Lecture / Ecriture
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La culasse de l'enfer de Tom Franklin

Tom Franklin
  La culasse de l'enfer
  Braconniers
  Le retour de Silas Jones

Thomas G. Franklin est un auteur américain né en 1963 dans l'Alabama.

La culasse de l'enfer - Tom Franklin

Les visiteurs de la nuit
Note :

    Un appartement parisien, la nuit.
   
   Plops !
   Plops !
   Deux hommes apparaissent, semblant sortir d'un livre posé grand ouvert sur un bureau. L'homme le plus âgé porte une étoile de shérif sur la poitrine et deux pistolets à la ceinture, le plus jeune semble fatigué et porte des vêtements usés.
   
   L'homme âgé : Tiens, Mack! Tu es là toi aussi... Cela faisait un sacré bout de temps que je ne t'avais pas vu!
   Mack : Bonjour shérif Waite, cela me fait plaisir de vous revoir depuis tout ce temps! Comment allez-vous ?
   Le shérif Waite : Je mène mon petit bout de chemin, bien tranquille... Bien plus tranquille que lors de notre dernière rencontre alors que la Culasse de l'enfer mettait tout le patelin à feu et à sang.
   Mack : Ouais, c'est plus calme maintenant. Faut dire que c'était une sacrée époque!
   Waite : Et quand on pense que tout est parti d'un simple meurtre... Qui aurait pu penser que tant de sang serait versé. Tous simplement parce que le cousin de la victime a voulu venger son meurtre en créant une confrérie secrète. Et que tous les frustrés, les cinglés ou les faibles du coin y ont vu l'occasion de se venger de ceux qui possèdent un peu plus et de se faire un peu d'argent facilement. Et toi et ton frère vous vous êtes laissé entraîner dans cette sale affaire...
   Mack : Oui, malgré la culpabilité ! Mais vous, vous ne vous êtes pas laissé guider par la vengeance pure et simple et vous avez traqué les coupables quels qu'ils soient et quels que soient leurs motivations...
   Waite : Yep... faut pas oublier mon petit gars que tu étais responsable de...
   
   Cécile, mal reveillée mais furieuse : Non, mais, c'est pas bientôt fini ce vacarme?! Vous vous croyez où, les deux zozos ? Au bouge du coin en train de siffler du tord-boyaux? Voulez-vous me faire le plaisir de retourner fissa dans ce roman et me laisser dormir!!! Et que ça saute!!!
   Plops !
   Plops !
    ↓

critique par Cécile




* * *



Guerre fratricide en Alabama
Note :

   Avec un tel titre, ça sent le western et la poudre. Sauf que l'affaire se passe entièrement dans le Sud profond, une génération après la guerre de Sécession dont l'écho se répercute en quelques passages du roman.
   
   Tom Franklin nous immerge en Alabama dans le comté de Clarke juste au nord de Mobile; il rend palpable son climat chaud et humide accompagné d'une végétation exubérante: des pacaniers, des liquidembars, et la fameuse mousse espagnole qui pend aux branches des arbres comme dans la Louisiane des romans de James Lee Burke (par ex. "Dans la brume électrique avec les morts confédérés", filmé par Tavernier). Dans cette nature sauvage vit une faune caractéristique: le raton laveur, l'opossum, le mocassin — c'est un serpent — ou encore l'oiseau moqueur et le colin de Virginie... Tout en relevant du pittoresque ces éléments participent de la puissance de la création romanesque.
   
   Inspirée par des événements tragiques bien réels, l'action se passe en 1898, à Grove Hill, chef-lieu du comté de Clarke, et dans la campagne environnante, peu peuplée. Cent ans plus tard, la densité du comté restera inférieure à 10 habitants au kilomètre carré. Il serait toutefois exagéré d'attribuer aux violences et aux crimes de la "Culasse de l'enfer" la seule cause de cette sous-population persistante... Cette violence exprime la brutalité du milieu social et est accentuée par l'analphabétisme et par l'alcool: «On disait que les Bedsole connaissaient des amis distillateurs (ou qu'ils distillaient du whiskey eux -mêmes), qu'ils se déplaçaient toujours avec une bonbonne de leur tord-boyaux et que quand ils repartaient, les cultivateurs avaient été "convertis" à leur cause par une muflée de tous les diables.»
   
