Lecture / Ecriture
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Avril enchanté de Elizabeth von Arnim

Elizabeth von Arnim
  Avril enchanté
  Elizabeth et son jardin allemand
  La bienfaitrice
  En caravane
  Tous les chiens de ma vie

Elizabeth von Arnim, née Beauchamp, est une romancière britannique née en Australie en 1866 et devenue par son mariage, Baronne Von Arnim. Elle est décédée en 1941 aux Etats Unis.

Avril enchanté - Elizabeth von Arnim

Désirez vous prendre quelques instants de pause?
Note :

    Le vendredi, mon cerveau tourne au ralenti, donc cette note sera courte et dédiée à l'un des romans appartenant à la catégorie des livres qui font voyager en quelques pages et sont d'une lecture assez reposante pour faire descendre votre stress au niveau de celui d'un moine tibétain méditant depuis une dizaine d'années.
   
   «Avril enchanté» d'Elizabeth von Arnim n'est certainement pas le livre du siècle ni l'oeuvre de l'auteur du siècle, mais j'y suis très sensible. Le récit commence par la description d'une pluvieuse et froide journée de février à Londres. Lotty Wilkins, l'épouse effacée et grise du sémillant et ambitieux Mr. Wilkins, tombe sur une annonce de location d'un château en Italie pour le mois d'avril et aussitôt son imagination s'emballe. Pour pouvoir louer le château, elle trouve trois co-locataires : Mrs. Rose Arbuthnot, une femme très dévote qui passe son temps dans des réunions pastorales et qui essaie, par des dons, d'effacer l'origine pécheresse de l'argent que lui donne son mari (il écrit des romans sur les nombreuses maitresses royales qui peuplent l'histoire de France et d'Angleterre, ce qui est un sujet presque sans fond), Mrs. Fischer, une vieille femme aigrie qui vit parmi ses fantômes et déteste tout ce qui est encore vivant et Lady Caroline, une superbe jeune aristocrate qui cherche à s'éloigner de l'attention insistante de ses parents, amis et soupirants.
   
   Elles se retrouvent toutes les quatre dans le cadre enchanteur d'un magnifique château italien au bord de la mer et progressivement ce lieu va les changer jusqu'à les transformer complètement.
   
   Ce roman me procure à chaque fois un sentiment de paix et de repos incroyable même s'il est plutôt désuet, en particulier en ce qui concerne les rapports conjugaux (femmes soumises et dépendantes financièrement, chambres séparées ou marques d'affection se bornant à un baiser sur le front). Ce roman est ma pause, mon rayon de soleil printanier en hiver... et mon hamac pour le vendredi soir.
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critique par Cécile




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Charme latin
Note :

   Par une atroce journée pluvieuse de mars, Mrs Wilkins et Mrs Arbuthnot tombent à leur club sur une charmante petite annonce publiée dans le Times: un ravissant château à louer en Italie leur tend les bras. Ni une ni deux, nos deux dames qui sympathisent décident de louer l'endroit et partent en quête de deux complices décidées à partager les frais de ces vacances avec elles. Ce sera Lady Caroline qui cherche un refuge contre son rang, sa famille et ses amis, et Mrs Fisher, respectable vieille dame qui souhaite évoquer le souvenir de ses chers grands hommes victoriens au soleil. Tout voyage réservant de folles surprises, San Salvatore va transformer nos quatre voyageuses et, par ricochet, leurs époux et admirateurs.
   
    Délicieux, c'est le qualificatif qui me vient à l'esprit quand j'évoque le souvenir de cette lecture. Délicieux comme un bonbon, une guimauve, ou une glace italienne par exemple! Avec ce roman qui a été un de ses plus grands succès, Elizabeth von Arnim offre une belle histoire sur le pouvoir sans partage des vacances et un hymne enchanteur à l'Italie (comme s'il y avait besoin de me donner envie de retourner dans ces contrées exotiques!).
   
   Effectivement, des vacances, Lotty Wilkins et Rose Arbuthnot en ont besoin. La première s'enlise dans un mariage qui ne la satisfait guère avec un homme rigide. La seconde s'est réfugiée dans les oeuvres de charité pour oublier les oeuvres impies de son écrivain d'époux, lequel fuit autant qu'il le peut le domicile conjugal. San Salvatore pour elles c'est la rupture, le moyen de s'éloigner, l'indépendance et le mensonge qui renversent des années de conduite vertueuse. En un mot l'aventure! Lady Caroline, elle, étranglée dans le carcan de sa trop grande beauté et de ses privilèges de classe a un ardent besoin de solitude. Mrs Fisher, s'englue dans une vieillesse poussiéreuse et stérile.
   
