Lecture / Ecriture
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Le commencement d'un monde de Jean-Claude Guillebaud

Jean-Claude Guillebaud
  Le commencement d'un monde
  La trahison des Lumières

Le commencement d'un monde - Jean-Claude Guillebaud

♪♫Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil♪
Note :

    Rentrée 2008
   
   Connu depuis trente ans pour "les confettis de l'empire", le journaliste et essayiste J.-C. Guillebaud voit dans les actuelles violences identitaires non "le choc des civilisations" d'Huntington qu'il réfute fortement, mais le "commencement", dans le chaos et les conflits, d'un "autre monde", celui de la "modernité métisse".
   
   L'auteur rallie la thèse de l'essai de Todd et Courbage paru en 2007: les affrontements ethnico-religieux, le terrorisme, le retour des fondamentalismes ne sont que "clapot" de surface ; ils empêchent de voir la "houle de fond", le mouvement mondial de rapprochement, le "rendez-vous des civilisations".
   
   Fondée sur les échanges séculaires des grandes cultures, s'élabore peu à peu une culture métisse mondiale. On savait ! — L'Europe n'est plus le centre, l'hégémonie de l'Occident décline: mais c'est lui qui a engendré la modernité, exportée peu à peu dans toutes les cultures. On savait !
   
   Il ne faut pas craindre toutefois la mondialisation d'une unique civilisation standardisée car les grandes cultures savent depuis longtemps se réapproprier les apports occidentaux. On savait !
   
   Ainsi les différences entre elles perdureront malgré le métissage mondial. Cité en exergue, Gœthe donne le ton de l'ouvrage : "le pessimiste se condamne à être spectateur. Soyons donc acteur et résolument optimiste…"
   On doit comprendre que les actuelles stratégies identitaires meurtrières ne sont que l'expression du désarroi de certains groupes devant la modernité métisse: ayant besoin d'être reconnus, ils la rejettent avant qu'elle ne les engloutisse…
   
   "Étonne-moi!" exigeait Cocteau. Guillebaud ne l'a guère entendu. L'ouvrage reprend des analyses déjà connues et baignées d'un optimisme que l'on ne peut partager: l'argumentaire assez fragile peine à convaincre. Le lecteur pourrait facilement croire que la modernité métisse que défend Guillebaud rassemble étrangement à l'expérience multi culturaliste canadienne dont il démontre l'échec... Non ! Car en réalité, Guillebaud se rallie à l'harmonie des droits et des devoirs, comme contenu dans la "Charte Africaine" de 1981 pour choisir un monde de solidarité où l'individu et la société se respectent mutuellement.
   
   Le lecteur soucieux du détail de la démarche de Guillebaud trouvera dans cet essai de savantes et précieuses références à des travaux souvent étrangers au microcosme hexagonal.
   
   Mais si le monde métisse est en marche, les civilisations qui le constituent ne sont pas également touchées ; hier hégémonique, l'Europe a absorbé plus d'éléments venus d'ailleurs via l'orientalisme et la colonisation. À l'opposé la Chine et l'Islam, plus que l'Inde, font figure de masses plus éloignées du métissage, mais pas au point de remettre en question le "rendez-vous des civilisations". Tous les chemins mènent à Rome, mais pour certains la route sera plus longue... En attendant, aimez-vous les uns les autres. Tel pourrait être le mot de la fin à propos de cet essai plus prétentieux que pénétrant.

critique par Mapero




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