Lecture / Ecriture
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Une parfaite chambre de malade de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage
  Instantanés d'Ambre

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une parfaite chambre de malade - Yôko Ogawa

Les départs paisibles
Note :

   Deux nouvelles :
   
   Une jeune femme apprend que son frère est gravement malade et n'a plus que quelques mois à vivre. Elle est subjuguée par la propreté et la blancheur de la chambre où tout est net, à sa place et bien rangé. Pourquoi tant d'émerveillement face à la blancheur? Leur mère a sombré dans la démence suite à la perte progressive de la mémoire: la maison peu à peu fut envahie de nourritures avariées, de détritus et autre désordre.
   
   Chaque jour, elle vient lui tenir compagnie, le faire manger, le regarder s'apaiser, dormir; chaque jour, elle ramasse les restes de pommes, de raisins, de repas et les met, méticuleusement, dans un sac et le dépose dans le local poubelle. Hantise des "corps organiques" qui se flétrissent et se détériorent dans les odeurs nauséabondes, souillures insupportables.
   
   Elle regarde son frère devenir chaque jour plus transparent, diaphane et regarde le médecin qui le soigne avec les yeux d'une femme émue par la perfection de ses épaules de nageur, qu'elle imagine perlées d'eau. La mort et l'amour se côtoient inlassablement: le dernier aide à trouver la force de supporter la première et permet de tenir jusqu'au bout le rôle d'accompagnateur auprès des proches qui s'en vont. D'ailleurs, la scène au cours de laquelle la jeune femme demande au médecin de pouvoir se serrer contre son torse de nageur est d'une farouche beauté oscillant entre la sensualité et la froideur clinique d'un remède.
   
   La chambre du malade apparaît comme le lieu de la pureté originelle, un cocon, une matrice où le frère et la soeur s'unissent dans une complicité fraternelle. C'est aussi un passage: celui de la vie vers la mort.
   
   
   "La désagrégation du papillon" est la deuxième nouvelle du recueil. Une jeune fille est contrainte de confier sa grand-mère dans une maison de retraite médicalisée. La narratrice, élevée par sa grand-mère, se retrouve confrontée à l'absence et à la culpabilité: elle a l'impression d'avoir abandonné sa grand-mère, atteinte de démence sénile. Pourtant, le directeur de l'établissement a tout mis en oeuvre pour rassurer et rendre moins difficile la séparation.
   
   La jeune fille se lance alors dans une introspection où le rapport à la normalité est interrogation. En effet, le point d'ancrage de la jeune fille était la présence de sa grand-mère. Une fois cette dernière partie, l'absence amène la perte des repères affectifs. La jeune fille ressent les premiers symptômes de la grossesse: réelle ou imaginaire? Toujours est-il qu'elle lui permet de se construire de nouveaux repères où la vie qui éclot est un élément permettant d'accepter l'effacement du visage de la grand-mère. L'atmosphère de cette nouvelle est particulièrement étrange: on navigue entre réalité et rêve, dans des ambiances dérangeantes et un peu angoissantes. La séparation est loin d'être paisible du fait d'un sentiment de culpabilité omniprésent de la part de la narratrice.
   
   Ces deux nouvelles abordent le thème, douloureux, de l'accompagnement de la fin de vie et la perte de l'être aime, du proche, enfin elles soulignent la difficulté pour ceux qui restent de continuer à vivre avec le poids de l'absence.
   
   Ogawa derrière son écriture lisse et presque anodine, présente au lecteur des récits percutants où la douleur suinte sous les mots du quotidien et les douces images du temps qui passe.
   
   J'ai préféré " Une parfaite chambre de malade", récit plus serein, plus paisible et moins angoissant. Sans doute "La désagrégation du papillon" renvoie-t-il à la situation des personnes âgées dans nos sociétés modernes où la solitude, médicalisée, semble être de mise et est vécue comme un abandon par la famille.

critique par Chatperlipopette




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