Lecture / Ecriture
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Les déferlantes de Claudie Gallay

Claudie Gallay
  Dans l'or du temps
  Les déferlantes
  Seule Venise
  L'amour est une île
  Une part de ciel

Claudie Gallay est une écrivaine française née en 1961.

Les déferlantes - Claudie Gallay

"Quand on n'attend plus, on meurt."
Note :

   La Hague. La narratrice, employée par le Centre ornithologique, est venue y compter les oiseaux et petit à petit, elle s'est fondue dans le paysage, se faisant accepter par les habitants de cette région âpre et belle à la fois.
   L'arrivée de Lambert va réveiller "la meute des fantômes" et mettre à mal "Les questions, les réponses, ce complexe tricotage de mensonges et de vérités. Les choses dites en décalé, celles dites seulement en partie et celles qui ne le seront jamais. Toutes les teintes du contre-jour."
   
   Pas de certitudes donc dans ce roman de l'entre-deux, entre ciel et mer, dans ce moment que l'on se donne "entre bientôt et maintenant", dans cet endroit où arbres et vieux et se confondent...
   
   Claudie Gallay dans Les déferlantes nous peint le portrait de deux solitudes, de deux êtres en déséquilibre : Lambert qui veut des certitudes et la narratrice qui est taraudée par le vide, "J'ai serré les poings. Comprendre quoi ? Qu'un jour on se réveille et qu'on ne pleure plus ? Combien de nuits j'ai passées, les dents dans l'oreiller, je voulais retrouver les larmes, la douleur,je voulais continuer à geindre. Je préférais ça. j'ai eu envie de mourir, après, quand la douleur m'a envahi le corps, j'étais devenue un manque, un amas de nuits blanches, voilà ce que j'étais, un estomac qui se vomit, j'ai cru en crever, mais quand la douleur s'est estompée, j'ai connu autre chose.
   Et c'était pas mieux.
    C'était le vide."

   ce creux au coeur des statues de Raphaël, qui depuis dix ans,"cherche à sculpter le désir".
   
   Claudie Gallay, elle, dans un paysage traversé parle fantôme de Prévert, sculpte le manque avec des mots âpres et denses, sculpte l'espace des phrases.
   
   Une remontée vers la lumière, non pas fulgurante, mais pas à pas , où les personnages marchent tous vers leur destin,s'extraient ou non de la gangue de pierre qui les emprisonne, apprennent ou non à marcher à deux. "Les Indiens Hopi disent qu'il suffit de toucher une pierre dans le cours d'une rivière pour que toute la vie de la rivière en soit changée.
   Il suffit d'une rencontre."

   
   Un livre qui peut changer le cours de notre vie ? En tout cas un livre précieux et nécessaire.
   Encore plus réussi que "Dans l'or du temps". L'ayant emprunté à la médiathèque, j'attendrai sagement sa sortie en poche pour le relire.
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Une ambiance de tempête
Note :

   À la pointe de La Hague, au pays des "taiseux", la narratrice, qui travaille pour le centre ornithologique de Caen, observe le comportement des oiseaux. Elle loge à "La Griffue", d'où elle entend la tempête le soir. Elle tente d'oublier la maladie et la mort de son compagnon. Elle est intriguée par l'arrivée de Lambert, qui suscite la curiosité des habitants du village. Une femme âgée, un peu folle, semble le reconnaître mais le prénomme Michel. Alors la narratrice cherche à savoir ce que cet homme, secret et solitaire, auquel elle n'est pas insensible, est venu faire sur l'île.
   
