Lecture / Ecriture
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Une brève histoire du tracteur en Ukraine de Marina Lewycka

Marina Lewycka
  Une brève histoire du tracteur en Ukraine
  Des adhésifs dans le monde moderne
  Traders, hippies et hamsters

Marina Lewycka est une romancière britannique d'origine ukrainienne, née dans un camp de réfugiés en 1946 et élevée en Grande Bretagne.

Une brève histoire du tracteur en Ukraine - Marina Lewycka

"Toute en fourrure et sans culotte comme disait ma mère"
Note :

   Si on ajoute des seins en obus à la description précédente, on comprend que Valentina fasse tourner les têtes des hommes y compris celle de Nikolaï, veuf depuis deux ans !
   
   Oui mais voilà Nikolaï est nonagénaire et ses deux filles, fâchées pour une question d'héritage ,vont se rabibocher vite fait pour faire front et lutter contre l'envahisseuse ukrainienne qu'elles soupçonnent d'aimer davantage la nationalité anglaise ( qu'elle pourra acquérir par son mariage) et la société de consommation, que leur père.
   
   "Une brève histoire du tracteur en Ukraine" est aussi le titre du livre qu'est en train de rédiger le veuf joyeux et les extraits qui nous en sont donnés éclairent d'un jour nouveau l'histoire de ce pays de l'est dont la famille est originaire mais aussi celle du monde. En effet, cette famille a connu les tourments de l'Histoire, que ce soit sous la botte nazie ou sous celle de Staline qui organisa sciemment une famine pour mettre au pas les paysans ukrainiens.
   
   La plus jeune soeur, Nadezhda (espérance), est celle qui est née durant la Paix et a connu une existence plus protégée, confortable et se montre plus révoltée que Vera qui elle a connu la guerre. Ces différences s'éclaireront petit à petit quand la cadette se penchera sur le passé de ses parents.
   
   Marina Lewycka propose aussi une réflexion toute en nuances sur les différences opposant les immigrés "anciens" et ceux qui arrivent de nos jours en Grande -Bretagne.
   
   On sourit beaucoup, entre autres quand la narratrice, Nadezda, décrypte les tentatives de manipulation de son père lors des conversations téléphoniques, ou quand elle se délecte à choisir des cadeaux de Noël pour "l'ennemie": "j'emballe un flacon de parfum bon marché particulièrement immonde que j'ai gratuitement dans une promotion du supermarché" , mais bon,son avis sur elle évoluera aussi, on est ému par la détresse de certains personnages et on dévore d'une traite ce roman plein de rebondissements!
   ↓

critique par Cathulu




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De la chik-litt...
Note :

   J'ai cru en prenant ce livre que j'allais faire une belle découverte. J'avais rapidement vu quelques critiques très positives sur les différents blogs, et comme à mon habitude, je ne me suis pas attardé sur le contenu en lisant les articles, simplement sur les impressions des blogueurs sur ce roman.
   
   Puis, j'ai commencé à lire. Et là, j'ai pensé un instant commencer mon challenge "Chick-litt for men", tant les premières pages m'ont laissé penser que j'allais enfin toucher de près ce que j'apercevais de loin: une littérature de fille pour les filles (en l'occurrence de femme pour les femmes), avec les problèmes sororels, l'influence de la mère récemment décédée et dont on n'a pas encore complètement fait le deuil, une présence oedipienne d'un père un peu loufoque, et des considérations de la bourgeoisie anglaise qui n'allait pas tarder à m'ennuyer.
   
   
   L'histoire
   
   Mais, j'ai tenu bon, ne serait-ce qu'en raison des pointes d'humour se dégageant des lignes de ce roman. Marina Lewycka a certainement du talent pour rendre amusantes des situations particulièrement cocasses: un père presque sénile qui rencontre une séduisante vamp de l'est, qui l'épouse subitement, lui donne toutes ses économies, lui fait refaire les seins, lui achète les pires voitures de la contrée (Lada, Opel Corsa, épave de Roll's Royce) ou lui écrit des poèmes. Tout cela dans une ambiance très anglaise contemporaine, c'est-à-dire "famille ukraïna vivant campagne anglaise".
   
   Les deux soeurs, Vera et Nadezhda la narratrice, vont se liguer contre la méchante Valentina, bombe sexuelle au début du roman, puis rapidement grosse mégère au sang russe dans les chapitres suivants, et obliger le père à divorcer de la rivale qui veut ruiner une héritage limité à une vieille maison pleine de souvenirs.
   
