Lecture / Ecriture
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La Chute du British Museum de David Lodge

David Lodge
  Un tout petit monde
  La Chute du British Museum
  La vie en sourdine
  Changement de décor
  L'auteur, l’auteur
  L'Art de la fiction
  Jeu de société
  Hors de l'abri
  Pensées secrètes
  Un homme de tempérament

David Lodge est un écrivain britannique né en 1935.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La Chute du British Museum - David Lodge

Roman de gare
Note :

    Je n'aime pas vraiment prendre le train, la cohabitation avec autant d'inconnus me perturbe légèrement et rien de mieux pour oublier les coups de pied répétitifs de la charmante enfant assise en face de vous ("Elle est vraiment animée", me dit sa mère d'un air admiratif) qu'un roman prenant. Ces romans font partie d'une catégorie bien précise, mes romans de train, qui peuvent me faire oublier la promiscuité ferroviaire pendant plusieurs heures. Je les chéris et je garde une profonde sympathie pour eux et leurs bienfaits.
   Pendant mon voyage en train d'hier, j'ai béni "La Chute du British Museum" de David Lodge (1965) qui m'a permis de regagner Paris sans avoir frappé l'un de mes compagnons imposés de voyage.
   
   "La Chute du British Museum" repose sur un principe littéraire, des références à des oeuvres littéraires, et sur une histoire, celle d'Adam Appleby. Londres, dans les années 1960, Adam Appleby est un thésard de 25 ans, catholique, marié et déjà père de 3 enfants. "La Chute du British Museum" raconte la journée d'Adam qui commence avec sa crainte d'une nouvelle grossesse. Cette pensée va lui empoisonner sa journée et l'empêcher de travailler à sa thèse. David Lodge décrit les différentes aventures d'Adam qui tournent toutes autour du Bristish Museum avec un humour presque picaresque.
   
   Mais "La Chute du British Museum" aborde aussi un sujet plus grave et qui touchait personnellement David Lodge au moment où il écrivait ce roman : la question du contrôle des naissances et les positions de l'Eglise catholique sur ce sujet. Ce roman est un témoignage de la situation de catholiques qui cherchent à mettre leur vie en conformité avec les préceptes de l'Eglise et de l'espoir que certains ont pu placer en Vatican II. Je dois avouer que cette question du contrôle des naissances ne m'a pas vraiment touchée, mais j'ai trouvé que Lodge faisait un panorama clair et complet des hésitations et interrogations que cette question a pu entraîner dans les années 60 (ce paragraphe est un peu alambiqué, et je m'en excuse, mais j'essaie de ne pas donner mes opinions personnelles sur cette question précise).
   
   Enfin, dans "La Chute du British Museum", David Lodge rend hommage à différents auteurs en écrivant des passages "à la manière de". L'édition française est accompagnée d'une préface dans laquelle Lodge explicite les différents projets de son roman et en particulier les imitations. Cette préface m'a été utile car en dehors de 5 auteurs (Virginia Woolf, Kafka, Laurence, Conrad, et Joyce), j'ai souvent eu du mal à repérer les autres références (heureusement j'ai été pardonnée par Lodge dès sa préface).
   
   Et je sais que je fais une fixation sur les bibliothèques, mais la description du British Museum me semble inoubliable.
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critique par Cécile




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La Roulette du Vatican*
Note :

   L'expérience m'a appris que les préfaces sont généralement inutiles et, quand elles présentent quelque utilité, c'est en étant lues après le roman. Pourquoi les auteurs et leurs éditeurs tiennent tellement à nous les faire lire avant est un des grands mystères de la vie et, comme tous les autres, je ne tente même pas de le résoudre. Eh bien cette fois, exceptionnellement, vous aurez tout intérêt à ne pas sauter la préface, elle éclaire très utilement ce qui suit et permet de bénéficier d'un second niveau de lecture non dépourvu d’intérêt. Car ce roman n'est pas seulement une aimable fantaisie destinée à nous faire passer un bon moment, c'est également un exercice littéraire réalisé avec une légèreté suffisante pour que l'on puisse ignorer ce fait: de nombreux passages pastichent ou évoquent tel ou tel auteur ou roman célèbre, la préface nous dit lesquels.
   
   Littéraire, cette lecture l'est à plusieurs titres: tout d'abord en raison de ces jeux que je viens d'évoquer et ensuite en raison du lieu qui l'occupe tout entier: la bibliothèque du British Museum, des personnages (universitaires, thésards, bibliothécaires, écrivains et un rato boucher) et de l'intrigue: obtenir un inédit scandaleux du très bigot écrivain méconnu (O combien!) Egbert Merrymarsh. Une telle découverte assurerait à son auteur poste, émoluments, respect des jeunes et envie de ses confrères: leur Graal à tous. David Lodge nous dresse une assez amusante galerie de portraits universitaires.
   
