Lecture / Ecriture
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La j j a (La honte) de Taslima Nasreen

Taslima Nasreen
  La j j a (La honte)

La j j a (La honte) - Taslima Nasreen

Feux de Bengale
Note :

   Dans ce livre initialement publié à Calcutta en 1993, Taslima Nasreen décrit les violences perpétrées au Bangladesh sur la minorité des hindous par des fanatiques musulmans. La trame du roman est mince ; en revanche les exactions commises sur les Hindous en 1992 et dans les périodes précédentes, notamment en 1979, sont particulièrement précisées. L'auteur exprime violemment ses jugements et ses sentiments, soit directement — ce qui relève de l'essai voire du pamphlet — soit indirectement à travers son personnage de Suranjon et on se situe alors dans la fiction. On sait que la publication de ce "roman" valut à Taslima Nasreen de faire l'objet de menaces de mort (par "fatwa") au Bangladesh, puis plus récemment en Inde même et dans d'autres pays où elle s'est réfugiée.
   
   L'indépendance des Indes en 1947 déclencha, on le sait, de multiples violences inter - confessionnelles qu'aggrava la création d'un Pakistan en deux territoires séparés par l'Union indienne. Il y eut l'exode de dizaines de millions de personnes vers l'un et l'autre État. Mais le sort des minorités ne fut pas comparable entre les deux pays. Dans l'Union Indienne, chaque citoyen a eu les mêmes droits, qu'il soit hindou ou musulman, alors qu'au Pakistan oriental, devenu Bangladesh par sécession en 1971, seuls les musulmans ont des droits : d'année en année leurs Hindous perdirent leurs droits civiques car après 1975 ce pays tomba peu à peu aux mains des extrémistes nationalistes et musulmans. Le communautarisme remplaça ainsi la laïcité.
   
   On peut penser que la vision de l'Union indienne qui apparaît dans ce livre est fortement idéalisée. Taslima Nasreen a voulu donner des images nettement contrastées des deux pays. Pourquoi ? La destruction d'une antique mosquée en Inde en 1992 (Babri masjid) provoqua des troubles graves marqués par des affrontements entre Indiens des deux confessions (cf."Bombay Maximum City" de Suketu Mehta), mais au Bengale oriental c'est par centaines que les temples hindous furent détruits, les Hindous assistant impuissants au viol de leurs femmes et de leurs filles, à la destruction de leurs biens, ou au vol de leurs terres. Aussi, de nouveau, les Hindous ont-ils émigré vers le Bengale occidental (Calcutta…) ou vers Bombay.
   
   La dimension romanesque de ce livre nous montre une famille hindoue, déjà victime dans le passé d'une vente forcée de sa maison et de ses terres, et maintenant victime d'une nouvelle vague de violences : son logement est pillé, Maya, la fille, est enlevée, violée, tuée et jetée à la rivière. Sudhamoy, le père, malade, ne veut pas quitter le pays car il s'est battu pour son indépendance. Suranjon, le fils, a été comme son père un militant favorable à la laïcité et à l'entente entre tous les citoyens mais le drame qui s'est joué lui a fait abandonner ses idéaux humanistes, verser dans un profond abattement puis dans le communautarisme et finalement il va lui aussi choisir d'émigrer pour sauver sa peau.

critique par Mapero




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