   J'avais beaucoup entendu parler -en bien- de ce roman. J'en attendais donc beaucoup ! Et je n'ai pas été déçue. Pourtant, au début, j'ai eu un peu peur. Il est vrai que trop de bonnes, voire d'excellentes critiques, peuvent parfois desservir un livre, tant nos attentes sont élevées. Et je dois dire d'ailleurs que c'est surtout le dernier quart du livre qui a emporté ma totale adhésion, lorsque la narratrice dénoue petit à petit les secrets de cette intrigue captivante. Avec l'océan en toile de fond et des personnages singuliers, qui tous semblent détenir un secret et une personnalité complexe et énigmatique. Jusqu'à la chute finale, amenée progressivement et de façon superbe. À l'image de ce texte, aux phrases courtes, sèches, qui martèlent et servent le récit. Il laisse une grande place à la nature, avec notamment ce phare et sa lumière qui tiennent une place prépondérante. Il s'attarde aussi à l'analyse de la nature humaine et d'êtres qui cachent des secrets, s'épient ou se détestent. J'y ai retrouvé les thèmes chers à Claudie Gallay, au premier lieu desquels la solitude, mais aussi la vieillesse, le mystère, la mer, les animaux et plus particulièrement les chats, les non dits, les drames familiaux, les références à des auteurs célèbres, ici Prévert, ou à une région : la Normandie. Avec de très beaux passages, très touchants, sur le deuil, le pardon, l'oubli et la rédemption. Et surtout des descriptions magnifiques de la tempête, des vagues, de la houle, de ces "déferlantes" qui sévissent dans la mer et la vie des héros. Cette écriture lente et intimiste, cet univers sensible, particulier, permet à cette auteure de se faire une place à part et de qualité dans la production littéraire.
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critique par Clochette




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Fulgurant
Note :

   Je ne reviendrai pas sur «Les Déferlantes», roman fulgurant qui a conquis plus d'un coeur, dont l'audience a été prodigieuse tant la blogosphère littéraire en a mentionné les qualités. Je ne reviendrais pas sur l'histoire, sur ces deux personnages, une femme ornithologue fuyant la perte d'un être aimé et un homme Lambert, revenant sur des terres qui ont brisé sa vie. Chacun a une histoire, chacun a vécu une terrible perte et chacun à sa manière cherche à fuir ou à retrouver la sérénité. Non, voyez-vous, plutôt que de refaire un énième résumé, de ressasser la même intrigue; je penche davantage pour vous livrer mes impressions.
   
   La Hague. Un orage, une tempête, des pluies violentes, une terre hostile, sauvage, distante et si mystérieuse. Une terre sur laquelle vivent des hommes, une terre qui cache en son sein de sombres secrets, des drames d'antan qu'on préfère taire. Ce n'est pas anodin si nos deux protagonistes se rencontrent pour la première fois à l'augure d'une tempête. Les coeurs sont déchirés, une amertume et un profond chagrin se sont installés. Cette rencontre face aux éléments, c'est comme l'éclatement de toute cette mélancolie. Ils se croisent, se regardent, restent distants puis se parlent, se recroisent. Puis petit à petit, Claudie Gallay met en scène une étrange relation faite de complicité, parsemée de chaleur alors que bien souvent le silence fait rage. Des vieilles histoires qu'on déniche, des bribes de vie écorchée en passant par les vagues de la solitude, le roman bascule dans une mélancolie noire, lent et pesant.
   
   Tout s'éclaire comme les rayons du soleil sur la lande, le lecteur s'insinue dans ce drame. Lambert a perdu sa famille lors d'une nuit de naufrage. Des questions le hantent. Il veut des réponses de la personne qu'il juge responsable. Après quarante ans.
   
    Nul mieux que Claudie Gallay n'a su faire jaillir avec tant de nostalgie l'éclat de ce drame. «Les Déferlantes» c'est bien ce roman dramatique d'une quête de la vérité, d'une quête pour la paix intérieure, à la recherche d'une sérénité volée. C'est aussi le roman philosophique du pardon, des troubles engendrés par des actes indifférents, des corps et des âmes déchirés.
   
   Les personnages sont attachants mais Claudie Gallay dépeint leurs côtés obscurs. La Hague. Des hommes. Des femmes. Des destins tourmentés sur fond de paysages immaculés. C'est le roman de Claudie Gallay. Mais c'est aussi le roman de l'amour, d'un chemin nouveau comme le soleil après la pluie. C'est le roman pictural des clairs-obscurs, des non-dits, qui engage le lecteur sur les chemins de la délivrance. Et ce n'est pas anodin si la fin du roman nous emmène sur les sentiers d'un monastère au coeur des montagnes. Parce que finalement «Les Déferlantes» c'est le roman de la guérison. Cette rencontre qui panse petit à petit les plaies du passé. Après le deuil, la solitude, la souffrance et la tristesse, Les Déferlantes font rage et font rugir en nous les voies de l'espoir.
   
