Lecture / Ecriture
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La grammaire est une chanson douce de Erik Orsenna

Erik Orsenna
  La grammaire est une chanson douce
  Portrait du Gulf Stream
  L'avenir de l'eau
  L'Entreprise des Indes
  Sur la route du papier
  La chanson de Charles Quint
  Madame Bâ
  Mali Ô Mali

Erik Orsenna est le nom de plume d'Erik Arnoult, écrivain et académicien français né en 1947 à Paris. Il est Académicien depuis 1998.
Son pseudonyme est tiré d'un roman de Julien Gracq : c'est le nom de la vieille ville du "Rivage des Syrtes".

La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna

Le paradoxe
Note :

   " Paradoxe »? Le joli mot. Je le vois s'envoler, virevolter longuement aux alentours, puis revenir vers moi, ou plutôt vers ma tête. Puis le mot se pose doucement sur mon front. Sa place ?
   
   Le paradoxe de « La grammaire est une chanson douce » : Erik Orsena nous offre un récit qui, sous un titre qui peut paraître austère, nous propose une nouvelle voie vers la grammaire et le respect, voire l'amour, des mots. J'ai décidé de parler, ici, de paradoxe car je me suis trouvé face à un beau livre qui ne me semblait pas destiné alors qu'il risque de rester inaccessible aux personnes en ayant besoin.
   
   M. Orsena nous présente une approche vivante de la Langue? Une de ces approches que j'aurais aimé subir dans ma jeunesse. Prétant vie aux noms, adjectifs, pronoms, verbes et autres. Une vie belle, emplie de poésie et de symbiose, opposée à une dictature chirurgicale. Tous ces mots vivent dans une ancienne ville minière qu'ils se sont appropriée, révoltés de ce manque de considération qu'on leur offre.
   
   Il est toujours possible de les atteindre par l'intermédiaire de vastes volières. Mais gare à vous, ces mots acceptent tous les visiteurs? Mais risquent de les transformer.
   
   Dans cet univers qu'ils se sont approprié... Ici, des mots se marient. Là, des mots se complètent. Et là-bas, des mots s'affrontent. Mais tous vivent ensemble. (Comme des humains ?)
   
   Après avoir lu ce livre, il me reste deux choses à faire :
   - Explorer mon dictionnaire chaque dimanche soir.
   - Donner l'envie de lire ce livre.
   
   PS : Le « Paradoxe » est toujours posé sur mon front et je n'ai aucun besoin de l'en déloger.
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critique par Rhésus




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Pour ceux qui aiment les contes, qu'ils aient 9 ou 99 ans
Note :

   Ce petit livre s'adresse à un très large public. Je pense que l'on peut prendre plaisir et intérêt à sa lecture à partir de 9 ans et durant toute sa vie.
   C'est un conte agréable, une fable, qui met en scène deux enfants, (mais principalement Jeanne, une petite fille de 10 ans) qui, à la suite d'un naufrage, se retrouvent sur une île inconnue alors qu'ils ont perdu la parole. C'est là qu'ils rencontreront Monsieur Henri (comme Salvador) qui chantonne sans cesse «Une chanson douce» (un hasard ?) et son «sublime» neveu. Ces deux nouveaux personnages leur permettront de redécouvrir ?et mieux encore que la première fois- le langage. Après quelques péripéties fantaisistes et instructives et une nette mise en opposition de l'enseignement traditionnel du français et de son enseignement vivant, moderne et éclairé, ils retrouveront leur monde, ayant appris à mieux aimer et manier leur langue.
   N'allez pas cependant imaginer quelque sévère et fastidieuse leçon de grammaire. Il s'agit d'un livre que l'on lit uniquement pour le plaisir, et c'est, comme par inadvertance qu'il vous instruit également.
   L'ouvrage est illustré par une série d'aquarelles légères qui évoquent assez le style des illustrations bien connues du «Petit Prince» et je ne pense pas que cela soit un hasard non plus.
   Qualités : Aime et fait partager son amour de la langue. On se sent entre amis. Présente les difficultés grammaticales qui pourraient être rebutantes de telle manière qu'elles semblent des jeux, des occasions de s'amuser en réfléchissant. Incite à pratiquer une belle langue: écrire et mieux parler.
   Défauts (légers): se situe peut-être un peu trop dans le courant culturel bien-pensant actuel et oppose sans doute de façon trop simplifiée la bonne et la mauvaise façon d'enseigner le français.
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critique par Sibylline




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Quand la grammaire devient régal
Note :

   J'avais éprouvé un réel bonheur à la lecture de "Deux étés" d'Erik Orsenna. L'histoire de ce traducteur aux prises avec la montagne d'"Ada ou l'ardeur" était déjà un hymne au pouvoir des mots, à la joie et au plaisir des mots. Et je viens de retrouver le même bonheur en lisant "La grammaire est une chanson douce"... parce que les mots peuvent servir de bouées. Parce que les mots - parfois - peuvent faire recommencer l'amour. Et ça ne marche pas toujours... "Mais ça n'empêche pas d'essayer. On essaie, Jeanne, depuis dix mille ans, on essaie tous..." Et l'important, c'est qu'on continue d'y croire...
   
