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Mémoires d’un pitbull de Jean-Philippe Delhomme

Jean-Philippe Delhomme
  Mémoires d’un pitbull

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Mémoires d’un pitbull - Jean-Philippe Delhomme

La cité vue par un Pit’
Note :

   Le narrateur est un pit’ qui a décidé de confier au papier ce qu’à été sa vie jusqu’à présent. « Mes parents ont fait des combats de chiens, mais à un petit niveau.
   Non, même pas régional, municipal.
   Des gens agressifs, mais pas très forts.
   (…) Toujours est-il que j’ai été vendu assez jeune, et pas très cher, à un loubard plutôt neutre de personnalité.»

   
   C’est ainsi que notre chien a intégré le «gang». Gang n’est sans doute pas le terme que vous ou moi aurions employé pour les désigner, mais enfin, c’est ainsi qu’ils se nomment eux-mêmes. Ils sont trois et ils se sont affublés de pseudos discutables inspirés du rap. Le chien aussi y a eu droit, bien sûr.
   . « Je n’ose dire mon nom : Gun, G.U.N., que personnellement je trouve moyen, appelant à la confrontation, sans pour autant être original.
   Mes propres parents m’avaient appelé Kevin. Sans être fou de ce prénom, je préfère, mais enfin, comme je n’ai aucun moyen de le faire savoir! »

   
   D’autant que le problème, avec ce pitbull, c’est que la confrontation, justement, ce n’est pas tellement son truc. Gun est un philosophe un peu dépressif qui n’aime pas le contact et que l’idée même d’avoir des parties de quelqu’un d’autre dans la gueule dégoûte profondément. Ses parents étaient «agressifs, mais pas très forts» et il a hérité de 50% des caractéristiques, étant entendu que l’idée même de combat le met au bord de l’évanouissement.
   Quoique… sous le choc du dégoût, on ne sache jamais quel sursaut peut avoir notre narrateur névrosé… Il faut compter avec les complexités de l’âme canine.
   
   Voilà donc le guide qui nous introduit dans l’intimité du gang et que nous suivrons pendant quelques 200 pages dans ses aspirations à la «part de gâteau» ou à l’Art (grand A), ses démêlés avec le tenancier FN du bistrot du coin et son berger allemand, avec les tenants des bonnes volontés politiquement correctes, la police, bref le reste du monde, y compris les intellos de gauche et un écrivain branchouille, pour finir, même par le monde rural et un reliquat de vieille noblesse terrienne.
   
   C’est bien raconté et Jean-Philippe Delhomme a un joli sens de la formule. J’ai passé un excellent moment à lire cette histoire qui a su s’arrêter juste quand j’allais me dire qu’on avait à peu près fait le tour de la question. Et je garde une affection pour Gun, en regrettant que les pitbulls ne soient pas vraiment comme ça… et les gangs non plus.
   
   Allez, une petite dernière : « Quand je vois le groupe stationner le soir sur le trottoir à l’angle des trois rues, que je les observe jouer avec leur bâton- qu’ils mordillent eux-mêmes maintenant, puisqu’ils ont renoncé à mon dressage-, il m’arrive de réfléchir cinq minutes à ce que je ferai le jour où j’aurai l’occasion de prendre ma revanche sur la société. Je préfère y réfléchir dès maintenant parce que je ne suis pas sûr de trouver une idée le moment venu.»

critique par Sibylline




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