   "M'attacher ? Je ne voulais pas. Pas trop vite. J'ai dit ça doucement, entre mes dents, Je ne veux pas m'attacher."
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critique par Laël




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Petite pépite précieuse
Note :

   Il est des romans que l'on garde longtemps en soi avant de pouvoir écrire toute la gamme des émotions que sa lecture a suscitées, "Les déferlantes" de Claudie Gallay en fait partie. Pourquoi? Sans doute parce que l'écriture de l'auteure, tout au long du roman, fut celle de l'intime, celle d'une souffrance que l'héroïne tente d'oublier pour réapprendre à vivre. Certainement parce que l'écriture de Claudie Gallay fut comme une source serpentant au gré des sensations, des émotions, d'une réalité possible, touchant du doigt les cordes d'une sensibilité que tout un chacun conserve jalousement au fond de lui... d'ailleurs, une personne de mon entourage a eu, et a toujours, un mal fou à partager ce roman qu'elle a reçu comme un cadeau intime, un trésor fragile et inattendu... d'ailleurs, lors de la remise du Prix des Lecteurs 2009 au siège du Télégramme à Morlaix, l'actrice qui lisait, non qui vivait les passages choisis, accompagnés d'une musique délicate et belle, a montré, sans le dire, combien "Les déferlantes" l'avait émue au-delà du dicible... d'ailleurs, ce soir-là, le public privilégié (car ce fut un moment magique) ne fut pas dupe: l'émotion, intense et délicate en même temps, étreignait et sans que l'on puisse y faire grand chose, les larmes faisaient briller les yeux et une magie, digne d'une fée, arrêtait les secondes puis les minutes... d'ailleurs, le silence salé des larmes ravalées plana avant que l'auteure, émue au plus haut point, remercie l'actrice du cadeau déposé à ses pieds, à nos pieds. "Les déferlantes", embruns du Cotentin, apportaient une saveur particulière, inédite, à une lecture qui fut tout sauf anodine pour ceux qui s'y laissèrent embarquer.
   
   La Hague, ses falaises, ses tempêtes hivernales, ses vagues qui sans cesse viennent se briser contre le roc, contre l'immobile aux pieds d'argile, l'immobile qui lentement s'effrite, rongé par l'assaut des déferlantes, rugissantes et voluptueuses dans leur appétit inassouvi. La Hague et sa centrale, à sa réputation sulfureuse dont on ne parle qu'à mots couverts car tabou, car pourvoyeuse d'un matériel vital, d'un matériel permettant de rester au pays. La Hague et ses colonies d'oiseaux marins, migrateurs, que la narratrice recense, compte, observe, dessine pour le Centre ornithologique... la faune et la flore sont-elles sensibles au voisinage silencieux, presque invisible, de cette usine de dangereuse énergie? La Hague, lieu extrême de l'oubli de soi pour tenter d'oublier celui que la maladie a lentement emporté, lieu où la musique tonitruante d'une mer faite de vagues ogresses, mangeuses de roches et d'hommes, dévoreuses de temps et de vies, berceau tourmenté de souvenirs et de peurs enfouis, remontant à la surface à chaque ressac de la vie. La Hague et ses villages perdus, bouts du monde où l'ailleurs est partout, où les silences sont plus bavards qu'on ne croit... la narratrice les écoute, entre les gémissements du vent et le bruissement sourd des déferlantes, les devine, les décrypte pour reconstituer un puzzle de destins malmenés, de pages de vie écornées, froissées, presque déchirées, lacérées par ces rafales impitoyables qui ont dévasté la vie de Nan, cette vieille femme qui à chaque tempête attend le retour de sa famille emportée par les flots un jour de noces, qui ont malmené Théo, vieil homme dont certains silences parlent de secrets, de non-dits, d'oublis jamais tout à fait disparus, qui ramènent Lambert, jeune homme incongru sans pour autant paraître étranger au village tant il rappelle un certain Michel à Nan.
   
    Les conversations qui s'arrêtent lorsque la porte du café s'ouvre sur l'étranger, l'ennui des lycéens revenus en week-end, la solitude des habitants qui pensent connaître tout de leurs voisins. Le passé peu à peu entre par une fenêtre entrebâillée, celle d'une narratrice curieuse des autres pour oublier sa douleur solitaire, et fait se croiser des personnages auxquels le lecteur s'attache, comme s'il les connaissait depuis toujours.
   