   Le lecteur doit faire l'effort de retenir de nombreux personnages. En voici quelques-uns. William et Mack Burke sont deux adolescents hébergés par leur grand-mère, la veuve Gates, une sage-femme qui a accouché à peu près tous les humains du coin. Beaucoup de modestes paysans, petits propriétaires, ou fermiers, souvent endettés auprès d'un notable qui fait office de crédit agricole. Ces «paysans pauvres comme Job» dont les enfants vont pieds nus cultivent le coton; ils sont presque tous blancs — du moins le récit n'évoque-t-il que rarement les Noirs, ceux qui n'entrent dans les magasins et chez les notables que par la porte de derrière. Tooch Bedsole est commerçant à Mitcham Beat, il tient le "general store" où s'approvisionnent les fermiers qui, suite à l'assassinat de son cousin Arch, ont formé cette coalition de paysans en armes appelée "la Culasse de l'enfer", sous prétexte que le shérif Billy Waite ne ferait plus respecter ni l'ordre ni la loi. C'est aussi l'avis des juges. «J'ai mené mon enquête, dit l'un, sur tout un tas d'incidents. Les incendies. Le bétail abattu à coups de fusil. L'église nègre saccagée de fond en comble. Le colporteur qui s'est envolé.» Et l'autre juge de conclure: «Et tout le monde dit la même chose, Billy. Je parle des électeurs. Que t'es trop vieux pour t'attaquer à une bande pareille.»
   
   Cette bande sanguinaire — dont on n'apprendra la véritable origine qu'à la fin du roman — groupe des voyous qui n'hésitent pas à venir tuer jusqu'en ville, avec la certitude de jouer aux justiciers, ainsi en est il quand Ernest McCorquodale veut expulser le pauvre Floyd Norris. Cela donne à l'affaire une allure de guerre sociale. D'autant qu'en face, et malgré le doigté du shérif, mais profitant de sa relative faiblesse, son beau-frère Oscar, le juge de paix, entreprend d'organiser une véritable vendetta des gens de la ville contre les amis de Tooch Bedsole, le tout sur la foi de «ce satané» Ardy Grant, un dangereux propre à rien plein d'ambition qui se verrait bien shérif.
   
   Le roman, dont la complexité s'apparente à un savant mécanisme d'horlogerie, fait du shérif Waite le personnage principal: de façon classique et comme dans un western, il est pris entre un sens des valeurs relativement teinté d'humanisme et l'obligation de faire tirer sur des criminels. Autre personnage clé, le jeune Mack Burke est coincé entre la crainte du shérif parce qu'il a contribué à un assassinat, et la crainte de Tooch, le chef de bande à qui sa grand-mère l'a remis comme esclave pour payer ses dettes. Ce ne sont là que quelques éléments pour inciter à ouvrir ce remarquable roman d'action autant que d'atmosphère et se laisser prendre par sa lecture envoûtante au fil du carnage.
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critique par Mapero




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Le souffle puissant de l'Ouest
Note :

    Tom Franklin, auteur solide de l'Amérique rude et rurale nous entraîne quelque part du côté de la Porte du Paradis, le célèbre et ruineux western de Michael Cimino. La Culasse de l'Enfer est le nom de la milice créée par les paysans de l'Alabama plutôt pauvres pour se venger de métayers voisins un peu plus riches.
   
    Ce roman,d'une violence inouïe, parle d'un monde de misère et de saleté en une sorte de western de poussière et de boue où règnent le mauvais alcool et la loi du plus fort. Franklin comme bien d'autres écrivains américains, possède le souffle à la mesure du pays, si vaste et surtout si complexe et que les Français connaissent si mal, encombrés de clichés qu'ils sont dès qu'il s'agit de l'Amérique. On imagine très bien le shérif vieillissant, figure un peu classique mais bien dessinée, sous les traits de Clint Eastwood, Robert Duvall ou Tommy Lee Jones.
   
   A lire d'urgence avant l'adaptation inévitable à mon avis.

critique par Eeguab




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