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Du sang sur Vienne - Les Carnets de Max Liebermann, 2 de Frank Tallis

Frank Tallis
  Du sang sur Vienne - Les Carnets de Max Liebermann, 2
  La justice de l'inconscient - Les Carnets de Max Liebermann, 1
  Les mensonges de l'esprit - Les Carnets de Max Liebermann, 3
  Les pièges du crépuscule - Les Carnets de Max Liebermann, 4
  La Chambre des âmes

Frank Tallis, né en 1958 à Londres, est un Britannique, psychologue clinicien, spécialiste des troubles obsessionnels et auteur de romans policiers historiques. Il a également signé F. R. Tallis des récits fantastiques.

Du sang sur Vienne - Les Carnets de Max Liebermann, 2 - Frank Tallis

Des secrets, des secrets
Note :

    Vienne, 1902. Oskar Rheinhardt est appelé par le directeur du zoo : Hildegarde, l'anaconda favori de l'empereur a été découvert découpé en trois morceaux égaux. Le gardien, assommé par l'agresseur, a perdu la mémoire. Décontenancé, Rheinhardt ne tarde pas à oublier cette étrange agression quand il est appelé sur les lieux d'un crime atroce: trois prostituées et la tenancière d'un bordel de Spittelberg ont été égorgées et atrocement mutilées. A ces meurtres en succèdent bientôt d'autres, qui semblent avoir pour seul point commun d'avoir été pratiqués avec un sabre. L'inspecteur et son ami, le docteur Liebermann, comprennent rapidement qu'ils sont confrontés à un serial killer...
   
   Deuxième épisode des "Carnets de Max Liebermann", "Du sang sur Vienne" est d'aussi bonne facture que le précédent opus, cher happy few! On retrouve tous les personnages présents dans "La justice de l'inconscient" : Rheinhardt et Liebermann, dont le duo fonctionne décidément très bien, leurs familles respectives, et certains personnages secondaires, comme Miss Lydgate (qui ne restera pas dans l'arrière-plan longtemps à mon avis) ou Freud, appelé de nouveau à la rescousse par Liebermann.
   
    L'intrigue est bien menée et l'utilisation de la psychanalyse prend de l'ampleur, d'abord parce que le tueur s'avère être un tueur en série dont Max Liebermann cherche à comprendre le fonctionnement, on assiste ainsi aux balbutiements du profilage, ce qui est très intéressant, et très moderne (d'ailleurs certaines déductions de Max sont modifiées pour ne pas effrayer ou agacer prodigieusement, c'est selon, le chef de la police, cartésien et borné)) et ensuite parce que la méthode de Freud a pris de l'ampleur depuis l'enquête précédente, notamment dans l'interprétation des rêves.
   
   L'arrière-plan socio-culturel viennois est toujours extrêmement intéressant et bien rendu : le lecteur est cette fois-ci plongé dans le monde des sociétés secrètes, littéraires, érudites et xénophobes et il découvre un monde aux multiples facettes (en gros, une Vienne riche et brillante et une Vienne miséreuse et oubliée de tous, et un intéressant parallèle est établi par miss Lydgate entre cette société et celle qui est présentée dans "La Machine à remonter le temps" de H.G Wells, qui vient d'être édité). On pressent, de manière diffuse, dans le racisme affiché de certains, dans l'antisémitisme plus ouvertement montré que dans le précédent volume et dans le radicalisme politique de certains groupes, la fin d'un monde et les événements qui ont secoué l'Europe du début de ce XX° siècle.
   
   Encore une réussite, chers happy few, à lire en écoutant La flûte enchantée! (la suggestion d'accompagnement musical prend tout son sens en lisant le roman).
   
   
   Titre original : Vienna Blood
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critique par Fashion




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Meurtrière frustration
Note :

   Avant de me lancer dans la lecture de cette enquête viennoise, j'avais opté pour commencer par le commencement, c'est à dire lire le premier opus des aventures policières de Max, jeune médecin psychiatre à l'écoute des théories de Freud.*
   
   Vienne, hiver 1902 aux senteurs sibériennes, une série de meurtres plus épouvantables les uns que les autres inquiète et fait frémir la police qui tente de ne pas défrayer la chronique. Max Liebermann et son ami l'inspecteur Oskar Rheinhardt vont se retrouver confrontés à d'atroces spectacles macabres où les mutilations sur les corps sont la danse macabre de symboles ésotériques. Quel démon délirant de violence assène ces coups horribles? A quels mystères renvoient ces étranges marques? A quoi rime l'ordre des crimes et l'origine des victimes? Pourquoi tant de haine vis à vis des prostituées et des marginaux? Autant de questions inquiétantes qui resteront longtemps sans réponse.
   