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critique par Fée Carabine




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Trop douce la chanson
Note :

   Court ouvrage d´intérêt inégal. E. Orsenna aime écrire et écrit bien mais ... Ca me donne l´impression qu´il écrit pour écrire, pour un résultat assez vain. L´histoire est ici prétexte à disserter sur les mots, la grammaire, l´écriture. Il y a un très beau passage au tout début, dans une leçon de grammaire donnée par une institutrice à des enfants :
   
   « -Un agneau se désaltérait
   Dans le courant d´une onde pure ;
   Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure.
   Un agneau ... L´agneau est associé, vous le savez, à la douceur, à l´innocence. Ne dit-on pas doux comme un agneau, innocent comme l´agneau qui vient de naître ? D´emblée, on imagine un paysage calme, tranquille ... Et l´imparfait confirme cette stabilité. Vous vous souvenez ? Je vous l´ai expliqué en grammaire : l´imparfait est le temps de la durée qui s´étire, l´imparfait, c´est du temps qui prend son temps ... Vous et moi, nous aurions écrit : Un agneau buvait. La Fontaine a préféré Un agneau se désaltérait ... Cinq syllabes, toujours l´effet de longueur, on a tout son temps, la nature est paisible ... Voilà un bel exemple de la « magie des mots ». Oui. Les mots sont de vrais magiciens. Ils ont le pouvoir de faire surgir à nos yeux des choses que nous ne voyons pas. Nous sommes en classe, et par cette magie merveilleuse, nous nous retrouvons à la campagne, contemplant un petit agneau blanc qui ... »
   
   Le fil de l´histoire est par trop ténu pour ne pas casser en route. Et dans mon cas, il s´est cassé. Je me suis perdu.
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critique par Tistou




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Je ne suis pas la première à en parler, mais...
Note :

   Bon, je vois que j'ai été devancée pour cet article.... bien bien....
   
   En ce qui me concerne, j'ai également apprécié ce petit bouquin bien sympa... étant déjà fan du "Petit Prince" de "Saint-Ex", comment aurait-il pu en être autrement?
   
   La chose que je pensais reprocher à cette histoire était le fait qu'elle était contée par une petite fille d'une dizaine d'années et que, par conséquent, je ne devais pas m'attendre à de magnifiques tournures de phrases... J'ai regretté d'avoir pensé ça! En vérité, tout comme pour "le Petit Prince", ce défaut est vite rattrapé par la petite visée moralisatrice bien placée [qui, pourtant, ne dérange pas pour un sou], par les jeux de mots plus drôles les uns que les autres et par les nombreuses petites allusions à telle chanson, tel auteur, tel film, telle personne célèbre...
   
   Bref, également de petit passage qui en mettent plein le cœur, tel celui de l'hôpital [avec un Je t'aime dont on a trop abusé] ou au tout début, une professeure de français qui aime son travail, La Fontaine, ses élèves et... La Fontaine... bref, une prof qui cherche vraiment à transmettre son amour des fables de La Fontaine et qui, malheureusement, se fait incendier par une abominable inspectrice qui nous est tout de suite antipathique... Moi qui adore les profs qui aiment ce qu'ils enseignent et cherchent vraiment à faire passer cet amour, j'avoue m'être laissée porter par les sentiments qu'Orsenna avait prévus pour le lecteur envers cette garce d'inspectrice... !
   