   Très franchement, j'ai longtemps attendu quelque chose de consistant, mais l'histoire est aussi flasque que les pommes Toshiba fondue aux micro-ondes dont l'auteur nous narre la genèse au tout début de l'histoire. Le titre est accrocheur, car il n'a rien à voir avec la choucroute: le père sénile mais partiellement cultivé, rédige un traité sur l'histoire des tracteurs en Ukraine. C'est paradoxalement cette partie là qui est la plus subtile dans ce roman. Le parallèle entre l'ingéniosité développée pour l'amélioration de la mécanique de ces tracteurs, mi-engin pour labourer les champs, mi-char d'assaut pour le combat terrestre pendant les différentes guerres, et la simili-intrigue vécue par le père ou Nadia est assez amusante.
   
   
   Du bon, cependant.
   
   J'ai beaucoup aimé les passages qui racontent la vie des parents des deux soeurs, leur vie en Ukraine, la lutte pour la survie, les dénonciations, les explications de la douce folie du vieillard. Pourtant, tout est bien loin d'un livre comme "Lignes de failles" de Nancy Huston qui abordait le même sujet d'une manière beaucoup sensible et efficace, et avec finalement un humour plus fin.
   
   J'ajouterai également que le traitement de la vieillesse du père peut faire écho à de nombreuses situations personnelles vécues directement ou indirectement. Je peux comprendre qu'on puisse être ému par certaines situations qui montrent le vieil homme redevenu enfant, cachant certaines choses à ses propres filles de peur de se faire gronder.
   
   Alors, oui, j'ai attendu en vain qu'il se passe quelque chose, et je me suis lassé de ses chamailleries entre soeurs, entre filles et père, entre femme et mari. Il y avait certainement une idée intéressante derrière tout cela...
   
   Un livre qui ne s'extrait pas de la littérature de consommation.
   ↓

critique par Julien




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Je n'ai besoin de personne en Massey Ferguson ♫♪♪
Note :

   "Moi aussi, j'ai une histoire à raconter. Jadis, nous formions une famille, ma mère, mon père, ma sœur et moi - une famille ni heureuse ni malheureuse, juste une famille qui avançait cahin-caha à mesure que les enfants grandissaient et que les parents vieillissaient. Je me souviens d'une époque où ma sœur et moi, nous nous aimions, une époque où mon père et moi, nous nous aimions. Peut-être même y a-t'il eu une époque où mon père et ma soeur s'aimaient - mais çà je ne m'en souviens pas."
   
   Nadezhda, la narratrice, reçoit un coup de téléphone de son vieux papa de 84 ans, lui annonçant qu'il compte se remarier avec une Ukrainienne de 36 ans. La jeune femme est scandalisée en pensant à sa pauvre mère disparue seulement deux années plus tôt et qui a passé soixante ans à prendre soin de toute sa famille.
   
   Le père en question a toujours été un peu fou, arrivé en Ukraine juste après la guerre avec femme et enfants, il a connu la guerre, l'occupation des armées allemandes et soviétiques, les arrestations, les exécutions, les camps de travail et de réfugiés. Il est obsédé par les tracteurs dont il écrit l'histoire, l'œuvre de sa vie...
   
   Nadezhda n'a qu'une sœur, Vera, avec qui elle est fâchée depuis la mort de sa mère, pour une histoire d'héritage mal partagé. Devant l'urgence de la situation, elle va ravaler sa fierté et la contacter, pour faire front commun face à l'intruse qui ne peut que vouloir obtenir des papiers en règle et mettre la main sur le peu que possède encore leur père.
   
   Heureusement que l'histoire est racontée avec un humour efficace et permanent, sinon on pourrait tomber assez vite dans le sordide. Personne n'est vraiment épargné, Valentina l'Ukrainienne est une authentique garce qui n'a pour objectif que de s'installer à l'Ouest et profiter au maximum de la vie dorée que nous menons tous, c'est bien connu. Quand elle s'aperçoit que le vieux naïf sur qui elle a jeté son dévolu n'a pas de fortune, elle lui en fait voir de toutes les couleurs, jusqu'à le terroriser sous son propre toit.
   
   Au fond, le vieil homme, sous le prétexte d'aider une compatriote à s'en sortir a surtout cru pouvoir s'offrir une jeunesse à bon compte, fasciné par sa poitrine en forme "d'ogives nucléaires". Et les deux filles, drapées dans leur bon droit et leur dignité virent assez vite en harpies prêtes à tout pour virer la profiteuse.
   
