bonnes choses de cette rentrée littéraire.
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critique par Sibylline




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Les secrets sous les cendres
Note :

   Le 25 août 1988, un violent incendie éclate à l’aube dans un des quartiers du centre historique de Lisbonne, le Chiado. La population évacue les lieux, mais au moment de monter dans l’autobus, un vieil homme se retourne et se précipite dans le quartier, car il souhaite sauver son appartement. L’imiteront un touriste français intrigué par ce vieil homme, un photographe portugais qui cherche désespérément la gloire, et une mère qui a rendez-vous avec sa fille dans le quartier. Ces quatre personnes passeront plusieurs jours au milieu du quartier dévasté, seuls, jusqu’à l’arrivée d’un cinquième protagoniste qui va bousculer leurs habitudes. Surtout, il va obliger chacun de ses compagnons à faire face aux raisons profondes qui les ont poussés à entrer dans cette zone interdite.
   
   François Vallejo a vécu cet incendie lors d’un voyage à Lisbonne. Cet événement traumatisant est donc le prétexte de son dernier roman. Par cette histoire d’enfermement volontaire, il met en scène la manière dont ces individus, sans eau, sans réserves, doivent se résoudre au pillage et faire face à cette pénurie. Cette première partie m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à "L’aveuglement" de Saramago. Je ne sais pas si c’est dû au Portugal, mais la situation de ce groupe, soudé mais aux intérêts divergents, m’a rappelé celle de ces aveugles contraints de faire preuve d’inhumanité pour survivre.
   
   Si le début est intéressant, il est un peu longuet. L’intrigue ne prend vraiment tout son sens qu’à partir du moment où le groupe se sent suivi par une cinquième personne, et surtout lorsque cette personne va les rejoindre. Juvenal est alors l’élément perturbateur du récit, celui qui pousse l’intrigue plus loin. Par sa curiosité, par ses questions, il oblige ses compagnons à réaliser leurs failles, à mettre en avant ce qui les a vraiment poussé à braver l’interdit, à dévoiler les secrets que chacun voulait enfouir en s’enfuyant. Je ne dévoilerai pas ces secrets ici, chacun ayant le sien (même Juvénal, ce qui d’ailleurs lieu à un passage d’une terrible violence psychologique, serai-je tenté de dire).
   
   Vallejo poursuit les thèmes déjà rencontrés dans ses précédents romans: celui de la mise à l’écart du monde, du retrait qui met en exergue les véritables motivations de chacun, comme celle de L’Aubépine dans "Ouest". On retrouve également le thème du secret et de son dévoilement, très présent dans "Groom". Surtout, on retrouve la patte de l’écrivain, avec sa manière très personnelle de présenter les dialogues: pas de ponctuation spécifique, pas de verbes indiquant l’interlocuteur. C’est au lecteur de jouer à deviner qui prend la parole, ce qui n’empêche en aucun cas une lecture fluide.
   
   Si "L’incendie du Chiado" m’a moins emballé que mes précédentes lectures de Vallejo, cet ouvrage reste un moment agréable de lecture, une fois l’intrigue réellement lancée. Un nouveau moment globalement réussi avec cet auteur, surprenant et capable de varier les intrigues sans perdre son écriture. Vraiment à découvrir.

critique par Yohan




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