Lecture / Ecriture
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Les caves du Vatican de André Gide

André Gide
  Les faux-monnayeurs
  Si le grain ne meurt
  La porte étroite
  Les caves du Vatican
  La symphonie pastorale
  L'immoraliste
  Journal 1887-1925
  Voyage au Congo

André Gide (Paul Guillaume André Gide) est un écrivain français lauréat du prix Nobel de littérature en 1947, né en 1869 et mort en 1951.

Si vous vous intéressez à Gide, il faut lire "Je ne sais si nous avons dit d'impérissables choses" de Maria Van Rysselberghe.

Les caves du Vatican - André Gide

He's alive! Alive! Non en fait, il est à moitié mort
Note :

   Il faut supposer qu'il en est des livres comme de beaucoup de choses en ce monde : ils peuvent passer de mode. Les greniers, brocanteurs et bibliothèques de maison de campagne doivent regorger de ces abandonnés de l'air du temps qui roupillent dans des conditions souvent extrêmes en attendant la main, et l'attention, du lecteur aventureux.
   
   Cette minute de nostalgie m'a été inspirée par «Les caves du Vatican» d'André Gide. Non pas que Gide soit à mettre au rebut, loin de là, mais la lecture de ce roman a tout de même soulevé quelques questions.
   
   Dans «Les caves du Vatican», André Gide fait le portrait de différents personnages, appartenant dans l'ensemble à la bonne bourgeoisie ou la petite aristocratie surannée catholique française du début du XXe s. (et c'est à ce moment précis de la note que je me rends compte qu'il va vraiment être difficile de faire un résumé qui se tienne de ce roman).
   
   Bon, André Gide est manifestement (1) un sacré plaisantin et (2) un anti-catholique convaincu. Avec beaucoup d'ironie, il dépeint ses différents personnages aux prises avec leur foi (le chapitre consacré à un savant autodidacte franc-maçon qui trouve la foi et perd sur le champ appuis, renommée scientifique et apports financiers) mais surtout avec les contraintes sociales liées à la foi. Car Les caves du Vatican sont aussi le récit d'une superbe escroquerie destinée à soutirer monnaies sonnantes et trébuchantes à des dévots peu habitués à faire fonctionner leur matière grise sous le prétexte de payer la rançon du pape retenu par les Ennemis de la Foi (entendez les socialistes-francs-maçons et autres suppôts de Satan sur terre). Benêts, gourdes, escrocs, prostituée au grand coeur, rien ne manque dans cette satire de la France catholique du début du siècle.
   
   Oui mais voilà, tout le problème tient à cela. L'intérêt sociologique de ce roman perd un peu de son intérêt lorsque presque un siècle a passé et que la société qu'il décrit, les comportements qu'il dénonce ont, presque, complètement disparu.
   
   Cependant, et c'est peut-être en cela que l'on reconnaît un bon écrivain d'un mauvais, «Les caves du Vatican» ne se limitent pas à une attaque en règle du catholicisme bon ton du début du XXe s. La scène, fameuse, à la limite de la scène culte et exemple parfait pour une dissertation sur la liberté, du crime de Lafcadio illustre parfaitement le sujet de Gide : une réflexion sur la notion de liberté. Liberté de conscience face à la religion mais aussi liberté qui s'affirme par le crime. Lafcadio, un jeune aventurier lassé du monde, commet dans un train en partance pour Rome un crime parfait puisque sans mobile : il jette par la fenêtre un homme sans autre motif que celui d'exercer sa liberté. S'ensuit une réflexion sur la culpabilité, l'acte gratuit et sur la justice.
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critique par Cécile




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Sorte de sotie
Note :

   Amédée Fleurissoire, persuadé par des escrocs que le pape a été enlevé suite à un complot mondial, décide de partir pour Rome afin de le sauver. Lafcadio, jeune arriviste décidé à se faire reconnaître comme le fils naturel d'un baron, et se retrouve maître à chanter, pris un peu malgré lui dans un jeu de dupes où il a tout à gagner. Leurs deux histoires se croisent le temps d'un voyage en train, lors du passage le plus célèbre du roman : et si Lafcadio poussait Amédée hors du train, sans aucune motivation, juste comme ça, gratuitement? L'acte gratuit dans toute sa splendeur...
   
   Sans doute l'oeuvre la plus accessible lorsque l'on veut s'attaquer à Gide, malgré son intrigue assez embrouillée. Un roman, ou mieux, une "sotie", selon la dénomination que Gide lui donna lui-même, c'est-à-dire une farce satirique: satire des dévots et des crédules en général, des francs-maçons, de la haute bourgeoisie aussi, du monde de l'argent...
   
   Une histoire grinçante, souvent teintée d'humour noir, mais plaisante et véritablement atypique. Une simplicité de style revendiquée, mais qui cache un travail de la langue fort complexe, sensible dans les variations d'un personnage à l'autre. Même les prénoms des personnages donnent le ton: Amédée, Anthime, Arnica, Juste-Agénor...
   
   On comprend que la réflexion philosophique, proche de celle de Dostoïevski, ait intéressé les surréalistes: l'acte gratuit y apparaît comme une sorte de défi lancé à Dieu et à l'ordre du monde, selon un principe de vie fondé sur l'humour noir et l'imprévisibilité de la conduite et des actes de chacun.
   
   Un vrai plaisir de lecture.

critique par Elizabeth Bennet




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