   Quatre femmes qui ne se connaissent pas réunies autour d'un rêve italien font, vous me l'accorderez, de belles prémisses à un roman. Si on y ajoute le légendaire humour anglais, il va sans dire que les prémisses tiennent leurs promesses!
   San Salvatore va se révèler à nos aventurières un paradis sur terre: jardin luxuriant, vieilles pierres pleines de charme, autochtones pittoresques, mer et temps splendide. Un lieu envoûtant qui va petit à petit amener nos quatre héroïnes à sortir de leurs chrysalides en une débauche de chassés croisés absolument hilarants. Il faut dire qu'entre Mme Fisher qui fait une petite crise de possession, lady Caroline qui tente déséspérement d'avoir l'air revêche et de trouver un coin de jardin tranquille, Rose qui dispute le statut de maîtresse de maison à la doyenne et Lotty qui flotte sur un petit nuage de félicité, les quiproquos et les disputes sont légions. Passant de personnages en personnages, Elizabeth von Arnim donne à voir les diférentes psychées qui s'affrontent, et utilise avec art et finesse ses connaissances de la psychologie humaine. C'est très drôle ces points de vue croisé, mais cela révèle aussi à quel point ce que nous pensons comprendre des actes et des désirs des autres n'est en fait qu'une illusion. Petites pensées mesquines, légère avarice, tentation permanente de jouer des tours, rien n'est épargné! Bien sûr, tous les habitants de San Salvatore vont se laisser gagner petit à petit par l'esprit du lieu, mais les motifs de départ de leurs actes ne sont guère reluisants. Et qui sait si toutes ces belles choses résisteront à la fin des vacances?
   
   Et puis ces anglais en vacances faisant face à une Italie débordante de vie, de truculence donne des situations extrêmement comiques provoquées par les incompréhensions entre domestiques italiens et vacanciers anglais (ces macaronis, seigneur! Et la chaudière!!).
   
   C'est donc un roman en apparence léger, drôle, mais qui aborde avec profondeur les ressorts des relations humaines en livrant de beaux portraits de femmes confrontées à leurs désirs et à la mort des espoirs qu'elles fondaient en la vie jeune fille, ou à la vieillesse et à la solitude qui l'accompagne. Au delà des mondanités et du rituel du thé, des rebondissements et de l'humour c'est d'un voyage dans l'esprit humain dont on ressort en tournant la dernière page.
   
   A savourer au jardin avec une bonne tasse de thé!
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critique par Chiffonnette




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Une bonne petite récré
Note :

   Une bonne petite récré et ça repart!
   Ce roman est plein de sentiment tout en évitant d’être sot, ce qui vous gâcherait le plaisir et vous empêcherait d’ailleurs même d’en prendre avec cette fiction réconfortante. Car réconfortant, c’est bien ce qu’est ce livre. On le referme en se disant que tout n’est peut-être pas fichu et sans espoir… Ces quatre dames ont non seulement vu leurs vies transformées mais qui mieux est, elles en ont été l’instrument et le maître d’œuvre, non seulement en prenant leur décision de départ, mais encore en étant, jusqu’à la fin, capables de se remettre en cause et d’accepter de changer d’optique sur certaines choses. Ce changement d’optique cependant, s’il tient compte de leur conjoint, de leurs proches, d’autrui au sens le plus large, n’ira plus jamais à l’encontre de leur liberté et de leur propre droit à se réaliser. C’est cela qui est remarquable dans cette histoire. La moralité en gros c’est qu’en se faisant du mal, on ne fait aucun bien aux autres. Avouez que dans un cadre féminin victorien ça a un côté révolutionnaire. Le dévouement serait toxique?
   Alors est-ce un conte? Cela aurait-il pu se terminer beaucoup plus mal? Oui et oui, mais n’empêche… Il y a une idée derrière tout cela et espérons que beaucoup iront y voir.
   
   La situation de départ, jusque dans le premier tiers, quand elles se retrouvent dans le beau château est assez désespérée et désespérante. Toutes les conditions, égales à elles-mêmes, sont réunies pour un beau ratage et un complet naufrage dans le mesquin, l’étroit et l’habituel; Et si l’on y songe, une seule chose va faire que ce naufrage n’ait pas lieu, une seule chose va tout transformer, non seulement l’ambiance, mais les faits et cette seule chose, c’est l’angle de vue que l’une d’elle a choisi d’adopter avec une telle conviction qu’elle ne va jamais en dévier et va, sans même s’en soucier, insensiblement et progressivement y amener les autres.
   Leur vie sera transformée par la vision qu’elles en auront et non l’inverse comme on nous dit constamment que les choses se font.
   
