Lecture / Ecriture
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Groom de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang
  Hôtel Waldheim
  Un dangereux plaisir

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Groom - François Vallejo

Résurrection?
Note :

   Véra Carmi reçoit un coup de téléphone du Centre Pompidou : son mari Antoine a eu un malaise dans le musée, devant un tableau de Soutine, et il faut qu’elle vienne le plus rapidement possible. En arrivant au musée, les gardiens lui annoncent que son mari est mort, mais que son corps s’est volatilisé. Commence alors à naître l’idée de la résurrection d’Antoine, soutenu par une des gardiennes du musée initiée au rite vaudou.
   
   Mais le soir, lorsque Antoine rentre, plus tôt que d’habitude, il ne parle pas de sa visite au musée, et Véra n’ose pas lui poser de question sur l’incident.
   
   Commence alors pour Véra une enquête qui aura des conséquences sur la carrière d’Antoine et leur vie de couple : que faisait Antoine dans un musée, lui qui est plus attiré par les voyages d’affaires que par le milieu de l’art ? Et qui est vraiment cette Louise Rotheim, qu’Antoine essaie de lui cacher ?
   
   Ce roman est assez réjouissant : une intrigue qui démarre comme une enquête policière mêlée de fantastique, avec la résurrection d’Antoine, une plongée dans le milieu de l’art, mais surtout une intrusion au sein de l’histoire familiale d’Antoine que Véra va découvrir peu à peu, au grand dam de sa vie de couple. On passe ainsi du Paris du XXIème Siècle aux pensions d’avant-guerre, où les étrangers et les plus pauvres éprouvaient de grandes difficultés à se loger. Et c’est au cœur de cette pension que se noue l’intrigue…
   
   On assiste également à la lente destruction du couple d’Antoine et de Véra, que les secrets ont minés.
   
   L’écriture est léchée, et, au niveau du rythme, François Vallejo réalise une belle prouesse : il change constamment de point de vue, le narrateur change sans arrêt, sans toutefois perdre le lecteur. Et lorsqu’il s’arrête longtemps sur un personnage, il parvient, subtilement, à changer le point de vue sans que le lecteur le réalise immédiatement.
   
   Le récit est truffé de références aux films de Hitchcock, dont Antoine est un fervent admirateur. Et bien sûr, on y rencontre Chaïm Soutine, peintre proche de l’école de Paris des années 20-30, avec Chagall ou Modigliani, dont l’œuvre picturale est un des piliers de l’intrigue.
   
   Une belle découverte avec cet auteur, que je vous conseille très fortement.
   
   François Vallejo a reçu pour ce roman le prix des libraires en 2004, avant de recevoir le prix du livre Inter pour "Ouest".
   
   
   Extrait :
   "Véra allait décider de parler, c’était le moment, Véra, déballe ton histoire. Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais. C’est si simple de parler, ça devrait être si simple : des milliards de mots s’échangent à cet instant sur toute la planète, un gigantesque babil, imaginez la quantité de parlotes, vaines ou grandioses, ce n’est même pas mesurable, en kilos, en mètres ou en décibels. Il faudrait inventer une mesure spécifique, une échelle de Richter de la parole : à quelle densité de babil en sommes-nous à cet instant, sur toute la terre, dans toutes les langues ? Le plus fort : rien ne s’embrouille, aucune saturation possible, aucun embouteillage, on continue, on parle, on chante, on s‘engueule, on murmure, toute la planète, ça coule facile, et Véra Carmi, dans son appartement de la Convention, se tait et non seulement se tait mais ne parvient pas à ouvrir la bouche pour dire tout bêtement : tu ne me croiras jamais, tout à l’heure le Centre Pompidou m’a convoquée pour m’annoncer ta mort et, finalement, c’est trop drôle, ta résurrection. Personne, de nos jours, ne serait assez crédule pour accepter une nouvelle pareille. Pourtant, j’ai traversé Paris depuis la rue de la Convention pour découvrir que tu étais mort et encore vivant. Avoue que ce n’est pas ordinaire dans un couple ordinaire."
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critique par Yohan




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Chaïm Soutine
Note :

   Un après-midi, Véra reçoit un appel du centre Pompidou (le musée d’art moderne) ; son mari a fait un malaise devant un tableau, est tombé dans les pommes, puis a disparu alors qu’on appelait les secours. Il avait donné son numéro de téléphone aux agents de surveillance.
   
   Étonnement de Véra : son mari ne s’intéresse qu’au cinéma (celui d'Hitchcock en particulier) pas aux beaux arts. En plus, il est censé être à un rendez-vous d’affaires ( il vend de la peinture industrielle pour les avions et occupe un poste à responsabilité).
   
   Elle fait connaissance avec les deux agents de surveillance, sympathiques, mais qui n’éclaircissent pas le mystère. Elle n’ose pas parler de cela à Antoine, c’est teeellement bizarre… mais se demande s’il n’a pas une existence cachée.
   
   Bientôt elle apprend que le type qui s’est trouvé mal, s’intéressait à des toiles de Soutine : le fameux Groom (titre du roman).
   
   Antoine le mari, dont nous commençons à apprendre l’histoire, a vécu avec son père et son frère dans un immeuble de la rue de Cléry, à Paris. La demeure appartient à une certaine Louise Rotheim : elle loge des gens dans son immeuble depuis longtemps, déjà avant la guerre, toute sorte de gens… c’est une longue histoire… dans laquelle Soutine joue un rôle particulier.
   
   Le roman est assez agréable à lire, avec de l’humour de temps à autre, mais bien qu’il soit bâti sur Soutine comme personnage, l’écriture est assez plate (très loin de Soutine) et les autres personnages ne sont pas convaincants ; sauf les deux agents de surveillance du musée franchement originaux… !
   
   On tourne autour de Soutine-Louise (et il faut un certain temps pour qu’ils apparaissent). c'est toute une époque et une ambiance que Vallejo essaie de recréer, sans y arriver vraiment, il me semble, et c'est dommage...
   
   On aura envie de relire une biographie du peintre, et de revoir certains de ses tableaux (préférer l’Orangerie, au centre Pompidou) et on révisera ses connaissances sur Hitchcock.

critique par Jehanne




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