Lecture / Ecriture
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La pelouse de camomille de Mary Wesley

Mary Wesley
  La pelouse de camomille
  Rose, Sainte-nitouche
  La Resquilleuse
  Souffler n'est pas jouer
  La mansarde de Mrs K

Mary Wesley fut une romancière anglaise à succès, née en 1912 et décédée en 2002.

La pelouse de camomille - Mary Wesley

De l'influence des livres...
Note :

   Août 1939. Les cinq neveux et nièce de Richard et Helena se retrouvent en Cornouailles dans une sorte d'Eden symbolisée par La pelouse de camomille qui donne son titre au roman de Mary Wesley.
   Quand la guerre éclate, bien sûr elle bouleverse tout et comme le dit Helena bien des années plus tard:
   "-Voilà une chose que je dois à la guerre.
   - Quoi?
   -Les livres, plein de livres. On ne trouvait pas de serviettes hygiéniques, mais des livres, ça oui. Des gens comme moi se sont mis à lire: nos esprits se sont assouplis, en même temps que nos moeurs se relâchaient."

   
   Et en effet des personnalités riches et complexes vont se révéler, des ménages à trois vont se former dans une indifférence quasi générale..Chacun des personnages fait preuve d'une franchise à la fois désarçonnante et jubilatoire ; ainsi Helena parlant de son mari doté d'une jambe artificielle: "Son handicap, c'était d'être un vrai casse-pieds."
   
   A propos d'une de ses nièces qui ne se cache pas d'avoir fait un mariage d’intérêt, elle remarque: "Elle est imprévisible. Je lui connais des moments d'altruisme."
   
   Mary Wesley manie avec brio cet humour britannique teinté d'une cruauté réjouissante pour le lecteur. Elle a le chic pour nous présenter avec aplomb des comportements qu' ordinairement la morale réprouve, comme étant tout à fait normaux et nous acceptons sa vision des faits sans broncher, le sourire aux lèvres, tant son talent est grand... Un régal !!!
   
   Les Editions Héloïse d'Ormesson ont l'excellente idée de rééditer aujourd'hui ce roman de Mary Wesley, l'occasion de (re) découvrir l'oeuvre de cette grande écrivaine anglaise.
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critique par Cathulu




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Prenez garde à vos rêves, car ils risquent de se réaliser
Note :

   Derrière la maison de Richard et Helena, dans la campagne britannique, s'étend une pelouse de camomille (personnellement, je ne crois pas en avoir jamais vu mais grâce à mon ami G, je sais à présent à quoi ça ressemble, je sais que vous en êtes ravis, avouez, chers happy few). Chaque été leurs neveux et nièces s'y retrouvent pour un mois de baignades, de jeux et de confidences. Mais les vacances d'août 1939 seront les dernières que ces adolescents et jeunes adultes passeront ensemble. Dans un climat un peu étrange, les promesses s'échangent, les jeux deviennent dangereux... puis la guerre éclate.
    
   "La pelouse de camomille" est le deuxième roman d'une romancière qui s'est mise tardivement à l'écriture, chers happy few, puisqu'elle avait 71 ans quand son premier roman, "Jumping the queue", a été publié en 1983. "La pelouse de camomille" souffre, et c'est bien dommage, d'une construction un peu hachée, les chapitres suivant un personnage (et ils sont assez nombreux) dans le passé (la guerre essentiellement) et dans leur présent, où ils se retrouvent tous réunis pour l'enterrement de l'un des leurs. Mais cette alternance parfois confuse de points de vue n'a pas entravé mon plaisir de lecture: Mary Wesley peint de manière intéressante la façon dont dans un pays en guerre et livré au désordre, les femmes s'émancipent de la tutelle des hommes et assument leurs envies et leurs désirs. Que ce soit Calypso, qui fait de ses nuits un tourbillon de rencontres et passe de bras en bras de manière pour le moins... cosmopolite ou Helena, qui quitte enfin le très ennuyeux Richard pour un artiste qui pratique depuis des années un ménage à trois fort confortable, tous les personnages acquièrent une grande liberté de pensée et d'actions, en ces temps où l'on se dit que la mort peut se matérialiser à n'importe quel moment et où tout le monde est bien trop occupé pour avoir le temps de surveiller ses voisines. Il y a en outre un ton très particulier dans ce roman, à mi-chemin entre nostalgie et ironie, quelque chose de finalement très british auquel je ne pouvais qu'adhérer, chers happy few.
   
    Titre original : The camomile lawn (1984)
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critique par Fashion Victim




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Le club des cinq
Note :

   Présentation de l'éditeur (mal traduite pas moi)
   
   "Août 1939, cinq cousins sont réunis à a maison de leur tante en Cornouailles pour leurs vacances d'été annuelles et leur "Terror Run" habituelle. Il y a Oliver, 19 ans, de retour du combat pendant la guerre civile espagnole et désespérément amoureux de la sublime Calypso; les frère et sœur Polly et Walter; et Sophy, 10 ans, orpheline depuis la naissance et mal aimée de son oncle et sa tante. À la fin de la soirée, la guerre aura été déclarée et les vies des cinq cousins prendront un tournant irrévocable. 
   La pelouse de camomille suit les cousins pendant la guerre et après, à l'âge adulte et dans leur vieillesse, unis par des pertes et des amants communs, par des liens familiaux et des amitiés.  Alors qu'ils grandissent, il ne doivent pas uniquement se battre pour survivre mais également pour rester fidèle à eux-même et à ceux qu'ils aiment."
    
