Lecture / Ecriture
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Mariage à la Mode de Katherine Mansfield

Katherine Mansfield
  Mariage à la Mode
  La maison de poupée
  La garden-party

Katherine Mansfield est une écrivaine et poétesse néo-zélandaise, née en 1888 et décédée (tuberculose) en 1923.

Mariage à la Mode - Katherine Mansfield

Hard Candy
Note :

   Repéré il y a des mois sur les blogs, classé parmi le challenge anti-PAL que je m’étais fixé fin 2007, «Mariage à la Mode» de Katherine Mansfield a attendu bien longtemps dans ma bibliothèque mais voilà, je l’ai enfin lu. Bien m’en a pris, car j’ai passé un très bon moment; plus encore, j’avais justement besoin de ce type de texte en ce moment. Je précise au passage que j’essaie de lire en parallèle deux autres romans qui ne me passionnent pas, d’où l’effet salvateur de ce petit recueil.
   
   Tirés de «La Garden-Party et autres nouvelles», les deux textes de ce recueil ont le mérite :1) d’inciter fortement le lecteur à prolonger le plaisir avec la découverte du recueil complet ; 2) de donner un aperçu intéressant de l’œuvre de Mansfield, réputée pour ses talents de nouvelliste. J’avoue avoir parfois un peu peur après plusieurs lectures décevantes dans cette collection Folio 2 € (j’en parlais après ma lecture de Mark Twain*).
   
   Bizarrement, Mansfield fait partie de ces auteurs classiques un peu oubliés après avoir été en vogue à une certaine période. Voilà en quelques mots ce que nous raconte monsieur Folio à ce sujet.
   
   Mansfield (1888-1923) est un auteur néo-zélandais. Ayant étudié au Queen’s College à Londres, elle passe quelques années entre la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre où elle choque la bonne société en «s’éloignant» du jeune violoncelliste Arnold Trowell pour devenir la maîtresse de son frère jumeau violoniste, Garnet. Shocking! Alors qu’elle est enceinte de Garnet (dont les parents s’opposent bien sûr à une éventuelle union), Mansfield épouse finalement George Bowden, «un professeur de chant plus âgé qu’elle de trente et un an», «pour le quitter le jour même». (Notez, amis lecteurs, le côté sulfureux de cette biographie qui a au moins le mérite de nous tenir en éveil par son petit côté piquant même si, jusqu’ici, hormis la publication de quelques nouvelles, rien de bien littérairement significatif n’est arrivé à la jeune Katherine) Mansfield, rayée du testament de sa mère, fait également une fausse couche avant de continuer à mener une vie sentimentale forte en rebondissements. Au début des années 1910, Mansfield commence à souffrir de tuberculose ; la maladie ne sera pas diagnostiquée à cette époque mais la pousse à se rendre dans le sud de la France en 1917. Cette période est aussi marquée par le décès de son frère victime d’une grenade et dont la mort touche particulièrement l’auteur. Mansfield, après avoir fait notamment la connaissance de D.H. Lawrence avant son installation en France, devient également l’amie de Virginia Woolf. Cette dernière pousse Mansfield à publier; deux recueils voient le jour : «Félicité» en 1920 et «La Garden-Party» en 1922. D’autres nouvelles, le journal et les lettres de Katherine Mansfield seront également publiés à titre posthume.
   
   Passons le côté people et parlons maintenant de ces deux nouvelles.
   
   «Mariage à la Mode» est l’histoire de William, travaillant à Londres et venant passer ses week-ends en bord de mer auprès de son épouse et de ses enfants. Amoureux fou de sa femme, heureux en famille, William a dû s’habituer aux nouvelles exigences de son épouse, toujours charmante mais très influencée par un groupe d’amis. Une grande maison, des domestiques, peu d’intimité. Voilà à quoi se résume désormais la vie de William, pourtant prêt à faire chaque week-end beaucoup de concessions.
   
   Entre cet homme qui souffre d’une douleur à la poitrine (annonce de mort imminente? symbole de son malheur?), sa femme jolie mais frivole, les relations envahissantes profitant des moyens financiers de l’avocat et deux enfants auxquels il ne peut plus offrir de jouets (à la demande de sa femme) et dont les bonbons et autres cadeaux comestibles sont accaparés par l’épouse et ses amis, «Mariage à la Mode» est un texte au final assez mélancolique aux personnages extravagants.
   
   «La Baie», qui constitue l’essentiel de ce recueil, est un récit retraçant la journée des habitants de Crescent Bay, de l’aube jusqu’aux premières heures de la nuit. Vacances en famille, désirs personnels, vie quotidienne, rêves enfouis sous une réalité tout autre, conventions, alliances et animosité ne sont pas en reste dans un tableau réaliste exécuté avec une certaine légèreté.
   
   Si les sujets ne sont pas forcément très joyeux, ces textes restent pourtant agréables, comme baignés de la lumière et caressés par la mer toutes deux omniprésentes dans ces récits. Les défauts, les sentiments négatifs aussi bien que les aspects plus positifs de la nature humaine sont révélés avec simplicité et avec un certain recul qui pose le narrateur en simple observateur omniscient. C’est au lecteur de juger de la conduite des uns et des autres s’il le souhaite. Reste un portrait parfois tendre, souvent acidulé brossé par une plume très agréable. Tout en finesse, ces deux récits qui m’ont parfois fait penser aux toiles de Sorolla ou de Mary Cassatt méritent sans aucun doute d’être (re-)découverts.
   
   Extrait de La Baie:
   
    « La mer était basse; la plage était déserte; les flots tièdes clapotaient paresseusement. Le soleil ardent, flamboyant, tapait dur sur le sable fin; il embrasait les galets veinés de blanc, les gris, les bleus, les noirs. Il absorbait la petite goutte d’eau blottie au creux des coquillages incurvés; il décolorait les liserons roses qui festonnaient les dunes. Tout paraissait immobile, à part les petites puces de mer. Pft-pft-pft Elles n’arrêtaient pas une seconde.
   
   Là-bas, sur les rochers tapissés de varech qui ressemblaient, à marée basse, à des bêtes au long poil descendues boire au bord de l’eau, le soleil tournoyait telle une pièce d’argent dans chaque petite flaque. Elles miroitaient, frissonnaient et d’infimes vaguelettes venaient baigner leurs rives poreuses. Si on se penchait pour l’observer, chaque flaque était comme un lac bordé de maisonnettes roses et bleues; et par-derrière, oh! une immense région montagneuse – des ravins, des cols, des criques dangereuses et des sentiers affreusement escarpés qui menaient au bord de l’eau. Sous la surface ondoyait la forêt marine – des arbres roses, minces comme des fils, des anémones veloutées et des algues orange tachetées de petits fruits. Voici qu’au fond une pierre remuait, oscillait et l’on entrevoyait une antenne noire ; une créature filiforme passait en ondulant et se perdait. Il arrivait quelque chose aux arbres roses tout ondoyants: ils devenaient d’un bleu froid de clair de lune. Et soudain, à peine audible, un tout petit «floc». Qui avait fait ce bruit? Que se passait-il là-dessous? Et comme l’odeur humide du varech était forte sous le soleil brûlant …»

   
   
   * "Un majestueux fossile littéraire" - Mark Twain

critique par Lou




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