Lecture / Ecriture
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Un lieu incertain de Fred Vargas

Fred Vargas
  Petit traité de toutes vérités
  Sous les vents de Neptune
  L'homme aux cercles bleus
  Debout les morts
  Un peu plus loin sur la droite
  Coule la Seine
  Pars vite et reviens tard
  Sans feu ni lieu
  Dans les bois éternels
  Un lieu incertain
  V comme: comme: Les quatre fleuves
  L'homme à l'envers
  Salut et liberté
  L'armée furieuse
  La vérité sur Cesare Battisti
  Ceux qui vont mourir te saluent
  Temps glaciaires
  Quand sort la recluse

Fred Vargas est le nom de plume de Frédérique Audoin-Rouzeau, romancière française de romans policiers et archéozoologue, née à Paris en 1957.

Un lieu incertain - Fred Vargas

Un pied, deux pieds, trois pieds... Tiens, quatre pieds!
Note :

   17 pieds et autant de chaussures gisent devant le cimetière de Highgate. Quelques courses poursuites, deux ou trois morts atroces, un voyage, une fusillade et des pelletées de nuages plus tard, Adamsberg va trouver le fin mot de l'histoire.
   
   Il y a des livres dans lesquels on se glisse comme dans une paire de vieilles charentaises. Confortables, chaudes, agréables, on les retrouve les soirs de froid avec un plaisir immense. C'est exactement ce que je ressens avec chaque nouveau roman de Fred Vargas. Moi qui ne lis guère de polars en règle générale, je me jette dessus avec un bel appétit et il m'arrive même de relire les opus précédents, juste pour retrouver le temps de quelques pages mes héros préférés! Car c'est bien de retrouvailles dont il s'agit!
   
   Evidemment, rien de nouveau sous le soleil: ceux qui n'aimaient pas Fred Vargas ne changeront pas d'avis, ceux qui l'aimaient resteront sur leurs positions! On retrouve ce style agréable, ces histoires sans queue ni tête, ces rebondissements improbables, cette galerie de personnages invraisemblables.
   
   Fred Vargas nous entraîne en Angleterre, puis en Serbie après nous avoir baladés au Canada, utilise avec un certain talent le mythe du vampire en rationaliste, peurs et croyances ancestrales. Elle prend le temps d'allusions à la situation politique et sociale, de quelques réflexions sur le monde comme il vient. On sourit, on rit parfois franchement, on se laisse prendre et on termine les 383 p. du roman sur les chapeaux de roues avec un pincement au coeur à l'idée qu'il faudra attendre encore un sacré moment avant de retrouver le pelleteux de nuages et sa fine équipe!
   
   
   La série des Adamsberg dans l'ordre :
   
   L'homme aux cercles bleus, 1990
   L'homme à l'envers, 1999
   Les quatre fleuves, 2000
   Pars vite et reviens tard, 2001
   Coule la Seine, 2002
   Sous les vents de Neptune, 2004
   Dans les bois éternels, 2006
   Un lieu incertain, 2008
   L'armée furieuse, 2011
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critique par Chiffonnette




* * *



Tous les pieds ne sont pas poétiques…
Note :

   Le début de l’histoire :
   Le commissaire Adamsberg savait repasser les chemises, sa mère lui avait appris à aplatir l'empiècement d'épaule et à lisser le tissu autour des boutons. Il débrancha le fer, rangea les vêtements dans la valise. Rasé, coiffé, il partait pour Londres, il n'y avait pas moyen de s'y soustraire.
   
   Il déplaça sa chaise pour l'installer dans le carré de soleil de la cuisine. La pièce ouvrait sur trois côtés, il passait donc son temps à décaler son siège autour de la table ronde, suivant la lumière comme le lézard fait le tour du rocher. Adamsberg posa son bol de café côté Est et s'assit dos à la chaleur.
   
   Il était d'accord pour aller voir Londres, sentir si la Tamise avait la même odeur de linge moisi que la Seine, écouter comment piaillaient les mouettes. Il était possible que les mouettes piaillent différemment en anglais qu'en français. Mais ils ne lui en laisseraient pas le temps. Trois jours de colloque, dix conférences par session, six débats, une réception au ministère de l'Intérieur. Il y aurait plus d'une centaine de flics haut de gamme tassés dans ce grand hall, des flics et rien d'autre venus de vingt-trois pays pour optimiser la grande Europe policière et plus précisément pour «harmoniser la gestion des flux migratoires». C'était le thème du colloque. »

   
   L’intrigue se noue d’abord à Londres, devant le cimetière de Highgate, et face à dix- sept pieds coupés à la cheville et encore dans leur chaussure, tournés vers l’entrée dudit cimetière.
   