   Au delà de cette histoire et de ses péripéties hilarantes, Nadezhda va enfin entrer plus avant dans le passé de la famille, passé dont on l'a soigneusement tenue à l'écart. Elle est "l'enfant de la paix" née après le départ de la famille d'Ukraine. Vera, son aînée de dix ans est "l'enfant de la guerre", celle qui a suivi ses parents dans leur fuite et qui a connu "un malheur qu'il valait mieux oublier - dont il valait mieux ignorer jusqu'à l'existence".
   
   L'épreuve va permettre au deux sœurs meurtries de renouer une relation acceptable, d'aider Nadezhda à comprendre un peu mieux son père et à laisser le passé derrière elle.
   
   J'ai apprécié la drôlerie vacharde et la toile de fond beaucoup plus sérieuse du livre, autant pour l'histoire des Ukrainiens que pour la peinture de la société anglaise contemporaine. J'ai un peu tiqué sur certains coups bas et grossièretés inutiles, mais après tout, ils font partie intégrante de ce genre de situation.
   "C'est drôle, mais quand je raconte cette histoire de Valentina et de mon père à mes copines, elles sont horrifiées. Elles voient un vieillard vulnérable qui se fait exploiter. Mais tous les hommes à qui j'en parle - tous sans exception, Mike (j'agite l'index) - réagissent avec cet air désabusé, ces sourires entendus, ces petits rires admiratifs. Quel cavaleur! Quel exploit d'avoir levé cette jeune nana! Bonne chance à lui. Il faut bien qu'il s'amuse un peu".

   
   L'édition "j'ai lu" a eu la bonne idée (les petits futés) d'offrir quelques pages du roman suivant "Deux caravanes" en fin de volume. Me voilà bien tentée. Vous qui l'avez lu, vous me le conseillez?
    ↓

critique par Aifelle




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Rien n’est blanc, rien n’est noir
Note :

   J’avais envie de rire… eh bien, j’ai été servie! Ce petit roman se révèle bien amusant, tout en offrant tout de même matière à réflexion…
   
   Nous sommes en Angleterre, dans une petite ville qui compte une assez grande communauté de citoyens d’origine ukrainienne. Ils se sont bien intégrés à la société anglaise, même si les anciens continuent de baragouiner un anglais assez approximatif. Nicolaï, notre personnage principal, est un flamboyant vieux monsieur (84 ans), père de deux filles et de trois petites-filles. Dans le temps, en Union Soviétique, il était un ingénieur très ingénieux, s’investissant à fond pour faire avancer la technologie du tracteur russe.
   
   Ce vieux monsieur devient la victime d’une Ukrainienne de 34 ans qui cherche à tout prix un moyen d’obtenir la nationalité anglaise pour pouvoir rester en Angleterre avec son fils adolescent. Etant fasciné par son énorme poitrine, Nicolaï l’épouse contre l’avis de ses deux filles qui se liguent pour empêcher Valentina (c’est le nom de la dame) de ruiner leur vieux père…
   
   Tout ceci donne bien sûr lieu à bon nombre de situations cocasses, plus vraies que nature et qui nous font bien rire. Mais en même temps, le problème des personnes âgées est posé de façon crue et cruelle! Que faire d’un vieux père qui «a toute sa tête» au point d’être capable d’inventer une machine, mais qui ne vient plus à bout des choses aussi terre à terre que les finances, le ménage, les courses, la cuisine, sa propre toilette… et qui refuse la moindre assistance extérieure…?
   
   Valentina, notre Ukrainienne, donne à penser également… ce n’est certainement pas par plaisir qu’elle quitte son pays, s’abaisse au point d’épouser un vieux monsieur lubrique, consent à des «rapports bucco-génitaux», se fait humilier devant les tribunaux etc etc…
   
   L’Angleterre vaut-elle vraiment tous ces sacrifices? Et bien, pour elle oui, car elle est fermement convaincue que son fils est un génie, et en tant que tel, il a besoin des meilleures écoles… que l’on ne trouve pas en Ukraine… cela relativise drôlement de choses! Jusqu’où est-on prêt à aller pour assurer aux siens une vie meilleure? Du coup, on voit le personnage de Valentina avec un autre œil! Ce n’est peut-être pas la garce que l’on supposait au début?
   
   Rien n’est blanc, rien n’est noir. C’est ce que j’ai apprécié ici… à une époque où l’on épingle les Roms et autres ressortissants de pays en difficulté économique parce qu’ils envahissent notre pays…

critique par Alianna




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