Lecture / Ecriture
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L'étrange disparition d'Esme Lennox de Maggie O'Farrell

Maggie O'Farrell
  Quand tu es parti
  L'étrange disparition d'Esme Lennox
  Cette main qui a pris la mienne
  En cas de forte chaleur
  La distance entre nous

Maggie O’Farrell est une écrivaine britannique née en 1972.

L'étrange disparition d'Esme Lennox - Maggie O'Farrell

Vies volées
Note :

   16 ans. Esme Lennox a 16 ans quand elle est enfermée dans un asile psychiatrique. Elle en sortira 60 ans plus tard, de nos jours, non pas réclamée par sa famille, qui l'a oubliée, mais parce que l'établissement ferme ses postes.
   Elle va être recueillie par sa petite nièce, Iris, qui, intriguée par ce silence familial, va tenter de renouer les fils du passé.
   
   Maggie O'Farrell peint avec acuité l'histoire de cette famille bourgeoise typiquement britannique qui, dans les années 30 quitte l'Inde pour revenir dans les brumes et l'humidité écossaise, afin de nier un drame qui s'y est déroulé... Premier traumatisme pour Esme ,pleine de sensibilité et de vitalité, qualités qui font tâche pour ses parents et sa soeur tant aimée mais si raisonnable, Kitty.
   
   Esme refuse de rentrer dans le moule, ce qui causera en partie sa perte...
   Voix de la soeur aînée, atteinte de la maladie d'Alzheimer, qui a oublié ce qu'est une cuiller mais se souvient parfaitement du passé par bouffées libératrices, souvenirs d'Esme s'entremêlent pour tisser l'explication de «L'étrange disparition d'Esme Lennox», sans que jamais le lecteur ne se perde.
   
   Avec une extrême sensibilité Maggie O'Farrell montre le destin de ces femmes, broyées par la société pudibonde et corsetée du début du XXème siécle, femmes que deux simples signatures pouvaient enfermer à jamais.
   
   Le lecteur suit, le coeur serré les rebondissements de l'histoire et ,trompé par l'écriture "voilée" de l'auteure, croit qu'il en sait plus qu'Iris, jusqu'à ce qu'il soit obligé de relire l'antépénultième page pour être sûr d'avoir bien compris l'horreur indicible et libératoire...
   
   A lire de toute urgence.
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critique par Cathulu




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Trop de raison - et c'est l'extrême folie
Note :

    Tiens, tiens, voilà un livre qui devait traîner depuis deux ans dans ma bibliothèque, qui avait vraiment suscité ma curiosité quand il était sorti en poche, puis que j'avais remarquablement négligé. Et mal m'en a pris car, amis lecteurs, ce roman est un petit bijou que je ne peux que vous recommander. Il s'agit d'une de mes meilleures surprises de ces derniers mois en matière de littérature anglo-saxonne, mon pếché mignon.
   
   Edimbourg, de nos jours. Iris tient une boutique de vêtements d'occasion, vit dans un petit appartement situé dans l'ancienne maison de sa grand-mère, depuis scindée en plusieurs logements. Iris a un amant mais est amoureuse d'Alex, son "presque" frère, le fils de son ex-beau-père. Sa vie se complique un peu plus lorsqu'elle reçoit l'appel d'un asile sur le point de fermer ses portes: on lui annonce qu'elle a une grand-tante (première nouvelle) enfermée à l'asile (une nouvelle de plus ou de moins...). D'abord méfiante, Iris va se prendre d'intérêt pour Esme, cette parente récemment rencontrée. C'est ainsi que l'histoire d'Esme est dévoilée petit à petit, grâce à la petite enquête menée par Iris, les pensées chaotiques d'Esme et les réminiscences de sa sœur souffrant d'alzheimer.
   
   Enfermée depuis son adolescence, Esme a passé sa vie dans cet hôpital psychiatrique lugubre qui n'a malheureusement rien à envier aux asiles victoriens de si triste réputation. Enfermée parce qu'elle était un peu originale et se souciait peu des conventions, Esme fait partie de ces filles écartées facilement à l'aide d'un médecin par des familles peu désireuses de s'encombrer de femmes trop indépendantes pour ne pas sembler dangereuses.
   
   Ce récit extrêmement bien construit croise les pensées et expériences de plusieurs personnages et ne dévoile le fin mot de l'histoire qu'à la fin (même si le doute plane bien avant), tenant ainsi le lecteur en haleine. Une réussite sur le plan romanesque, certes, mais pas seulement. S'ajoute à cela l'éclairage porté sur une époque: le début du XXe, la transition poussive vers la modernité dans une famille encore marquée par les codes victoriens, la condition féminine; c'est aussi le portrait d'une famille écossaise ayant vécu des années en Inde et devant se réadapter à une vie bien différente en retrouvant la mère patrie - les enfants n'étant pas épargnés par les quolibets à leur retour.
   
   Un roman tout en finesse qui traverse le XXe siècle en dressant le portrait de deux femmes de caractère, libres à leur façon (car pour Esme, les années d'enfermement n'ont finalement fait qu'exacerber sa tendance à s'évader grâce à une imagination fertile).
   
