Lecture / Ecriture
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Le menteur de Henry James

Henry James
  La Bête dans la jungle
  Le tour d’écrou
  Du roman considéré comme un des beaux-arts
  Le Banc de la désolation
  Washington Square
  Les Dépouilles de Poynton
  Le menteur
  Une Vie à Londres
  Les Bostoniennes
  L'élève
  Les Secrets de Jeffrey Aspern
  La Coupe d'or
  Les Européens
  Les Ambassadeurs
  Portrait de femme
  Daisy Miller
  Voyage en France
  Le Fantôme locataire
  L’autre maison
  Roderick Hudson

Ecrivain né à New York en 1843 dans une famille aisée.
Il a beaucoup voyagé et séjourné en Europe, spécialement en Grande Bretagne. Il demanda la nationalité britannique un an avant sa mort en 1916.
Il se lança très jeune dans une carrière littéraire (critiques, nouvelles, puis romans, récits de voyages et, bien plus tard, théâtre mais avec beaucoup moins de succès).
Il fut un écrivain très prolifique.

* Vous trouverez sur ce site la fiche de "Le Maître" de Colm Toibin, qui est une biographie romancée de Henry James, ainsi que celle de "L'auteur! L'auteur" de David Lodge.

Le menteur - Henry James

Menteur pathologique
Note :

   Il y a du «Portrait de Dorian Gray» d’Oscar Wilde dans ce «Menteur». Ou réciproquement.
   
   De la puissance évocatrice ou révélatrice d’un portrait, voilà encore comment on pourrait sous-titrer cette oeuvre.
   
   Nous sommes fin du XIXème siècle, dans la bonne société … anglaise. Oliver Lyon est un peintre, au talent devenant reconnu. Il s’installe chez Sir David afin de réaliser son portrait. Là, il participe aux mondanités quotidiennes qui semblaient rythmer ce genre de société et retrouve Evelina. Ils se sont aimés douze ans auparavant, en Allemagne, il lui a proposé le mariage, qu’elle a refusé … Et elle est là, ce soir, chez Sir David.
   
    Henry James nous fait vivre de l’intérieur le tourbillon des passions qui agitent Oliver Lyon, leur rencontre douze ans après … Everina lui présente son mari; le beau colonel Capadose. Car elle s’est mariée, à la grande déception d’Oliver, qui se met à ruminer son dépit. Le colonel Capadose est un cas. Pathologique. De menteur, de hableur. Il apparait très vite évident qu’il est incapable de se contenter d’une fade vérité et qu’il affabule en permanence, enjolivant situations, actions. Le dépit d’Oliver en est encore exacerbé, d’autant plus lorsqu’il se rend compte qu’Everina est consciente des mensonges mais joue le jeu et tolère cette situation.
   
   Nait dans son esprit une idée machiavélique. Engagé par le couple pour peindre le portrait de leur enfant, il propose de réaliser aussi celui du colonel. Et Oliver Lyon veut en faire son chef d’oeuvre en mettant tout son art pour rendre évident à l’observateur le caractère de menteur du colonel. La jalousie, l’envie de détourner Everina de son mari – dont elle est manifestement très amoureuse – l’aveuglent et le rendent amer.
   
   «L’envie le prit de faire aussi le portrait du colonel –opération dont il se promettait de tirer une riche satisfaction personnelle. Il le forcerait à se révéler, il ferait de lui la représentation totale dont il avait parlé avec Sir David, et personne ne le saurait, à part les initiés. Ces derniers, cependant, tiendraient son portrait en haute estime, et il s’agirait en effet d’un ouvrage d’une profondeur exceptionnelle –un chef-d’oeuvre de caractérisation subtile, de traîtrise légitime. Il rêvait depuis des années de produire quelque chose qui porterait la marque du psychologue aussi bien que celle du peintre, et il avait enfin trouvé son sujet.»
   
   Ce portrait nous ne le «verrons» que via le regard de ceux qui l’observeront et nul détail ne sera donné sur la technique employée pour parvenir à ce résultat. Peu importe …
   
   La suite donnera au lecteur à méditer sur le détournement d’une oeuvre, de l’art, au service d’une vengeance. Quant au titre qu’on pourrait facilement imaginer qualifiant le colonel, mythomane en chef, l’évolution des relations entre les trois protagonistes peut semer le doute sur l’identité du menteur; la femme amoureuse, l’artiste qui se fourvoie ?
   
   Comme toujours chez Henry James, les choses sont d’une grande complexité et bien malin qui peut discerner avec certitude le blanc et le noir. Beaucoup de thèmes finalement affleurent dans ce « Menteur ». Une oeuvre ambigüe …

critique par Tistou




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