   Frank Tallis, dans ce second volet des carnet de Max Liebermann, permet au lecteur de connaître un peu plus et mieux nos deux héros, Max et Oskar. J'avais laissé le premier en proie au doute quant à ses sentiments envers sa promise, à son sentiment de culpabilité devant l'éclosion d'une tendresse teintée d'admiration pour la jeune anglaise Amélia Lydgate, et je le retrouve encore moins convaincu de son amour pour sa fiancée, Clara Weiss. D'autant que les hasards de l'enquête lui font croiser la route d'Amélia, devenue une des rares jeunes filles étudiantes à la faculté de médecine: elle les aide, grâce à ses connaissances sur le système sanguin et à l'élaboration d'un antisérum sur un lapin (engagé pour l'occasion en tant qu'auxiliaire de police!), à déterminer l'origine de certaines traces de sang sur un des lieux des crimes, prouvant que les avancées technologiques et scientifiques ne peuvent que seconder efficacement la police.
   Quant à notre cher inspecteur Rheinhardt, on apprend qu'en plus d'être un chanteur de lieder émérite, il est doté d'une grande sensibilité: comme il est tracassé, horrifié et donc fortement inquieté par l'enquête démente qu'il mène, sa gorge se noue et certaines notes deviennent de pauvres canards inaudibles. Au fil des séances de chant, Max aide son ami à mettre des mots sur ses peurs... les effets bénéfiques de la psychanalyse ne tardent pas à se faire sentir!
   
   Comme dans "La justice de l'inconscient", Tallis mêle au récit la musique... l'action se déroule à Vienne, ville musicienne s'il en est: Mozart et sa musique sont opposés aux œuvres lyriques et mystiques du compositeur allemand Richard Wagner. C'est l'occasion de pointer l'agitation perpétrée par certaines sociétés secrètes à cette époque. Tandis que les Francs-Maçons sont étroitement surveillés par les forces de police, un groupe se tient en retrait, tapi dans l'ombre, groupe accueillant écrivains reconnus, écrivaillons frustrés aux productions dénuées de tout intérêt ou innovation artistiques, artistes gourmands des symboliques de la culture pan germanique et de l'exaltation du sentiment national. Mozart n'est que le musicien prisé par les intellectuels décadents juifs qu'il faut abattre afin de recouvrer la pureté de la culture allemande! Quoi de plus diabolique que de calquer un itinéraire sanglant et fou en caricaturant le sublime opéra de Mozart "La flûte enchantée"?! C'est ainsi que le livret magique de cet extraordinaire opéra (j'avoue c'est mon préféré aussi suis-je incapable d'objectivité à son sujet!) sera un des fils conducteurs de l'enquête époustouflante de nos deux héros aux prises avec l'antisémitisme, l'homophobie et l'intolérance vis à vis de tout ce qui est étranger, sentiments encore latents qui ne demandent qu'à sortir au grand jour.
   
   Peu à peu, la personnalité tortueuse de l'auteur des crimes épouvantables est éclairée par les déductions psychologiques de Max Liebermann: pour en arriver à un tel degré de haine et de violence, le tueur en série ne peut qu'être la résultante de frustrations répétées et d'impuissance à s'en libérer (cela ne vous rappelle-t-il pas un personnage historique malfaisant?). Le tout agrémenté de nouvelles théories évolutionnistes venues d'Angleterre - pays tellement proche par la culture de l'Empire germanique et cependant si éloigné de lui par ses orientations socio-politiques, théories mise à mal par l'ouverture au monde intime permise par les travaux de Freud et de ses disciples - sans oublier les inévitables conversations dans les cafés viennois où l'odeur chaleureuse du café accompagné des pâtisseries les plus appétissantes remettent d'aplomb nos enquêteurs.
   
   Un roman policier historique qui tient largement la route, qui tient en haleine tant par les éléments de civilisation, de culture, que par les bribes de réponse avancés au fil du récit. Les derniers chapitres sont riches en rebondissements et en actions et actes de bravoure les plus échevelés ce qui est des plus délectables! Comme Vienne apparaît d'un coup tout sauf somnolente et bienséante... un charme de plus à ne pas négliger.
   
   Au fait... Max Liebermann réussira-t-il à choisir entre le doux et conventionnel romantisme de Clara et la liberté impétueuse d'Amélia? Verra-t-il clair en lui-même? Réponse, ou élément de réponse dans le troisième opus des Carnets de Max?
   
   * La justice de l'inconscient

critique par Chatperlipopette




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