Lecture / Ecriture
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Nous vieillirons ensemble de Camille de Peretti

Camille de Peretti
  Thornytorinx
  Nous vieillirons ensemble
  Nous sommes cruels
  Blonde à forte poitrine

Camille de Peretti est une écrivaine française née en 1980.

Nous vieillirons ensemble - Camille de Peretti

Un dimanche savoureux!
Note :

   J’avais été très tentée par "Nous sommes cruels " de Camille de Peretti, étant une grande admiratrice des "Liaisons Dangereuses". Je découvre finalement cet auteur avec "Nous vieillirons ensemble".
   
   Avec ce roman, nous pénétrons au cœur d’une maison de retraite où nous découvrons le quotidien monotone des résidents et le travail, non moins routinier, des membres du personnel. Passant un dimanche en compagnie des retraités et de leur entourage, le lecteur ira de surprise en surprise, ne s’ennuyant pas une seconde entre le lino taupe moucheté de gris, les déambulateurs et les croque-monsieur (éventuellement) mixés. Chez Nini, vieille enfant exubérante dont les caprices ont fini par insupporter sa filleule Camille, La Baronne, dont les infidélités passées hantent un mari attentif, Madame Barbier, ancienne bureautière au grand cœur, Madame Alma, grande dame très populaire, son amie Marthe à la langue de vipère ou le Capitaine et M. Leboeuf, amoureux transi, les passions se déchaînent, les alliances se forment et les cancaneries ne manquent pas. Entre les repas, les pauses au patio, la messe sur France 2, "Voici" et les visites familiales, les résidents voient peut-être le temps passer mais le lecteur, lui, ne s’ennuie pas !
   
   La vieillesse et ses vicissitudes sont bien sûr dépeintes dans ce roman qui, bien que dévoilant les malheurs et les faiblesses de beaucoup, reste léger et amusant. Portant un regard lucide sur les personnes âgées et leurs proches, Camille de Peretti parvient à aborder avec humour et tendresse un sujet sensiblement triste. Le remord des enfants, l’amour et la répulsion ressentis face à la maladie et la mort ne sont pas en reste dans ce livre profondément humain qui, pourtant, est souvent terriblement amusant. Les personnages ne s’apprécient guère et s’observent tour à tour, nous dévoilant les faiblesses des uns et autres et offrant un regard global qui rend chacun d’entre eux au final très attachant.
   En résumé, j’ai passé un excellent moment, lisant d’une traite 270 pages hier soir après une journée d’examens particulièrement dense… autant dire que j’ai adoré!
   
   Au passage, "Nous vieillirons ensemble" est inspiré de trois procédés appliqués par Pérec dans "La Vie mode d’emploi" et conditionnant le déroulement des chapitres par salle, personnage et objet (pour résumer). Je suis passée rapidement sur ces explications un peu «techniques». Cela dit, j’ai trouvé l’idée farfelue mais sympathique et, quoi qu’il en soit, cette contrainte que s’est imposée Camille de Peretti ne nuit en rien à la fluidité du texte ni au dynamisme de l’action.
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critique par Lou




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Ambiguïté
Note :

   Ambiguïté du titre d'abord : "Nous vieillirons ensemble" qui peut à la fois se voir comme une référence optimiste au titre du film de Pialat "Nous ne vieillirons pas ensemble"(où le couple interprété par Marlène Jobert et Jean Yanne se déchire) mais aussi comme une sentence implacable, les pensionnaires de la maison de retraite Aux Bégonias n'ayant pas de possibilité de sortir vivants de ce huis clos à perpétuité...
   
   Une journée dans une maison de retraite voilà ce que nous propose de partager le roman de Camille de Peretti. Unité de temps et d'action donc mais une multitude d'histoires, drôles, touchantes ou acides qui nous sont dévoilées avec une grande justesse de ton. Ni misérabilisme ni optimisme forcené. C'est avec plaisir que nous retrouvons le personnage à la fois fantasque et tragique de Nini, la marraine de Camille.
   
   Visiblement Camille de Peretti connaît bien le monde des maisons de retraite et écrit avec pertinence et sensibilité sur le dur métier d'infirmière : "A l'école, on leur apprenait l'accompagnement en fin de vie. A l'hôpital, on leur apprend à remplir des papiers administratifs. Caser les malades, cocher les morts. (...) Elle a presque hâte de perdre sa douceur et sa sensibilité."
   
   Pour la structure, l'auteure a choisi de se référer aux contraintes suivies par Georges Perec dans "la Vie mode d'emploi", nous en donnant le cahier des charges à la fin du roman.
   
   Point n'est besoin de s'y référer pour apprécier le tour de force de Camille de Peretti : avoir su donner de la chair et de l’âme à ce qui chez Perec tenait davantage de l'exercice de style. Un beau roman tendre et cruel.
    ↓

critique par Cathulu




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Radioscopie de la vie en maison de retraite
Note :

   Aline et Jean-François ont rendez vous avec le docteur Drouin, pour inscrire leur mère et belle-mère à la maison de retraite Les Bégonias, située en région parisienne. Ils ont emmené avec eux une liste de questions pratiques du style : "Les résidents ont-ils le droit d'apporter leur décoration? Ont ils une ligne téléphonique personnelle? Est ce qu'ils peuvent garder leur médecin traitant ?"
   
   Nous plongeons ainsi rapidement dans le quotidien de cette maison de retraite qui ressemble à beaucoup d'autres: un portrait des résidents et notamment de Louise, née en 1912, qui a connu toutes les guerres, trois républiques, et qui a consacré sa vie à son mari, ses deux amies Marthe et Jocelyne qui se détestent, l'excentrique Nini et sa petite fille Camille -bien connue de la romancière !-, qui vient lui rendre visite. Geneviève, que son mari a dû se résoudre à placer en raison de sa maladie d'Alzheimer. Mais aussi Christiane, l'infirmière ou Josy, l'auxiliaire qui tire les cartes et prédit l'avenir. Sans oublier les nombreuses visites qui ponctuent les journées de ces personnes âgées et de leurs proches.
   
   Camille de Peretti réussit le difficile pari de nous plonger dans l'ambiance d'une maison de retraite. Ce roman restitue à merveille la vie qui s'y écoule en retraçant le quotidien de ses résidents et en revenant sur leur passé aussi bien professionnel que privé, mais aussi en s'attachant à décrire la vie et les préoccupations du personnel et des visiteurs. En s'emparant de ce sujet d'actualité, étant donné notre société vieillissante, la romancière réussit un récit vraiment plaisant, qui se lit très vite, sur un sujet sensible et difficile. Écrit sans complaisance mais en même temps sans se poser en donneuse de leçon, avec une acuité extraordinaire, elle réussit à faire de ce roman un excellent documentaire tant il analyse bien ces lieux de vie et dévoile avec pudeur l'humanité de ces personnes âgées

critique par Clochette




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