Lecture / Ecriture
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Vents de Carême de Leonardo Padura

Leonardo Padura
  Vents de Carême
  Adios Hemingway
  Les brumes du passé
  L'automne à Cuba
  L'homme qui aimait les chiens
  Hérétiques
  Les quatre saisons - T1 - Passé parfait

Leonardo Padura Fuentes est un journaliste et écrivain cubain né en 1955.

Vents de Carême - Leonardo Padura

Vents de folie sur La Havane
Note :

   Ingrédients:
   
   - Le flic, Mario dit Le Conde, la trentaine bien entamée, désabusé, mélancolique et solitaire, gourmand, grand lecteur et écrivain velléitaire.
   - La femme fatale - "Sous l'éclat du soleil, elle étincelait comme une vision d'un autre monde: la chevelure rousse, incendiée, frisée et souple..." . Vous voulez parier que notre flic mélancolique va se retrouver avec le coeur en capilotade?
   - Les amis du flic: le caïd plus-ou-moins-rangé plus-ou-moins-indic, le médecin à la vie bien réglée, le mordu de base ball cloué dans un fauteuil roulant et la mère de ce dernier qui nourrit tout ce petit monde à grands renforts de pot-au-feu à la madrilène et de tamal en cocotte...
   - La victime: femme, jeune professeur de chimie dans un lycée "chic", violée, torturée, étouffée...
   - La troupe des suspects: collègues et élèves de la victime...
   
   Et enfin, le décor: La Havane au printemps, en proie aux bourrasques du "Vent de Carême", aride et suffocant, comme envoyé directement du désert, déroulant sur la ville des nuées de poussière.
   
   Mélangez le tout, puis laissez mijoter pendant 226 pages.
   Vous obtiendrez un roman policier dont l'auteur s'est manifestement amusé à enfiler les clichés comme des perles sur un colier, un roman policier sans surprise et que j'aurai sans doute vite oublié, mais un roman que j'ai pris plaisir à lire, partageant l'amusement - manifeste - de l'auteur...
   
   Un petit extrait (un des passages les plus savoureux du livre, Le Conde attend un coup de téléphone de sa Rousse Incendiaire...):
   
   "Six heures moins le quart et elle n'appelle pas. Rufino, le poisson de combat, fit un tour rapide de la rondeur sans fin de son aquarium et s'immobilisa, tout près du fond: le poisson et le policier se regardèrent: mais putain qu'est-ce que tu regardes Rufino? Allez, nage, et, comme si le poisson lui obéissait, il reprit son éternel ballet circulaire. Le Conde avait décidé de fractionner le temps en quarts d'heure et avait déjà trucidé cinq parts égales. Au début, il essaya de lire: il fouilla sur les étagères, écartant les livres qui l'avaient un temps plus ou moins séduit: il ne supportait plus les romans d'Arturo Arango, ce type en écrivait des tas, toujours sur des personnages paumés qui avaient envie d'aller vivre à Manzanillo et de retrouver l'innocence à travers leur petite amie perdue; les nouvelles de Lopez Sacha, pas question, elles étaient bavardes, chichiteuses et plus longues qu'une condamnation à perpétuité (...) Elle est belle la littérature contemporaine! se dit-il, et il choisit un petit roman qui lui paraissait ce qu'il avait lu de mieux ces derniers temps: Fiebre de caballos. Mais il manquait de concentration pour apprécier cette prose et il ne put aller au-delà de la deuxième page. Alors il voulut faire du rangement: sa maison lui paraissait un entrepôt d'oublis et de négligences, il se jura de consacrer la matinée du dimanche à laver des chemises, des chaussettes, des caleçons et même des draps. Laver des draps, quelle horreur! Ainsi les quarts d'heure tombaient, lourds, compacts. Putain de téléphone, je t'en supplie, sonne! Mais il ne sonnait pas. Il décrocha pour la cinquième fois pour vérifier qu'il fonctionnait bien et remit l'écouteur en place..."
   
   Les quatre saisons :
   
   Passé parfait - Pasado perfecto
   Vents de carême - Vientos de cuaresma

   Electre à la Havane _ Mascaras
   L'automne à Cuba - Paisaje de otono
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critique par Fée Carabine




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2nd épisode du cycle «Les Quatre saisons»
Note :

   Leonardo Padura est journaliste-écrivain cubain et c’est par le biais de polars désabusés, dont le héros est l’Inspecteur Mario Conde, qu’il nous entretient de la réalité cubaine. Cuba, clochard magnifique dans la société des Etats.
   
   A l’image de Cuba, Mario Conde est aussi un clochard magnifique dans le monde des policiers. A vrai dire, telle que la situation est décrite par Leonardo Padura, la société cubaine étant tellement bridée et contrôlée, la délinquance semble évoluer un cran en-dessous d’autres sociétés, telles les occidentales par exemple. Mais les moyens sont aussi en-deça à en croire Leonardo Padura. Les moyens mis à la disposition de Mario Conde et de ses confrères relèvent plutôt de la catégorie: «la b… et le couteau»! Heureusement l’intelligence fera toujours la différence et le non-conformisme de Mario Conde se révèle plutôt un avantage. Non-conformiste, aux amis tous cabossés par la vie (j’ai peur que ce soit assez commun à Cuba), qui noie chagrin et solitude dans des cuites au rhum récurrentes, qui ne trouve à manger qu’en squattant la cuisine de son meilleur ami (il n’est qu’à lire Zoé Valdès pour vérifier cette donnée terrible concernant le quotidien de Cuba; on y meurt de faim et d’étouffement), Mario Conde a cependant pour lui d’être intelligent, lucide – et accessoirement d’avoir pour papa de plume Leonardo Padura!
   
   Aussi quand une jeune, jolie et plutôt aisée professeur de Chimie est retrouvée assassinée et que des faits troubles – incompatibles avec la réalité cubaine – rendent le dossier explosif, on le confie à Mario Conde. Cuba n’est pas si grand et il se trouve que cette jeune professeur de Chimie enseignait dans le lycée où Mario Conde fit ses études, l’occasion de quelques pages de nostalgie. Il en profite aussi pour tomber amoureux et … nous sommes à Cuba, où rien n’est simple et les amours sûrement pas heureuses …
   
   Bref, nous allons suivre une enquête à la Mario Conde en en profitant pour sentir un peu ce qu’est la réalité cubaine (ça n’a pas dû énormément changer encore?). On évolue en permanence dans une brume psychologique aux relents amers et désabusés, on se cuite régulièrement au rhum et on va manger le soir dans la cuisine de Josefina, la mère du «Flaco» …
   
   C’est très bien fait et pour ma part j’aime beaucoup. Et d’abord, quelqu’un qui aime autant Hemingway – je parle de Padura – ne peut pas être mauvais!
   
   « Le rhum, ça peut s’arranger, pensa-t-il, même dans les limites de la loi. La difficulté était de combiner le rhum avec cette femme qu’il avait rencontrée trois jours plus tôt et qui provoquait chez lui cette gueule de bois d’espoirs et de frustrations. C’était le dimanche précédent, après avoir déjeuné chez le Flaco, qui n’était plus du tout maigre, et constaté que Josefina était de mèche avec El Diablo. Seul ce boucher au surnom infernal pouvait encourager le péché de gourmandise où les avait précipités la mère du Flaco: incroyable mais vrai, pot-au-feu à la madrilène, presque authentique, expliqua la femme qui les fit passer à la salle à manger où les attendaient les assiettes de bouillon et, circonspect et débordant de promesses, le plat de viandes, de légumes et de pois chiches. »

critique par Tistou




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