   Il y a beaucoup de philosophie, de la douceur et de l’espoir dans ce roman à la limite de la bluette. Juste ce qu’il nous faut, quoi! Ce sera donc à lire sans faute ♫When Your Heart Is Weak♪ car
   
   «Quelle plus belle conclusion pourrait-on imaginer à ces vacances? Nous en reviendrons tous transformés. Jamais plus nous ne serons les mêmes.»
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critique par Sibylline




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Quel plaisir !
Note :

    "A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d'avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord Méditerranée. Domesticité fournie. Répondre au Times sous la référence Z 1000"
   
    Nous sommes à Londres, en février. Inutile d'insister sur l'ambiance morose, non? Dans ce club féminin de Londres, deux femmes qui ne se connaissent pas sont irrésistiblement attirées par la même annonce : Mrs Wilkins et Mrs Arbuthnot. Lotty et Rose, car elles deviendront nos amies. Pas très heureuses en ménage, brûlant du désir inavoué de changer un peu d'air.
    Pour des raisons financières elles vont partager la location avec Lady Caroline Dester et Mrs Fisher. Cette dernière est égocentrique et acariâtre, Caroline ne désire que la solitude, et le séjour débute cahin-caha.
    Mais petit à petit ce château, ce cadre magnifique, ces jardins embaumés, la mer transforment insensiblement les personnalités. Tous vont être touchés par un subtil enchantement durant ce mois d'avril.
   
    Elisabeth Von Arnim offre là un roman subtil, plein d'humour et d'humanité, les quiproquos jouant leur rôle, une sorte de conte de fées impossible à refuser, et le tout est absolument délicieux. Il serait peu sage de se priver d'une si jolie occasion de se faire du bien, de vivre pendant quelques heures dans un bulle d'irréalité où tout devient possible.
   
    C'est une relecture, mais quel plaisir! De l'auteur j'ai lu une demi-douzaine de titre il y a plus de dix ans, elle mérite d'être plus connue, mais attention, certains de ses romans sont plus troublants et tragiques.
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critique par Keisha




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Amer et sucré
Note :

   Eh bien, encore un Von Arnim! on ne se quitte plus depuis "la Bienfaitrice", que voulez-vous! Un petit roman drôle et sympathique, où l'optimisme déborde de toute part. Il y est (encore) questions de maris, oublieux, indélicats, insaisissables, de mauvaise foi..., de femmes (épouses, veuve, future épouse...) qui cherchent un peu de soleil dans leur grisaille quotidienne. La grisaille c'est Londres, un foyer si peu chaleureux, une pluie qui n'en finit pas et le soleil, c'est San Salvatore en Italie, un château médiéval croulant sous les fleurs, la mer d'un bleu profond à deux pas... la dolce vita quoi.
   
   Et il aura fallu une simple petite annonce pour que quatre destins de femmes se jouent entre ces vénérables murs. Ce mois de vacances dans un lieu enchanteur va profondément transformer les vies de Lotty Wilkins, Rose Arbuthnot, Lady Caroline Dester et Mrs Fischer. L'histoire est délicieusement désuète (le récit se passe dans les années 1920) mais on peut compter sur ces différents colocataires pour apporter de l'humour et mille péripéties... domestiques. Sans compter que l'arrivée de quelques hommes (les fameux maris) vont apporter un peu de piment à l'aventure ; mention spéciale au couple Wilkins ; on prend plaisir à suivre la formidable transformation de la jolie Lotty et le mari que l'on déteste au départ devient presque fréquentable à la fin.
   
   Même s'il ne se passe rien d'extraordinaire au cours de ce récit, les changements de personnalité des protagonistes sont plus qu'intéressants. Au-delà de scènes charmantes et drôles, Elizabeth Von Arnim ne se prive pas de distiller quelques gouttes amères dans ce délicieux breuvage sucré, car toutes les femmes du roman, même si elles trouvent leur récompense en Italie, n'ont pas une vie des plus gaies.
   
   Il reste donc à retenir une leçon de cette lecture : pour vivre heureux, vivons dans un cadre enchanteur et cultivons un brin d'égoïsme!
   
   
   "Toute la splendeur d’un avril italien semblait rassemblée à ses pieds … Elle n’en croyait pas ses yeux. Tant de beauté pour elle seule! Le visage baigné de lumière, elle sentait mille parfums monter vers elle tandis qu’une légère brise lui ébouriffait les cheveux.
   
    Que de beauté, que de beauté! Quel bonheur d’avoir assez vécu pour voir, sentir, respirer ce paysage de songe… Oui, elle était heureuse, mais que ce mot paraissait soudain pauvre, ordinaire, insuffisant! Comment décrire la salve de sensations qui l’envahissaient? Il lui semblait être devenue trop petite pour contenir une pareille joie. Quelle surprise de se trouver en pleine béatitude alors qu’elle ne faisait rien que de parfaitement égoïste! ”

critique par Folfaerie




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