Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Monde Perdu de Patrícia Melo

Patrícia Melo
  Monde Perdu
  Eloge du mensonge
  O Matador

Patrícia Melo est une écrivaine brésilienne née en 1962.

Monde Perdu - Patrícia Melo

Loin de Copacabana
Note :

   Patrícia Melo a publié en 2006 avec «Monde Perdu» la suite très réussie de son premier roman qui fit sensation au Brésil en 1995, «0 Matador», histoire d'un tueur, Máiquel, "comme Máiquel Jackson, l'artiste". Le passé du tueur et de ses ex-compagnes revient de manière nécessaire et parfois allusive au milieu des zones d'ombres du récit.
   
   Máiquel est en cavale dans tout ce second roman. Revenu à São Paulo en raison du décès de sa tante, il consacre l'argent dont il a hérité à rechercher sa propre fille. Il paie les services de détectives pour la retrouver et, prétend-il, seulement pour récupérer Samanta bientôt adolescente. Il rêve aussi de reprendre Erica et de se débarrasser de son amant le pasteur Marlênio.
   
   La cavale transforme le roman en "road movie" à la brésilienne, et n'évitant que le Nordeste. Loin des sambas, on parcourt les villes du Centre-Ouest et des fronts pionniers amazoniens. Grâce aux services des détectives, Máiquel retrouve la piste d'Erica à Campo Grande, capitale du soja au Mato Grosso du Sud, où elle est devenue "évêquesse" faisant fortune sur le dos des pauvres qui fréquentent son temple où Marlênio officie. De voiture en camion et de bateau en avionette, l'itinéraire de Máiquel s'écarte des étapes touristiques les plus connues. Il croise des trafiquants de drogue, des paysans sans terre, des femmes fatales au sens propre comme au figuré. Silvia qui dévalise le tueur pour s'acheter une arme et tuer son père — «Dire que j'ai couché avec cette femme…» ou Eunice qui participe au début l'aventure; une originale qui lit tout ce qui est écrit le long des routes. Jusqu'au moment où elle s'aperçoit qu'il est réellement un tueur recherché par la police fédérale, tandis que TIGRE, un pauvre bâtard de cabot est la source de diverses complications qui prouvent l'esprit tortueux du narrateur et son respect de la vie des animaux plus que des hommes.
   
   Les traditions populaires se découvrent sur le bric-à-brac des marchés aux herbes où les amoureuses recherchent des philtres magiques. Comme la forêt grignotée par les fronts pionniers, la société est peu à peu conquise par les sectes évangéliques. Au-dessus de Marlênio et d'Erica, une sorte d'archévêque, Otavio Freitas, possède une douzaine de temples dont le summum est le "Jésus Rassemble Son Troupeau dans le Jardin Fleuri de la Libération" : ce supermarché de la religion est d'ailleurs qualifié de "Wal-Mart de Dieu" par le narrateur. À travers lui, Patricia Melon dénonce leur message simpliste, l'enrichissement sur le dos des foules crédules persuadées que tout peut être pardonné, comme une ardoise qu'on efface. Même les crimes?
   
   La recherche de Samanta se transforme progressivement en opération anti-Marlênio. Elle permet de visiter la société brésilienne dans sa diversité et son climat de violence. L'écriture est fougueuse, rapide, vive et captivante, si bien que la dernière page arrive trop vite!
   ↓

critique par Mapero




* * *



Desperado
Note :

   Maiquel (prononcez comme Michael Jackson!) est un ancien tueur à gage en cavale depuis près de dix ans. Suite à une accusation de meurtre qu'il n'a pas commis, il a tout perdu: sa femme, tuée, sa petite fille, Samanta, enlevée par Erika, son ex-compagne, et sa liberté.
   A l'occasion de l'enterrement d'une vieille tante, la tante Rosa qui lui laisse un petit pécule, Maiquel refait surface et décide de retrouver sa fille et de l'arracher à des parents qui ne sont pas les siens.
   
   Patricia Melo entraîne son héros, haut en couleurs, Maiquel dans un road movie à travers le Brésil et ses diverses facettes: des évangélistes, richissimes au pouvoir spirituel inquiétant, dont font partie Erika et son mari, le pasteur Marlênio, celui par qui la cavale a commencé, aux trafiquants de drogues au fin fond de la Bolivie, le lecteur regarde défiler, hagard, les paysages déshérités brésiliens où campent, grillant de désespoir et de haine, les "sans terre", rebelles immobiles et inamovibles, taches désagréable sur la carte postale d'un pays émergent en pleine croissance économique.
   
   Maiquel glisse, imperturbable, entre les bras de femmes dont les différences font le charme, dont les désirs font leur singularité, semblant hermétique à toute espèce d'attachement sentimental, à tout début de tendresse. Et pourtant, derrière l'entêtement, la rage de vaincre et le désir brûlant de vengeance, se cache l'aspiration à une vie normale, une vie que tout homme souhaite vivre aux côtés d'une épouse et d'enfants qu'il peut regarder grandir. Derrière la violence des sentiments et des émotions, apparaît la douceur et la tendresse d'un père qui ne put l'être, derrière l'indifférence se dévoile la compassion envers la création, celle que Maiquel éprouve pour Tigre, le chien famélique, galeux, à l'article de la mort, qu'il embarque dans sa course folle. Tigre serait-il une des issues menant à l'amour, au retour à la normalité? Tigre serait-il l'image unique d'un monde qui ne soit pas encore gangrené par le mercantilisme, le mensonge ou la corruption? Tigre deviendrait-il le compagnon qui ferait mentir la devise que Maiquel a fait tatouer sur son bras "Rien à foutre"?
   
   Le lecteur suit, suant à grosses gouttes, craignant parfois pour sa vie, ce desperado au coeur pas totalement froid, sur les routes défoncées d'un Brésil loin des images de carte postale: le chaos est immense tant pour la spiritualité qui se réfugie dans les églises évangélistes que pour le quotidien des bras misérables des travailleurs sans avenir. Les combines et les trafics permettent de survivre parfois, de mourir violemment souvent.
   
   "Monde perdu" est un roman sauvage, fleurant bon l'Ouest des desperados aux colts fumants et aux chevaux écumants (Maiquel fait écumer ses chevaux mécaniques) avec parfois une langue crue voire vulgaire à l'aune de la misère de ce monde d'égarés. Maiquel est un alone cow-boy en quête d'une seconde vie, celle qu'il a ratée il y a dix ans. L'amertume d'une vie gâchée sans qu'on puisse rien y faire, englué dans un système de compromissions, d'omissions, de roueries et d'une faim inextinguible du toujours plus, laisse une ligne diffuse en filigrane du road movie: celle d'un homme qui continue de se heurter à ce qu'il exècre depuis toujours, la valse des intérêts et des profits... les bons et les méchants ne sont parfois pas ceux que l'on croit!

critique par Chatperlipopette




* * *