Lecture / Ecriture
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Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes

Miguel de Cervantes
  Don Quichotte de la Manche
  Dès 09 ans: Don Quichotte
  Dès 1O ans: 13 aventures de Don Quichotte

Miguel de Cervantes Saavedra est un romancier, poète et dramaturge espagnol né en 1547 et mort en 1616 à Madridnote. Il est célèbre pour son roman "L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche", publié en 1605 et reconnu comme le premier roman moderne.

Don Quichotte de la Manche - Miguel de Cervantes

L'Ingénieux Hidalgo
Note :

   Vous savez comment sont les lectures. Elles s’enchaînent les unes aux autres ou plutôt, s’entraînent les unes les autres.
   
   C’est parce que le personnage principal de "Tout au contraire" que j’avais lu pour les mois André Brink, ne se séparait pas de son "Don Quichotte" et y trouvait toujours aide, conseil ou réconfort, que j’ai eu envie d’y remettre le nez.
   
   Qui a lu Don quichotte intégralement ? Pas moi en tout cas. On en lit le plus souvent des versions abrégées ou au mieux un seul tome. Mon avis, c’est que le mieux est de lire in extenso une version abrégée, de la mettre de côté, mais de se procurer alors une version intégrale que l’on posera à un endroit stratégique pour les pauses: chevet, table basse… et, à chaque fois que l’occasion (ou le besoin) s’en présentera, en lire ensuite des extraits, si possible, par chapitre entier (ils sont courts), en ouvrant au hasard.
   
   J’ai donc trouvé à la bibliothèque plusieurs versions de ce chef d’œuvre dont on dit communément qu’il a été le premier roman moderne et j’en ai emprunté successivement plusieurs. La version abrégée dont je vous parlais plus haut, en format poche (les éditions sont nombreuses), puis le bel album édité par Joseph Gibert, grand format, avec des gravures de Gustave Doré. Cet album est intéressant pour les gravures car leur format A4 permet de bien les voir en détail. Par contre, ces dessins ne sont accompagnés que d’extraits d’une page qui ne permettent pas de suivre une histoire cohérente.
   Pour conserver finalement, la version moderne (1997) dans la traduction d’Aline Schulman. J’ai l’édition Seuil grand format, de présentation vraiment bien agréable. Mais cette traduction est parue en format de poche collection Points. Si le grand est plus «confortable» à lire, le petit est moins cher… à chacun de voir.
   
   Il faut oublier le monument littéraire qu’est (et a été dès sa parution en 1605) ce roman. Il faut au contraire se souvenir que, plus qu’un roman, c’est un conte, destiné à être lu à voix haute pour animer des loisirs paisibles et écouté en se livrant au monde de rêveries qui y est offert. C’était fait pour faire rêver ou rire le lecteur, le faire voyager, le distraire d’aventures pas encore «rocambolesques», l’amuser, le captiver, l’amener à juger, à s’exclamer. Lui faire prendre du plaisir. Ce qui est extraordinaire avec Don Quichotte, c’est que plus de 400 ans plus tard, ce plaisir, nous l’y trouvons toujours.
   
   Ce roman a fondé des mythes, ses personnages sont devenus des stéréotypes, des noms communs. On peut y trouver un sens différent selon qui le lit ou même selon le moment auquel le lecteur le consulte. Mais ce n’est pas un monument devant lequel s’incliner avec respect. Celui qui s’incline ne regarde pas. C’est un conte auquel se livrer, confier notre imagination et duquel attendre du plaisir. Nous ne serons pas déçus.
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critique par Sibylline




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Lecteur compulsif non anonyme
Note :

   «Dans une bourgade de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait, il n'y a pas longtemps, un hidalgo, de ceux qui ont lance au râtelier, rondache antique, bidet maigre et lévrier de chasse. Un pot-au-feu, plus souvent de mouton que de bœuf, une vinaigrette presque tous les soirs, des abattis de bétail le samedi, le vendredi des lentilles, et le dimanche quelque pigeonneau outre l'ordinaire, consumaient les trois quarts de son revenu. Le reste se dépensait en un pourpoint de drap fin, des chausses de panne avec leurs pantoufles de même étoffe, pour les jours de fête, et un habit de la meilleure serge du pays, dont il se faisait honneur les jours de la semaine. […]
   Or, il faut savoir que cet hidalgo, dans les moments où il restait oisif, c'est-à-dire à peu près toute l'année, s'adonnait à lire des livres de chevalerie, avec tant de goût et de plaisir qu'il en oublia presque entièrement l'exercice de la chasse et l'administration de son bien. Sa curiosité et son extravagance arrivèrent à ce point qu'il vendit plusieurs arpents de bonnes terres à blé pour acheter des livres de chevalerie à lire. Aussi en amassa-t-il dans sa maison autant qu'il put s'en procurer.»