   
   
   Commentaire

   
   Ceux qui sont assez patients pour lire plusieurs de mes chroniques savent que j'ai un petit - ok, un gros - côté nostalgique. C'est plus fort que moi, j'aime ces histoires où les gens se souviennent d'une période, heureuse ou non, et où on les voit plus jeunes à travers leurs propres yeux. Et je sens que ce roman de Mary Wesley va rester dans petite pile doudou, même s'il ne s'agit pas uniquement d'une bluette. Ça commence comme si de rien n'était, comme un joli roman bien sage d'ados dans la campagne anglaise pendant la guerre et soudain... houla!!!
    
   La pelouse de camomille, ça représente pour les cousins tous leurs étés mais aussi leur enfance et leur adolescence, avant que la guerre ne bouleverse tout. Cette pelouse est située dans la cour d'une maison de Cornouailles sur le bord des falaises, où habitent leur tante par alliance, Helena, mariée à l'oncle Richard, qui ne peut aligner deux phrases sans mentionner qu'il a perdu une jambe lors de la première guerre. Ils s'y retrouvent chaque année pour une parenthèse estivale où ils ont leurs traditions de jeux ainsi que leurs traditions amoureuses. Oliver aime Calypso la belle, la petite Sophy est folle amoureuse d'Oliver. Cet été-là, il y a aussi Max et Monika, réfugiés autrichiens musiciens se sentant terriblement coupables de ne pas avoir réussi à sauver leur fils Pauli des camps de concentration. Quand la guerre est déclarée, les garçons s'enrôlent, les femmes restent et chacun découvre une partie de lui-même et se libère, d'une certaine façon. 
    
   Ça semble un peu moralisateur comme ça mais non, pas du tout. Au contraire, Mary Wesley dépeint cette période, qu'elle a elle-même vécue (elle avait 27 ans en 1939 et semblait assez wild) avec ironie où le politically correct est laissé de côté. Rien de complètement débridé mais un regard lucide sur le vécu de guerre d'une certaine partie de la société pour qui guerre rimait avec libération sexuelle, vie au présent et tabous repoussés. La peur, la mort, les bombardements sont omniprésents mais le carcan anglais dans lequel ils étaient empêtrés se soulève pour ces jeunes - et aussi sur les moins jeunes, qui mordent à plein dans la vie.
    
   Les personnages sont parfois adorables, parfois haïssables, jamais parfaits, souvent surprenants. Oliver, vieux jeu, au fond, même s'il clame haut et fort vouloir f*** sa cousine (et oui, c'est ce mot qui est utilisé...). Calypso, qui dit à qui veut l'entendre qu'elle ne sait pas aimer mais qui n'ose s'avouer certaines choses à elle-même. Polly, jeune fille sérieuse et droite qui a de la difficulté à faire de choix. Walter, gentil et attentionné. Sophy, la petite Sophy pâmée d'amour pour son grand cousin, qui reste distante et qui court après un mirage. Tante Héléna est acariâtre, détestable parfois mais toujours franche tandis que Max est charismatique (en tout cas, plusieurs dans le roman semblent d'accord avec moi) et que Richard, malgré son côté ennuyeux et répétitif, devient presque attachant à la longue. Ils ont été vivants pour moi, le temps de ces quelques pages.
    
   La trame du roman nous promène avec aisance du passé au présent, alors qu'ils se rendent à des funérailles à Penzance et que les jeunes d'autrefois ont maintenant la soixantaine. Les transitions sont faciles et les personnages sont aussi vivants, aussi eux-mêmes, vieux que jeunes. J'ai particulièrement aimé que l'auteur ne tombe pas dans le panneau d'expliquer chaque chose normale pour l'époque (certains font ça quand ils écrivent des romans d'époque... si ça avait vraiment été écrit dans le temps, ils n'auraient pas senti le besoin d'expliquer certains détails qui vont de soi... j'ai quand même déjà lu un Harlequin qui nous expliquait doctement qu'à la dite époque, il n'y avait pas de séchoir à cheveux!). Je m'y suis crue, le temps de cette lecture. J'ai ressenti pour eux ce besoin de vivre à tout prix. Les couples sont non-conventionnels, on ne s'empêtre pas du mariage pour coucher et les portraits de ces anglais déchirés entre leur flegme et leurs sentiments sont parfois mordants. 
    
   Certains pourront être choqués par le fait que certaines choses qui nous dépassent soient considérés comme si peu graves (en particulier ce qui concerne l'oncle Richard) et que la morale soit à ce point élastique mais quand je lis un tel roman, j'entre dans le jeu. Et j'ai ri, souri, j'ai eu peur et j'ai presque versé quelques larmes à deux endroits du roman.
    
   Et pour moi, la combinaison de tout ça, ce côté sooo british mais aussi un peu dépravé, c'est tout simplement délicieux. Voilà!

critique par Karine




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