   
   Et en repensant à cette lecture, je fais un rapprochement avec une de mes lectures en cours, "L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau" d'Oliver Sacks, livre extrêmement intéressant portant sur les comportements étranges observés par un médecin, cas illustrant les liens étroits entre neurologie et psychiatrie.
    ↓

critique par Lou




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Une vie escamotée !
Note :

   Quatrième roman de cet auteur Nord-irlandaise née à Belfast. J'ai toujours un avis mitigé sur ses romans, et je n'ai pas pu finir "La maîtresse de mon amant". Mais j'avais bien aimé "La distance entre nous".
   
   Entre l'Inde et l'Ecosse la non vie d'une femme enfermée pendant soixante ans dans un asile.
   
   Iris a ses habitudes, un petit magasin qui la fait vivre, un chien qu'elle aime et un amant marié, bref une vie tranquille. Des lettres et des appels téléphoniques lui signalent que l'asile Caulstone va fermer ses portes et qu'il faudrait prendre une décision pour une dénommée Esme Lennox, sœur de sa grand-mère! Elle n'avait jamais entendu parler de cette parente, et tombe des nues.
   
   Suite à différentes complications, elle doit héberger cette femme pour le week-end malgré la désapprobation de l'ensemble de la famille et de ses amis. Petit à petit, les deux femmes apprennent à se connaître, mais Iris se pose malgré tout beaucoup de questions. Pourquoi Esme, qui est sa grand-tante, a-t-elle été enfermée et quasiment rayée de la mémoire collective de la famille? Une enfance aux Indes, un retour en Écosse dans le monde austère de la bourgeoisie et pas très bien vécu, surtout par Esme. Une adolescence et une éducation dont le seul but est de trouver un mari. Un avenir étroit et une vie terne semblent les seules perceptives des deux filles Lennox, mais si Kitty trouve cette situation normale, ce n'est pas l'avis d'Esme. Mais la vie peut être cruelle pour une jeune fille de seize ans dans un monde où les conventions servent de mode de pensées.
   
   Soixante ans plus tard, elle retrouve la maison de son séjour écossais et tous ses souvenirs, et revient sur son admission dans cet asile.
   
   Une multitude de personnages qui sont dus à un changement d'époque et un imbroglio familial! Esme dont l'existence était un secret enfoui dans l'histoire de la famille. Indépendante et volontiers rebelle, elle était en avance sur l'époque. Elle le paiera au prix fort et deviendra une paria pour son entourage.
   
   Kitty, sa sœur se mariera, elle aura un fils, père d'Iris. Iris Lockhart, petite-fille de Kitty, se trouvera un peu contrainte et forcée de recueillir Esme. Mais une complicité réelle naîtra entre ces deux femmes.
   
   Alex, frère de Kitty par alliance, mais pas par le sang, désapprouve sa sœur. Luke, amant de Iris, avocat et homme marié, n'approuve pas non plus le dévouement de celle-ci.
   
   Les personnages du passé, Hugo, le frère d'Esme et de Kitty, décédé en Inde, James, un voisin des années écossaises, Duncan, le mari fantôme de Kitty, passent aussi dans ce livre. Entre le début de l'histoire,et maintenant, plus de soixante ans se sont passés, la vie d'une famille en Inde n'est pas la même que dans l’Écosse contemporaine. Les mœurs ont heureusement évoluées.
   
   Différentes narratrices et de nombreux retours en arrière ne rendent pas cette lecture aisée, et l'histoire en elle même est à mon goût trop compliquée. Pas le meilleur roman de cet auteur, qui me laisse l'impression que ce genre d'ouvrage n'est pas ma tasse de thé, car j'ai vu de très bonnes chroniques pour ce roman. Pour Maggie O'Farrell, j'ai l'impression d'aimer un livre sur deux, alors vivement le prochain!
   
   
   Extraits :
   
   - Vous êtes la parente à contacter, affirme tranquillement l'homme.
   
   - "Ça fait soixante ans qu'elle est enfermée? hurle presque Iris. Qu'est-ce qui cloche chez elle?"
   
   - Elle a peine à y croire. L'espace d'un instant, elle a reconnu les traits de son père dans ceux d'Esme.
   
   - Ses doigts crispés referment les bords de son manteau. "C'est pareil, et pas pareil."
   
   - "État maniaco-dépressif. Réagit aux électrochocs par des convulsions"
   
   - "La mer dit Esme en posant le couteau. J'aimerais que vous m'emmeniez au bord de la mer ."
   
   - Toute sa famille -elle même, Kitty, Hugo, tous les autres bébés et ses parents- se résume à présent à cette fille, la seule qui reste.
   
   - Nous venons au monde en tant qu'anagrammes de nos ancêtres.
   
   - Ils avaient dû se marier en Inde, bien sûr, maman était une jeune fille des colonies, et papa venait de débarquer de la mère patrie.
   
   - Les sorcières étaient étranglées dans certaines régions écossaises, n'est-ce pas? Ou enterrées vivantes.
   
   - Il n'est pas un vrai frère non plus, pas un frère de sang. Une sorte de pièce rapportée.
   

   Titre original : The Vanishing Act of Esme Lennox

critique par Eireann Yvon




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