   Claudie Gallay cisèle ses personnages dans le maillage d'un récit où l'histoire intime de la narratrice se mêle à une intrigue presque policière, celle du mystère d'un naufrage, au cours de l'automne 1967, et d'un phare qui aurait dû être lumineux. Or, on sait combien il est insupportable de voir se fracasser les oiseaux marins sur les vitres d'un phare, combien est intense la souffrance de l'impuissance ressentie, face à cette violence, par un gardien de phare: ce dernier a-t-il éteint, juste quelques secondes pour ne plus voir les volatiles voler à la mort? Et le tout-petit enfant, dont on n'a jamais retrouvé le corps, a-t-il vraiment disparu? Autant de questions qui font monter l'intensité dramatique du récit, autant d'interrogations qui minent un village a priori sans histoire, autant de non-dits qui sapent des vies aux apparences solides.
   
   Claudie Gallay construit son histoire avec subtilité, tendresse et une acuité saisissante: le lecteur est au coeur du drame passé qui se tisse dans une lenteur qui met en valeur l'intensité d'une atmosphère à la musicalité bruissante de la mer, dont les déchaînements accélèrent à point nommé le récit, la montée en puissante d'un tableau dont la sérénité peut sombrer à chaque seconde, fragile équilibre d'une dramaturgie orchestrée avec une justesse élégante.
   
   "Les déferlantes" est un roman que l'on emporte avec soi, petite pépite précieuse, que l'on garde en mémoire, telle l'ultime note égrenée par une cloche cristalline, et qui offre des bouffées d'émotions longtemps après en avoir lu la dernière phrase.
    ↓

critique par Chatperlipopette




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Au plus profond de l’âme humaine
Note :

   Les phrases claquent comme les vagues furieuses sur ce bout de terre qui n’appartient à personne, si ce n’est à la nature sauvage. Les mots écument et portent jusqu’à nous la tempête des sentiments qui meuvent cette communauté d’hommes et de femmes écartelés par leurs pulsions, leur volonté, leur orgueil, leurs amours déchirées.
   
   Ne cherchez plus à échapper au roman de Claudie Gallay: dès lors que vous avez franchi la barre des premiers paragraphes, vous êtes devenu un marin des mots, embarqué sur la masse mouvante de la marée montante: vous allez caboter avec la narratrice au fil des 600 pages de Déferlantes, des lames de larmes et de colère à peine contenue, un déferlement de passions crochetées sur une terre offerte aux quatre vents …
   
   J’avais lu beaucoup de bien de ce roman paru en 2008. Que ne l’ai-je lu plus tôt! Il appartient à cette littérature bouleversante, sans concession, dure parfois mais collée au plus profond de l’âme humaine… Les phrases résonnent comme autant de coups de poing pour exprimer les détresses et les combats inévitables. Pourtant, n’attendez pas une œuvre désespérée, des pages interminables engluées dans la mélancolie. Claudie Gallay insuffle à ses personnages la hargne et le courage de forcer le destin, la volonté de rebondir, jusqu’à la folie peut-être mais sans qu’aucun d’entre eux n’envisage l’abandon. Le lecteur fasciné en sort plus déterminé et plus fort, comme s’il avait reçu au passage des gouttes de cette écume de rage et de pugnacité.
   Un roman qui fait du bien…
   
   «  La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large.
   il était arrivé un peu après moi et il s’était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu’il pleurait.
   Je l’ai regardé, pas parce qu’il avait choisi la plus mauvaise table, ni pour cette grimace sur le visage. Je l’ai regardé parce qu’il fumait comme toi, les yeux dans le vague, en frottant son pouce sur ses lèvres. Des lèvres sèches, peut-être plus sèches que les tiennes.»

   Ces quelques phrases courtes, précises, sans détour suffisent à l’auteur pour poser les deux personnages majeurs de son roman. La narratrice, dont on a déjà compris sa lutte contre un drame personnel et intime, et ce mystérieux Lambert dont l’irruption dans ce paysage tourmenté doit bouleverser le fragile équilibre d’une société recluse sur elle-même, cachant dans son sein les tragédies vomies par la mer.
   