    
   Mon passage préféré ? Le retour à la réalité, la petite note de vérité tout de même pas très drôle de la fin... la voici:
    
   [les parents de Jeanne et de son frère sont divorcés et, séparés par l'Atlantique, ils ne s'adressent plus la parole depuis longtemps. Là, les deux parents arrivent en même temps sur l'île des mots, via deux hydravions séparés. Les mots de l'île s'envolent vers les avions.]
   Les mots, un à un, quittaient sa chanson douce et, comme les autres, gagnaient le ciel. [...]
   - Que se passe-t-il ? répéta Thomas.
   Monsieur Henri souriait.
   - Les mots sont de petites bêtes sentimentales. Ils détestent que deux êtres humains cessent de s'aimer.
   - Pourquoi ? Ce n'est pas leur affaire, quand même!
   - Ils pensent que si! Pour eux, le désamour, c'est du silence qui s'installe sur Terre. Et les mots haïssent le silence.
   - Vu comme ça...
   Thomas ne voulait toujours pas comprendre. [...] Accompagnés par leur cortège de paroles volantes, les deux hydravions amerrissaient côte à côte.
   D'une petite voix blanche, je réussis à poser la question qui me brûlait la langue.
   - Et les mots... ils peuvent faire recommencer l'amour?
   Monsieur Henri hocha la tête. Ce jour-là, il portait drôlement sa guitare, comme un outil, une pioche ou une hache, le manche sur l'épaule.
   - Tu me permets d'être franc, Jeanne ? Tu es grande maintenant, presque adulte. Alors je vais te dire la vérité. Pas toujours, Jeanne. Les mots ne peuvent pas toujours faire recommencer l'amour. Ni les mots, ni la musique. Hélas. [...] Mais ça n'empêche pas d'essayer. On essaie, Jeanne, depuis dix mille ans, on essaie tous...

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critique par Anna-Panda




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Une pensée pour les « pauvres profs perdus dans la nuit »
Note :

   Une fable déguisée en conte pour enfants, quelque part entre le "Petit Prince" et "La vie est un roman" de Pennac, empreinte de sagesse, de leçons de vie, et d’humour en plus!
   
   C’est Jeanne qui raconte, du haut de ses onze ans, le naufrage du bateau qui devait les emmener, elle et son grand frère Thomas, de l’autre côté de l’Atlantique chez leur père. Apparemment les seuls survivants, ils se réveillent sur la plage idyllique d’une île des Caraïbes où un certain Monsieur Henri, vieux musicien noir qui chante des chansons douces (clin d’œil à Henri Salvador) les prend en charge pour leur rendre les mots, la langue qu’ils ont perdus pendant la tempête…
   
   Il leur fait visiter l’île, le marché aux mots ("Au vocabulaire de l’amour", "Dieudonné, appeleur diplômé des plantes et des poissons", "Marie-Louise, étymologiste en quatre langues"…). Il leur présente une vieille femme sans âge qui redonne vie aux mots rares. Il leur parle de ‘Nécrole’, le gouverneur de l’île qui cherche à réduire le nombre de mots à six cents, car pour lui, ce ne sont que des "des outils. Ni plus ni moins. Des outils de communication. Comme les voitures. Des outils techniques, des outils utiles" qui "font perdre le sens du travail"! Avec Monsieur Henri, les enfants passent aussi par l’hôpital pour se rendre au chevet de la phrase "Je t’aime", sous perfusion et menacée de mort pour avoir trop travaillé, pour avoir été trop répétée, "à tort et à travers et à tout bout de champ…"
   
   Il leur apprend aussi qu’il est des mots comme de la musique : sans règles, point d’harmonie! Les voilà donc à l’assaut de la grammaire. A "la ville des mots", nos jeunes découvrent des tribus de mots dont la principale est celle des noms qui, se sentant tout nus, passent leur temps dans des magasins tenus par la tribu des adjectifs pour s’étoffer… et qui se marient pour s’accorder, car, on le sait bien, "les adjectifs sont collants! "...
   
   Ce ne sont que quelques exemples de leçons que les enfants reçoivent pendant leur séjour dans l’île…
   
   Il est vrai que parfois tout cela est un peu facile, un brin trop didactique, mais quel plaisir tout de même, le rappel de leur pouvoir évocateur ; ces petites phrases du style "Les mots sont les petits moteurs de la vie. Nous devons en prendre soin."
   
   Eric Orsenna en profite au passage pour insister sur le fait que tous les ans vingt-cinq langues s’éteignent dans le monde! Et il ne se prive pas d’égratigner les instructions officielles de l’Education Nationale pour l’enseignement du français (savoureux!), avec, en prime, une pensée pour les "pauvres profs perdus dans la nuit"... J’avoue que j’y suis sensible!
   
   Bon, qu’est-ce qu’on attend, nous les profs, pour partager quelques pages de ce petit bouquin avec nos élèves? (Je sais, je sais, on ne m’a pas attendue... la preuve, j’ai eu connaissance de ce livre par ma fille qui l’a connu par... sa prof de français!)

critique par Alianna




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