Lecture / Ecriture
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Dans la pente du toit de Anne-Marie Garat

Anne-Marie Garat
  Dans la main du diable
  Les mal famées
  La rotonde
  Dans la pente du toit
  Nous nous connaissons déjà
  La source

Née à Bordeaux en 1946, Anne-Marie Garat est une romancière française. Elle vit à Paris, où elle a enseigné le cinéma et la photographie.

Elle a obtenu le Prix Femina pour son roman "Aden" en 1992 et le prix Marguerite Audoux pour son roman, "Les mal famées".

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"


Dans la pente du toit - Anne-Marie Garat

L’ultime scandale qui nous fait ce que nous sommes
Note :

    « Cette chose si délicatement ordinaire et cruelle qu’est l’expérience de la mort, comment la dire, comment l’écrire ? Comment lui trouver un traitement approprié (…) ? Comment collecter sans vomir cette langue noire de la mémoire, ce mal ? »
   
   C’est ainsi qu’ Anne-Marie Garat place ce livre qui tient beaucoup de l’autobiographie mais qui, par delà la peu judicieuse question de savoir ce qui est «réellement» arrivé ou non, attaque frontalement, brutalement parfois, les vrais problèmes de notre condition humaine, à commencer par la première et l’ultime : la mort, scandale superlatif promis à tous ainsi que nous le savons et ainsi que nous ne pouvons le croire vraiment, sauf à y perdre la raison.
   
   Pourtant, en attendant d’être confrontés à la nôtre, nous avons à faire face à celle de nos proches, parfois les plus chers, et comment le pourrions nous ?
   
   C’est de cela que nous parle Anne-Marie Garat, avec ses mots rudes et beaux, crus parfois ou porteurs au contraire d’une telle charge poétique qu’on en reste ébahi ; ses phrases sans fin à la ponctuation inventée juste pour elles, ce souffle qui ne se perd pas, cette lecture comme on écoute quelqu’un qui nous parle – se soucie-t-on alors de savoir où sont les points ? Cela nous pose-t-il le moindre problème ? Non, lisez A-M Garat en l’écoutant, vous n’en profiterez que mieux. Cette auteure est faite pour le mot qui sonne, la phrase qui raisonne, l’histoire qu’on entend. Elle est là, derrière ces pages, elle nous parle. Au début –on croyait lire- alors on a un peu de mal. On est surpris par cette lecture qui demande une gymnastique inhabituelle puis peu à peu, le pouvoir évocateur surmultiplié fonctionne. Comme dans la poésie. Alors, vas-y, raconte, tes histoires «tout d’un souffle», je t’écoute.
   
   Dis-moi ton enfance insoumise, ta mère, ton père, ta sœur cadette tendrement chérie, la légende familiale qui fonde et régit tout : passé, présent, avenir (fais-nous découvrir que nous en avons tous une). « …n’étant instruit que de fraîche date, il était si jeune, des commencements de ses parents, de leur vie avant sa naissance, confondant faits anciens et contemporains, sa petite enfance et la mort prématurée de son père, déjà prisonnier de la version officielle, de la légende compacte et hors du temps concernant les parents qu’on interroge si mal, ou pas du tout, selon laquelle se répartissent définitivement les rôles et se justifie le nôtre »
   
   Car ce livre sur la mort est aussi bien sûr, et forcément un livre sur la vie, plein de ces petites histoires qui nous emplissent tous, les mésaventures passées des parents, voisines etc. et puis, soudain, ce récit qui alterne, le narrateur change, l’écrivaine et son mari prennent successivement la parole sans que rien nous y ait préparés, leurs voix se croisent, différentes mais à l’unisson, l’amour est là, la vie, la mort, les anciens, les enfants. Le présent se mêle au passé. … la vie est là, toute.
   
   Extrait :
   «Pour savoir à quoi m’en tenir quant à la veine sincérité de l’écriture il me fallait passer par cette expérience de la mort, mort d’une part de moi-même que celles de ma sœur, de mon père ont convoquée, attendre d’en être rendue à cette confusion mentale pour apprendre humiliée, mortifiée, que j’aie à désespérer d’écrire, puis que je n’ai à espérer que d’écrire, d’être ce que j’écris entièrement et non le contraire. C’est-à-dire d’être une machine à écrire, d’assumer la "machination" littéraire, fiction volontaire.»

critique par Sibylline




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