   Confiant le fil du récit à sa conteuse, Claudie Gallay construit le cercle des protagonistes, tous vacillant en équilibre entre la complexité du passé et le pragmatisme du présent, où il leur faut bien se côtoyer, puisqu’ils sont des survivants. Comme les oiseaux de mer que la narratrice observe sur les falaises et dont elle enregistre soigneusement le décompte pour mesurer le péril des espèces. Comme La Griffue, cette maison quasi en ruine qu’elle habite avec Morgane et Raphaël, sculpteur mystique des désespérances humaines.
   «  Ça a duré des heures, un déluge effroyable. À ne plus savoir où était la terre et où était l’eau. La Griffue tanguait. Je ne savais plus si c’était la pluie qui venait cingler les vitres ou si c’étaient les vagues qui montaient jusque-là. Ça me donnait la nausée. (…)
   Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’étaient des murs d’eau qui étaient charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et venaient s’effondrer sous mes fenêtres.
   Ces vagues, les déferlantes.
   Je les ai aimées.
   Elles m’ont fait peur.»

   
   Le retour de Lambert au pays va provoquer un cataclysme similaire. Peu à peu, le malaise que provoque sa présence auprès des autochtones apparaît de plus en plus étouffant et dangereux, malgré le déni général. D’autant que la narratrice, arrivée là par accident, ne possède pas les clés pour comprendre les tensions brutales. D’une photographie ancienne soudain arrachée du mur où elle était exposée, aux confidences inachevées des anciens, elle navigue entre son chagrin personnel et une attirance insidieuse pour cet homme aux attaches incertaines. Que vient-il faire dans ce hameau perdu où il n’est pas vraiment le bienvenu? Pourquoi cette quête de cadavres vieux de quarante ans, que la mer s’obstine à garder dans ses abîmes. Pourquoi la vieille Nan, à demi-folle le reconnaît-elle en un Michel disparu lui aussi.
   
   Ce roman n’a rien pourtant d’un thriller ni d’un policier.
   
   La progression du récit s’appuie sur les comportements de ces êtres passionnés et la vérité émerge lentement du reflux des haines, parce que la vie est toujours liée à la volonté des flots, à cette mer changeante qui donne et qui prend.
   
   Ce n’est pas l'élucidation des mystères qui nous tient en haleine et fait regretter de quitter ces personnages magnifiques créés par Claudie Gallay. Ils sont tous très forts, campés sur leurs ressentiments, jalousie ou revanche, haine ressassée ou amour tronqué. Attachez-vous au passage à Lili dans son bar, et surtout à l’inénarrable Max et la poésie de son langage, et puis entrez dans la tourmente des êtres dépassés par la violence de leurs sentiments et la portée de leur silence…
   Comme eux, le lecteur se sent grandir en affrontant le tumulte des vérités enfouies.
   ↓

critique par Gouttesdo




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Captivant d’un bout à l’autre
Note :

   Mon deuxième roman de Claudie Gallay, après "L’or du temps" qui m’a laissé des images fortes…
   Eh bien, je ne suis pas déçue! Une nouvelle fois, je me suis laissée captiver par un ton, envouter par une ambiance… car c’est avant tout cela que je retiendrai : une ambiance de solitude, de deuil, d’attente… des paysages également, le petit port de La Hague en hiver, la lande, les falaises, les cris des oiseaux, la solitude là encore… la mer au centre de tout : elle fascine, elle menace, elle prend des vies, elle rend des morts…
   
   De très beaux portraits de personnages aussi : la narratrice, bien sûr, puis Lili, la propriétaire du seul bar ; Raphaël le sculpteur et Morgane, sa sœur fantasque ; le vieux Théo, fidèle jusqu’au bout à Nan qu’il n’a malheureusement pas pu épouser ; Lambert, quinqua à la dérive qui cherche depuis toujours à faire la lumière sur le naufrage qui l’a privé de ses parents et de son petit frère ; Max le simplet qui apprend des mots dans le dictionnaire pour plaire à Morgane dont il est amoureux fou… ils sont tous non pas des héros, mais des gens ordinaires. Ordinaires, mais touchants. Ils existent, traînent un passé lourd pour certains, des blessures, des secrets inavouables…
   
   Pour ce qui est de l’intrigue, rien de spectaculaire non plus. La narratrice sert de lien entre les autres personnages. Elle cherche à survivre, à se recomposer, à refaire surface après une plongée dans une grave dépression suite au décès de son compagnon. Elle a abandonné son travail, sa ville, ses amis pour venir compter les oiseaux. Elle se fond dans le paysage, devient complice des habitants. Elle sait les écouter, devient leur confidente, met à nu leurs secrets. Elle réapprend à s’ouvrir aux autres, à faire confiance à la vie. Suffisamment pour accepter l’idée d’un nouvel amour possible…
   
   Vraiment, j’ai beaucoup aimé!

critique par Alianna




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