   Le personnage principal est Adam, marié très catholiquement à Barbara, père de Clare, Dominic et Edouard (on vous dit que c'est littéraire) et il risque bien d'engendrer assez rapidement Zoé étant donné l’ouverture d'esprit ecclésiastique en matière de contraception et sa docilité totale à leur intrusion dans sa vie sexuelle. Car nous sommes dans les années 60 et Adam et Barbara sont des catholiques pratiquants convaincus. Sur fond d'interdiction papale de la contraception, le conflit entre leurs besoins sexuels de jeune couple ayant déjà subi plusieurs années de fiançailles chastes et leur capacité financière à élever un nombre inconsidéré (mais considérable) d'enfants est particulièrement aigu au moment où nous faisons leur connaissance. C'est une chose qu'on a sans doute un peu de mal à prendre au sérieux (en tout cas, moi j'en ai) mais la tension (énorme) du livre tient à cet interdit et Lodge la fait passer en traitant le conflit poignant sur un mode humoristique. D'autant que les prêtres de l'entourage ne sont pas d'une grande aide, écoutons l'un d'eux:
   « Je prêchais l'autre jour dans une retraite pour homme et je leur ai dit, mieux vaut coucher avec une prostituée par amour en quelque sorte, qu'avec sa femme par habitude. Il semble que certains m'aient pris au mot et l'évêque est plutôt fâché.»
   
    Le ton est drôle, décalé, les situations comiques sont nombreuses et toujours littéraires, ainsi quand Adam se retrouve dans un escalier totalement obscur, à poser le pied sur un objet mou :
   «Il se rappela un roman qu'il avait lu : un homme enfermé par la Gestapo dans une complète obscurité avec un objet sinistre, mou, humide, n'offrant pas de résistance, que l'homme, terrifié, imaginait être toutes sortes d'horribles choses telles qu'un bout de chair humaine ressemblant à un morceau de viande crue, mais qui s'avéra n'être rien de plus qu'un chiffon mouillé. Adam posa ses sacs dans l'escalier derrière lui et craqua une allumette. C'était bien un morceau de viande crue.»

   
   Une agréable lecture récréative.
   
   
   * méthode Ogino
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critique par Sibylline




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Roman de 1965
Note :

   Un jeune couple marié et viscéralement catholique, au point que, si instruits et bien éduqués soient-ils, ils suivent à la lettre les principes de l’église, et ne s’autorisent aucune contraception, même pas le préservatif, s’en remettant à la méthode des "températures". Plus sérieuse qu’Ogino, celle-ci consiste pour la femme à noter sa température tous les matins au réveil, sur des feuilles comme pour les malades. Au moment de l’ovulation, il y a une hausse de quelques centigrades, et au bout de trois jours de hausse, ils peuvent avoir des rapports jusqu’aux menstrues. En dehors de cela, ils pratiquent l’abstinence (ils pourraient au moins utiliser des préservatifs…). Bref, ils s’imposent un régime sévère, et ne réussissent pas à tenir. D’où le fait que trois enfants sont déjà nés depuis le mariage. Barbara craint d’être encore enceinte, ce matin-là. Adam, son époux fait une thèse sur la phrase longue dans les romans de DH Lawrence (Des romans où le sexe joue un grand rôle justement!).
   
   Ce récit narre la journée d’Adam, laquelle ne devrait pas être pleine de péripéties, car il la passe à travailler dans la salle de lecture du British Museum. Mais justement ce jour-là, sera riche en événements curieux, souvent loufoques. Adam va rencontrer un Américain, venu dans l’espoir d’acheter le British Museum, Et aussi trois mystérieux Chinois venus à sa table de lecture , mais pourquoi donc? A cause d’un quiproquo au téléphone (qui n’’est pas sans rappeler le "22 à Asnières") , de fausses informations circulent. On craint le pire pour cette vénérable institution. Adam aura de gros problèmes administratifs. Il va aussi se rendre chez une dame pour obtenir des inédits d’un très mauvais et très catholique auteur. Cet épisode est d'ailleurs le plus réussi...
   
   Dans l’ensemble, c’est divertissant, les effets comiques recherchés font mouche.
   
   On n’arrive pourtant pas très bien à croire que ce jeune couple ne veuille pas du tout de contraception, alors qu’ils ne semblent pas inhibés sexuellement. Ces deux attitudes ne vont pas ensemble. On regrette aussi que Barbara doive se contenter d’être une mère au foyer, sans autres occupations.
   
   Dans sa préface, Lodge prévient qu’il a glissé un certains nombre de passages parodiques "A la manière de" dans son récit. Il fait bien de le dire, car je n’aurais rien soupçonné. A part le monologue de Barbara imité de celui de Molly, très reconnaissable, les autres sont discrets.

critique par Jehanne




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