   Cette macabre découverte parvient au fameux commissaire Adamsberg grâce à un vieil original : Clyde- Fox. A peine embarqués sur cette piste, de façon plus ou moins enthousiaste, il faut le dire, voilà qu’au retour du commissaire et de ses adjoints à Paris, ils sont appelés sur les lieux d’un crime où l’on retrouve un cadavre pulvérisé : le crépi de l’appartement a été totalement refait à l’aide des particules humaines de son ex occupant !
   
   Et voilà notre auteure partie – à travers son immuable «pelleteux de nuages» alias commissaire Adamsberg, son érudit second Danglard, l’inébranlable Retancourt et le «simplet» Estalère – partie à la poursuite de vieilles superstitions «vampiriques» jusque sur les rives du Danube !
   
   En même temps, Adamsberg trouve le temps d’aider une maman chatte à accoucher, retrouve un deuxième fils et se fait kidnapper! Tout ça mené tambour battant par une Fred Vargas plus inventive et poète que jamais.
   
   Je l’ai déjà dit, je ne suis pas une fanatique des romans policiers, mais la verve et l’inventivité de Fred Vargas en font une romancière un peu hors des sentiers battus. Avec «Un lieu incertain», vous aurez droit à un moment divertissant en même temps qu’à une plongée dans les arcanes des croyances ancestrales dont se défendent fort certains esprits très pragmatiques mais…
    ↓

critique par Jaqlin




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Adamsberg chez les vampires
Note :

    Les polars qu’on lit en ce moment –mais c’était sûrement vrai pour Poirot ou pour Sherlock – font que l’on aime retrouver certains personnages comme l’Etatsunien Harry Bosch chez Connelly, le Suédois Wallander chez Mankell ou encore le Français Adamsberg chez Fred Vargas. On s’y attache, on les fréquente de temps à autre comme de vieux amis, on les suit dans leur carrière. C’est le troisième opus de Fred Vargas que je lis – si je compte les nouvelles de "Coule la Seine"- et il semble qu’elle se soit faite le chantre des vieilles lunes. Après la peste bubonique ("Pars vite et reviens tard" – à mon sens très mal rendu à l’écran-), voici le temps des vampires. Le narrateur s’amuse à mêler son intrigue de superstitions et de vérités scientifiques. La raison ici se tient du côté de Danglard, le commandant, fidèle second d’Adamsberg, véritable puits de science. En plus de trouver assez drôle la contrepèterie sur son nom, j’ai été assez étonné de cette évolution du personnage que je ne croyais pas si intello.
   
    Quant au voyage dans les Carpates, on ne nous épargne aucun cliché sur les habitants taiseux, les plats typiques et épicés, le vieux sage, le tombeau maléfique avec, en prime, le compagnon érudit et gothique et une aubergiste peu farouche pour la romance. Guide du routard pour la Serbie un peu longuet, voire indigeste. Mais on n’est pas à un délire près, puisque tout commence avec cette série de pieds de cadavres amputés et exposée aux portes du cimetière de Highgate que Danglard et Adamsberg découvrent un soir de demi-brume à Londres. On y note une allusion très documentée sur le tombeau d’Elizabeth Siddal, la muse flamboyante des peintres préraphaélites, égérie de Dante Rossetti – dont on ne précise jamais le patronyme pour mieux approcher peut-être l’enfer de l’autre, amoureux de Béatrice – qui fut ensevelie avec ses poèmes qu’il récupère ensuite en exhumant la pauvresse dont le corps était demeuré intact. Tout est dans Wikipédia à l’article consacré à la dite Elizabeth Siddal. Mais de là à en faire une vampire… Merci Danglard pour ces explications scientifiques. Que le peuple peut être crédule!
   
    N’empêche. J’avais vite deviné qui manipulait le «méchant» qui éparpille ses victimes façon puzzle. La réponse est dans le verbe. A lire pour ses personnages plutôt que pour l’histoire abracadabrantesque…
    PLOG !
   ↓

critique par Mouton Noir




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Un épisode compliqué
Note :

   Ce «lieu incertain» m’a paru plus compliqué, plus difficile à suivre que les précédents opus de la dame Vargas. Surtout je me mets à la place de qui lirait pour la première fois un Vargas en commençant par celui-ci… ce serait bien compliqué et beaucoup de clins d’yeux et de références implicites à tout ce qui a contribué à structurer le monde autour du commissaire Adamsberg passeraient alors bien au-dessus de l’entendement dudit lecteur. C’est le problème avec ces romans à série; quand on est «de la famille», c’est le bonheur, sinon on doit se sentir un peu à l’écart.
   Quoiqu’il en soit on ne saurait que répéter qu’un Fred Vargas, ce n’est pas un polar ordinaire, qu’une pincée de poésie, parfois de non-sens, voire d’improbable total le parsèment et qu’on aime … ou on n’aime pas.
   
   « Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’as consolé.
   Il avait retrouvé la suite du vers. Il respirait par petites bouffées, plus difficiles que tout à l’heure. Asphyxie plus rapide encore qu’il ne l’avait pensé, Zerk savait y faire.
   Tout à l’heure quand ? Cela devait faire une heure que Zerk avait quitté le cimetière. Il n’entendait pas la cloche de l’église pour le guider. Trop loin du village. Ni ne pouvait voir ses montres, pas même capables de lui donner l’heure des pissées de Lucio.
   Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’as consolé.
   Il y avait une suite dans ce poème, quelque chose comme les soupirs de la sainte et les cris de la fée. Oui, comme Vesna.
   Une respiration, une autre. La sienne.
   Arnold Paole. Il avait retrouvé le nom du soldat vaincu par Peter Plogojowitz. Et cela, il ne l’oublierait jamais. »

   
   Ce «lieu incertain» est tout de même «gratiné». Puisque ça démarre près du cimetière de Highgate, à Londres, où 17 chaussures contenant leurs pieds sont sagement rangées devant l’entrée dudit cimetière. Ça continue à Paris avec des meurtres bien «zarbis», avec une mise en danger très nette d’Adamsberg que quelqu’un, «en haut», cherche manifestement à faire plonger via une machination diabolique, et ça s’ensuivra en Serbie, au pays des «vampiri». Il se passe évidemment bien d’autres choses que le lecteur d’un polar classique n’imaginerait pas, même dans ses pires délires … secouez-moi tout ça et je vous en tire un Fred Vargas.
   Pur jus mais un peu embrouillé.
   ↓

critique par Tistou




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Contente
Note :

   Je partage mot pour mot l'avis de Chiffonnette, j'aurais donc pu m'abstenir de faire un billet (me direz-vous) mais je suis bavarde, vous le savez. Je vais donc digresser un peu à partir de ce "lieu incertain" en essayant d'éviter de répéter ce qui a été dit.
   
   J'ai lu "L'armée furieuse" avant "Un lieu incertain". C'était les vacances, j'avais du temps, l'esprit léger et enclin à la récréation. Vargas est parfaite dans ces moments-là aussi, Je peux le dire à Chiffonnette qui l'a testée en hiver après le boulot où elle était parfaite également. Le serait-elle toujours? Dans une certaine optique, oui.
    Cette "Armée furieuse" arrivait pour moi après un temps assez long sans avoir suivi les aventures d'Adamsberg ce qui me fit y voir pour la première fois des personnages (et non secondaires) que j'aurais dû déjà connaître. Aussi, "L'armée furieuse" une fois retournée à ses casernements, comme j'avais toujours du temps et que mon appétit de Vargasseries n'était pas tout à fait rassasié, j'ai enchainé avec le chaînon manquant.
   
   Évidemment, si on cherche la vraisemblance, Fred Vargas n'est pas indiquée, mais il y a une logique interne et on peut tenter de deviner le coupable et y arriver parfois. C'est plutôt comme une forme de conte moderne, une mythologie policière et humaine... et alors? Ce n'est pas interdit. A certains moments, c'est ce qu'il nous faut aussi. Et non, je n'ai pas trouvé cet épisode plus compliqué que les autres. Ni moins, bien sûr. On s'y retrouve sur les terres de Vlad III l'empaleur alors bien sûr, nos amis les vampires montrent le bout de leurs canines... Mais nous sommes au 21ème siècle que diable! et tout le monde affirme ne pas y croire bien que, en fin de compte, sous un prétexte ou un autre, tout le monde agisse comme s'il y croyait
   
   Chose pas si courante, Adamsberg frôle ici la mort. Je dis ça pour les amateurs d'émotions sentimentales qui seront d'ailleurs comblés car il s'y découvre également un fils devenu adulte (et devenu quoi d'autre en même temps? Là est la question).
   Nous y faisons également la connaissance d'un médecin remarquable à plus d'un titre et que nous retrouverons dans "L'armée furieuse".
   Pour ce qui est des animaux, un chaton prend ici le rôle qu'occupera le pigeon dans l'opus suivant, incarnant la place que le commissaire -et son auteur sans doute- accordent au monde animal dans leur vision du monde.
   
   C'est bien, c'est agréable à lire, le contrat implicite qui nous fait ouvrir un Fred Vargas est totalement rempli. Que demander d'autre? Moi, j'étais contente.

critique par Sibylline




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