   C'est ainsi que commencent les aventures de l'un des personnages les plus célèbres de la littérature occidentale, don Quichotte de la Manche, le chevalier de la Triste-Figure.
   
   Lecteur compulsif, atteint d'une forme aigüe de bibliomanie, notre homme va peu à peu – comme chacun le sait – perdre le sens de la réalité et s'improviser chevalier errant, à l'image des héros de ses lectures tels que le Roland de l'Arioste ou encore Amadis de Gaule, qu'il considère comme le modèle et parangon du parfait chevalier.
   Résolu à défendre la veuve et l'orphelin, l'hidalgo s'équipe d'une vieille armure rouillée et, juché sur un étique bidet qu'il aura auparavant baptisé du nom de Rossinante, le voilà parti sur les routes, au grand désespoir de sa gouvernante et de sa nièce, incapables de museler sa folie, malgré l'aide du curé et du barbier, amis de don Quichotte, eux aussi stupéfaits de cette étrange lubie.
   Mais comme tout bon chevalier se doit d'avoir à son service un écuyer fidèle, don Quichotte va se choisir comme compagnon un paysan des environs: Sancho Panza.
   Ainsi va se former un des couples les plus célèbres de la littérature, dont les silhouettes, l'une grande et efflanquée, l'autre grasse et courtaude, inspireront au cours des siècles nombre de peintres et illustrateurs dont Gustave Doré, Honoré Daumier, Picasso, Dali, Raymond Moretti et plus récemment Gérard Garouste.
   
   Mais comme tout chevalier se doit également d'accomplir de hauts-faits en l'honneur d'une Dame, don Quichotte va mener ses exploits au nom de Dulcinée du Toboso, qui est en réalité une paysanne rustaude nommée Aldonza Lorenzo, qu'il n'a bien sûr jamais vue mais à qui il déclare amour et fidélité.
   
   Parcourant les chemins du Royaume d'Espagne, nos deux compères vont rencontrer maintes aventures au cours desquelles don Quichotte prendra les auberges pour de somptueux châteaux et les servantes pour des princesses.
   Les épisodes les plus célèbres restent bien sûr ceux où le chevalier de la Triste-Figure croit voir des géants en place de moulins à vent et confond deux troupeaux de moutons avec les armées du grand empereur Alifanfaron opposées à celles de Pentapolin, roi des Garamantes, tout cela sans oublier l'acquisition du légendaire armet de Mambrin, légendaire couvre-chef qui n'est en réalité qu'un plat à barbe!
   
   S'insérant entre ces nombreuses et cocasses aventures, viennent se placer, s'intercalant dans le récit, d'autres histoires, narrées par des personnages de rencontre, digressions dont les plus importantes sont les aventures de Luscinde et Cardenio suivies par le récit du Curieux Malavisé et l'histoire du Captif.
   Le rythme des aventures du chevalier de la Triste-Figure est également temporisé par les nombreux dialogues qu'entretiennent don Quichotte et Sancho Panza, passages savoureux dans lesquels les deux comparses devisent sur la question de la supériorité des armes et des lettres ou encore de la rémunération que doit un chevalier errant à son écuyer.
   
   Dès sa publication, en 1605, «L'ingénieux hidalgo don Quichotte de la Manche» connut un succès phénoménal, au point que,quelques années plus tard, en 1614, parut une suite qui n'était pas de la main de Cervantes, œuvre apocryphe attribuée à un certain Alonso Fernández de Avelladena.
   Afin de couper court à cette usurpation, Cervantes publia la deuxième partie de son roman en 1615, en ne manquant pas de s'en prendre, dès le prologue, à l'imposteur qui s'est emparé de ses personnages. Cervantes ira même jusqu'à faire mourir don Quichotte à la fin du second volume, afin d'empêcher toute nouvelle usurpation de son œuvre. Certains s'y essaieront pourtant, tels Filleau de Saint-Martin qui, en traduisant le roman, en modifiera la fin afin de redonner vie à don Quichotte, et Robert Challe qui publia en 1715 la «Continuation de l'histoire de l'admirable Don Quichotte de la Manche».
   
   Considéré au départ comme un roman comique, une parodie des romans de chevalerie, «Don Quichotte» fut perçu différemment par les lecteurs au cours des siècles suivants: on y vit une métaphore de l'opposition entre l'individu et la société, puis une critique sociale, un éloge de la folie et/ou de l'idéalisme, etc. Les interprétations de l'œuvre de Cervantes sont légion et les hypothèses émises à son sujet sont loin d'être taries.
   
   On pourrait ainsi gloser à l'infini sur le "Quichotte", mais une chose reste sûre, le lecteur, émerveillé par la lecture du roman de Cervantes, n'oubliera pas de sitôt ces deux silhouettes – l'une, filiforme, dressée sur sa monture famélique, et l'autre, pansue et replète, juchée sur son âne – se profilant sur l'azur du ciel de la Mancha.

critique par Le Bibliomane




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